Voici une sélection,
ce 3 avril 2025, des derniers propos tenus par des centristes dans les médias
ou sur les réseaux sociaux en France.
► Emmanuel Macron (Président de la République)
> [Guerre
commerciale de Trump] Une chose est sûre, avec les décisions de cette nuit,
l'économie américaine et les Américains, qu'il s'agisse des entreprises ou des
citoyens, sortiront plus faibles qu'hier, et plus pauvres. (…)
Nous avons besoin, dans cette phase, de rester unis et d’être déterminés. Et je
le dis aussi parce que je sais ce qui va se passer. Les plus gros auront
tendance à jouer solo et ce n’est pas une bonne idée. (…)
Ce qui est important, c'est (..) que les investissements à venir ou annoncés
ces dernières semaines soient, un temps, suspendus tant qu'on n'a pas clarifié
les choses avec les États-Unis d'Amérique. Quel serait le message d'avoir des
grands acteurs européens qui se mettent à investir des milliards d'euros dans
l'économie américaine au moment où ils sont en train de nous taper. (…)
Nous sommes décidés à ne pas nous laisser faire. Nous devons nous défendre.
> La France est plus forte
quand elle donne sa place à chacun. En cette Journée mondiale de
sensibilisation à l’autisme, réaffirmons notre engagement : nous ne
céderons aucun effort pour bâtir une société plus inclusive. La stratégie
nationale pour les troubles du neurodéveloppement continue de se déployer. Nous
avons agi pour repérer plus tôt l’autisme grâce aux plateformes de coordination
et d’orientation désormais présentes dans chaque département. Nous avons aussi
renforcé l’accompagnement et la scolarisation, avec de nouveaux dispositifs
scolaires créés chaque année. Une avancée majeure cette année : les
personnes autistes avec un trouble du développement intellectuel pourront
accéder à un CDI en entreprise ordinaire, avec un accompagnement adapté. J’ai
une pensée particulière pour toutes celles et tous ceux qui cherchent des
solutions, pour les familles dans l’attente et pour les professionnels à leurs
côtés. Ensemble nous réussirons.
> Le poison
antisémite n’est constitué que d’un seul ingrédient : la haine. Face à elle, se
lèvent les visages de la fraternité française. À leurs côtés ce soir, comme
toujours.
> Entre Européens,
chaque décision d'investissement signifie beaucoup. Le Forum économique
franco-danois l’illustre. Défense, énergie et climat, santé : le
partenariat stratégique et les contrats signés ce jour renforcent notre
relation et notre souveraineté.
► Gouvernement
[Nota: Ce gouvernement est
dirigé par un centriste, François Bayrou ; nous avons donc décidé de
reprendre les propos de tous les ministres puisqu’ils agissent sous l’autorité
d’un Président de la République et d’un Premier ministre
centristes/centraux ; néanmoins nous avons fait une distinction avec d’un
côté les ministres centristes-centraux et les autres puisqu’il s’agit d’un
gouvernement de coalition du fait que le Président de la République et le
Premier ministre ne disposent pas d’une majorité à l’Assemblée nationale]
●
Ministres centristes/centraux
François Bayrou (Premier ministre)
> [Déclaration sur la feuille de route du Gouvernement au Conseil
économique, social et environnemental]
Ne croyez pas que je sois devant vous par hasard.
Je n'ignore pas que votre Conseil, comme bien d'autres institutions de notre
démocratie, est aujourd'hui discuté, mis en cause dans sa magistrature et son
utilité.
Ma présence devant vous, devant le Conseil économique, social et
environnemental, troisième chambre de notre constitution, n'est ni fortuite ni
accidentelle.
J'étais venu devant vous il y a cinq ans, en tant que Haut-commissaire au Plan,
lors du premier rapport publié par cette mission, pour montrer la voie de
l'association de la société civile organisée aux grandes réflexions et à la
préparation des grandes décisions du pays.
J'étais venu il y a deux ans, dans le cadre des Assises du Travail.
Ma philosophie de l'action, c'est l'association de la démocratie sociale aux
grandes décisions où se joue l'avenir du pays. C'est pourquoi par exemple, pas
toujours très bien compris, j'ai voulu que la question fondamentale des
retraites soit examinée par cette démocratie sociale.
Je pense en effet que, spécialement dans les temps troublés que nous vivons, il
est crucial de partager la charge de la démocratie. Il ne serait ni bon ni
équilibré de concentrer tous les pouvoirs dans les mains politiques et
partisanes. La démocratie politique a sa responsabilité. Mais il est bon
qu'elle soit équilibrée par la démocratie sociale. Que la société ait d'autres
moyens de se faire entendre que le suffrage ou le blocage.
Et spécialement dans cette situation de crise perpétuelle dans laquelle nous
sommes entrés que la société civile organisée, syndicats, associations,
entreprises, puisse être un lieu d'expression, un lieu de prise de conscience,
un lieu de responsabilité.
Voilà la thèse que j'ai défendue depuis les premiers engagements de ma vie
politique, et voilà la thèse même que les plus grands dans notre 20e siècle
ont défendue, au point que le général de Gaulle a voulu en faire une part
essentielle d'un nouveau Sénat, à égalité de légitimité avec les collectivités
locales.
Depuis mes dernières interventions devant vous, j'ai pour ainsi dire changé de
bord : je suis passé du domaine de la prospective à celui de l'action
politique. Avec votre président Thierry Beaudet, j'ai jugé qu'il pouvait être
utile que je vienne devant le CESE pour partager avec vous les orientations,
les préoccupations qui sont les nôtres aujourd'hui. Une sorte de programme
immédiat de gouvernement, manière explicite de rappeler la légitimité que le
Gouvernement reconnaît au CESE.
Quel est notre point de vue ? Je vais dire des choses simples devant vous.
Depuis la guerre, il n'y a jamais eu pour un gouvernement dans une situation
aussi difficile et aussi précaire que celle que nous connaissons.
J'ose même dire que c'est parce qu'il n'y a jamais eu une situation aussi
difficile et aussi précaire que je me trouve devant vous dans cette fonction de
chef du Gouvernement.
Et cependant, aussi difficile et aussi précaire que soit la situation, il faut
agir. Et même c'est parce que la situation est aussi difficile et aussi
précaire qu'il faut à tout prix agir.
D'abord parce qu'il faut avoir une pleine conscience de ce que les orages et
les tremblements de terre du monde vont avoir comme conséquences directes sur
la société française. Il suffit de considérer l'appareil de production
automobile, dont on découvre qu'en 2024 sa production a baissé de 11 %.
Mais la même chose vaut pour les vins et spiritueux, pour l'ensemble de notre
production agricole, pour la production d'énergie… Nous étions déjà, depuis les
lendemains du Covid dans une stagnation, mais les menaces se précisent. La
succession des trois tremblements de terre, Covid, avec l'arrêt complet du
monde, de la Chine au monde occidental, Ukraine avec pour conséquence la crise
énergétique et l'inflation, suites de l'élection du Président des États-Unis,
avec la mise en cause du lien de protection vis-à-vis des démocraties et
vis-à-vis de notre Europe, menaces directes sur des alliés membres de l'Otan,
le Canada, le Danemark, de surcroît membre de l'Union européenne. Et aussi ces
derniers jours, nous le vérifierons demain même, le déclenchement d'une guerre
commerciale ente alliés.
Ces séismes du monde vont connaître chez nous des répliques d'autant plus
dangereuses que notre société depuis des décennies se fragilise
continuellement. C'est évidemment vrai en économie, mais c'est vrai aussi dans
l'organisation de l'information, dans les attaques cyber, dans les fake, dans
les orages sociétaux, dans les risques que fait courir l'intelligence
artificielle.
Dans bien des domaines, elle constitue naturellement un atout inimaginable, par
exemple en médecine, mais elle est en même temps une incroyable capacité à
déstabiliser en créant de fausses informations, images, vidéos auxquelles
– j'en parlerai dans une minute – l'affaiblissement de notre système
d'éducation donne carrière. Les lignes de défense ont craqué, la principale
étant la culture générale, la confiance dans la science dans le progrès de
l'esprit humain, la connaissance même approximative de ce qu'ont été les grands
mouvements de l'histoire et la maîtrise de la langue et des idées.
Mais dans un univers aussi tourmenté, la nécessité d'agir, d'agir tout de
suite, est un devoir moral. Nous ne pouvons pas nous laisser arrêter, ni
ralentir par l'incroyable difficulté des temps ! Bien sûr, nous serions
plus rassurés, plus sereins, si nous avions des années devant nous. Mais nous
n'avons pas le temps de ce répit, pas le temps de prendre le temps. Car nos
concitoyens sont découragés pas l'impuissance publique. Là est le plus grand
danger : les voir se détourner du débat et des institutions, de la
démocratie elle-même.
Quel est le plan du Gouvernement pour agir?
Il a d'abord été de restaurer les outils élémentaires de la vie du pays. Nous
n'avions pas de budget, pas de perspective de faire adopter le budget de
l'action publique, État et collectivités locales, pas plus que le budget social
de la nation, le tout près de 1 700 milliards d'euros. Aucune
possibilité d'obtenir l'un de ces deux budgets parce qu'il n'y avait pas de
majorité, et au contraire même tous les jours des oukases réciproques, «lignes
rouges» comme chacun disait, lignes rouges multipliées, «si vous faites ça, je
vous renverse».
Et nous avons cependant réussi, en surmontant six motions de censure
successives (!), à obtenir avant la fin du mois de février, comme je m'y
étais engagé, un budget pour l'action publique et un budget pour notre action
sociale.
À partir de ce camp de base, nous pouvons aborder avec une volonté de réponse
rapide et concrète, tous les problèmes identifiés de notre action publique.
Il est frappant de voir l'unanimité des Français pour constater ou affirmer que
l'action publique ne marche pas. Le soir de ma nomination, j'ai été interpellé
la secrétaire générale de la CGT, à peu près en ces termes : «c'est
simple, monsieur le Premier ministre, en France il n'y a rien qui marche :
l'éducation ne marche pas, la santé ne marche pas, les services publics ne
marchent pas». Elle a énuméré tous les secteurs de l'impuissance publique. Et
je crois qu'elle traduisait le sentiment profond d'un très grand nombre de
Français. Je lui ai répondu que, devant ce paysage de l'action publique
dévastée, il faut mettre en face cet autre constat : nous sommes le pays
du monde qui pour cette action au service de nos concitoyens dépense le plus
d'argent public, prélève le plus d'impôts, de taxes diverses et de cotisations,
et crée le déficit le plus important.
À l'énoncé de ce constat, il n'y a qu'une conclusion possible : c'est que
nous avons un problème général d'organisation de chacun des domaines de notre
action publique.
Mais les problèmes d'organisation requièrent beaucoup de temps pour les
repenser, or nous sommes obligés d'aller vite pour trois raisons au moins.
La première, c'est que les événements nous pressent. Lorsque nous sommes
menacés d'être relégués hors de l'histoire, c'est-à-dire hors de la maîtrise de
notre propre destin, hors de la souveraineté, alors c'est d'urgence qu'il faut
parler et agir.
Deuxième raison : les dégâts commis chaque jour sont irréversibles. Et
vous verrez que dans tous les champs que nous allons examiner, les dégâts
d'aujourd'hui ont des conséquences en réalité le plus souvent irrémédiables.
Troisième raison : il faut agir parce que le fatalisme et la résignation
sont une remise en cause, aux yeux de chacun des citoyens, de la démocratie
elle-même. «À quoi bon vous élire, puisque rien ne change jamais?»
Donc, sachant très bien que dans un monde idéal il nous faudrait des années
pour repenser et remettre en ordre les choses, je nous appelle à une action
immédiate. Et je propose de commencer cette action immédiate par les domaines
les plus identifiables de notre déficit d'efficacité. À chacun de ces domaines
d'action je propose d'associer le Conseil économique, social et environnemental
comme expert du terrain, comme expert des usagers.
Comprenez-moi bien : je sais très bien que le temps du CESE est un temps
long. Cependant, je vais vous appeler à l'action rapide, à participer autant
que vous le souhaiterez, autant que vous jugerez le pouvoir.
Le premier domaine, auquel nous nous sommes attaqués au
lendemain du vote du budget, c'est le domaine de notre administration. J'ai
réuni tous les ministres et tous les directeurs d'administration centrale, en y
associant des responsables préfectoraux, pour leur demander un exercice inédit
qui est de traduire dans une langue compréhensible par tout le monde les
missions dont leur département ministériel est chargé.
Le 14 mars, ces comptes-rendus m'ont été remis et le Gouvernement est en
train de les étudier.
Je les transmettrai bientôt aux commissions parlementaires chargées de
l'évaluation de l'action publique ainsi qu'à votre Conseil.
Je mettrai en ligne cette compilation de manière que les Français qui
s'intéresseraient à ce sujet et les agents publics puissent participer à cette
évaluation. Les questions que nous nous poserons seront simples : est-ce
que ces missions sont pertinentes ? Est-ce que ces missions sont
remplies ? Est-ce que l'allocation des moyens est adéquate ? Nous
reviendrons avant la fin du mois d'avril vers les ministères et les
administrations centrales pour confronter les observations avec les rédactions
initiales.
J'ai ensuite décidé, avec les membres du Gouvernement, que nous allions nous
attaquer prioritairement, dans un plan d'urgence, à quatre grands domaines de
l'action publique.
Je commencerai par la mère de toutes les batailles c'est-à-dire l'éducation.
Non pas en pensant une grande loi de réorganisation : j'ai trop vu de ces
grandes lois pour savoir qu'en vérité elles ne changent rien au réel, ou très
peu.
Mon état d'esprit est simple : pendant quatre années, il y a longtemps,
avant 1997, j'ai exercé la responsabilité du ministère de l'Éducation
nationale. Depuis cette date, en à peine 25 ans, les résultats mesurés par
les enquêtes internationales ont reculé en moyenne de plus d'une année
scolaire. Je ne mets en cause personne, je ne cherche pas de coupable, mais je
ne peux pas l'accepter : non seulement en tant que chef du Gouvernement,
mais comme citoyen.
Je ne peux pas accepter que la France, qui était le premier pays du monde et
reconnu comme tel en matière éducative, soit aujourd'hui 28e sur 40
en matière de maîtrise de la langue, en capacité de traduire par écrit
correctement une pensée ou une description. Le recul en orthographe élémentaire
est abyssal et c'est hélas la même situation pour ce qui est du domaine
mathématique ou des sciences de l'observation. Nous sommes 36e en
mathématiques, nous qui avons la juste réputation d'être le premier pays au monde
dans ce domaine essentiel et qui le montrons par les médailles Fields que nous
recevons, par les résultats incroyables que nous obtenons en algorithmique ou
dans le domaine spatial.
Cette situation, en tant que citoyen, je ne peux pas l'accepter. Si, étant dans
cette responsabilité, je ne faisais rien dès aujourd'hui, je me rendrais
coupable de non-assistance à un pays en danger et à des jeunes concitoyens qui
le sont davantage encore.
Car ne nous trompons pas ! Nos jeunes qui ne suivent pas, qui n'atteignent
pas le niveau nécessaire, ce sont d'abord les plus fragiles socialement, ceux
dont la famille, les parents, sont en insécurité sociale et en insécurité
culturelle. C'est une relégation par la naissance, et mon devoir, ma mission
est de la combattre.
Il nous faut isoler des causes et face à ces causes proposer des stratégies de
reconstruction.
À nos yeux, une des causes indiscutables est celle de l'effondrement de
l'écrit. Sans maîtrise de l'écrit, aucune chance de réussir dans un cursus et
plus grave encore aucune chance d'affronter sereinement les défis de la vie
professionnelle. Quelque 30 % des élèves au niveau du baccalauréat sont en
grande difficulté devant l'écrit. Nous ne pouvons pas demeurer spectateurs
navrés ou commentateurs indifférents devant de telles difficultés. Ce n'est pas
une option, pas une préférence. C'est une obligation nationale et j'ajoute une
obligation morale.
C'est pourquoi dès la rentrée prochaine nous l'avons décidé avec la ministre
d'État chargée de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la
recherche, nous aurons un plan complet de reconquête de l'écrit.
Il faut mesurer à quelle montagne nous nous attaquons. L'écrit est aujourd'hui
le mal-aimé. C'est l'écrit qui a le plus souffert, qui a reculé le plus dans la
transmission d'information et de connaissance. L'image depuis des décennies a
progressivement pris le pas.
Or le mécanisme psychique et cognitif qui, par le truchement de l'écrit,
transmet des informations d'un cerveau à un autre, ce mécanisme psychique n'a
pas la même efficacité quand il s'agit d'image. Devant l'écran, notre cerveau
est passif.
Devant l'écriture, devant la lecture, il est actif pour aller chercher des
informations. Et devant l'écriture il est deux fois actif pour élaborer un
message.
J'ajoute que la maîtrise de l'écrit, lecture et écriture, est étroitement
corrélée à la créativité.
Si ces faits sont avérés, et je crois qu'ils le sont, la reconquête de l'écrit
est pour nous une priorité absolue.
Reconquérir l'écrit, c'est reconquérir les savoirs fondamentaux, puisque l'on
sait aujourd'hui que l'écrit est mobilisé dans la résolution de problèmes
mathématiques ou scientifiques. L'assiduité dans la pratique de la lecture et
de l'écriture n'appartient pas seulement aux cours de français : elle
relève de toutes les disciplines.
La deuxième question que nous allons immédiatement traiter est celle de la
formation des enseignants. Il y a de toute évidence un lien entre la formation
des enseignants telle qu'elle s'est mise en place sur les dernières décennies
et les résultats de notre école. Beaucoup d'enseignants suggèrent que leur
formation ne leur a pas permis de répondre aux défis de transmission des
fondamentaux, particulièrement en arithmétique, porte d'entrée vers les
mathématiques, en calcul mental, aussi bien qu'en maîtrise du français.
Si tel est bien le cas, il nous faut reconstruire. Nous avons donc décidé de
prendre à bras le corps les deux questions essentielles que sont la formation
initiale et la formation continue des enseignants.
Pour la formation initiale, nous allons retrouver les principes qui faisaient
la réussite des anciennes écoles normales : un recrutement précoce (à
l'entrée d'une licence à vocation professionnelle), avec tout au cours de cette
formation un approfondissement et une vérification des capacités, une maîtrise
des pratiques pédagogiques notamment en matière de compétences écrites,
d'orthographe et même de graphie. Et un travail assidu en pédagogie
arithmétique, mathématique et scientifique, pour limiter la fuite des élèves,
particulièrement des filles, devant les matières scientifiques. Quand on essaie
de comprendre les raisons qui font qu'il y a beaucoup moins de filles qui
choisissent la voie scientifique, on découvre, c'est notamment une réflexion
des commissions parlementaires, que l'une des causes dominantes est que les
maîtresses sont moins portées vers les sciences, et le modèle que représente
l'enseignante est donc moins engageant.
La formation continue sera organisée à partir de la détection des pratiques
pédagogiques qui font le plus progresser les classes et de la proposition de
leur généralisation.
J'ai une autre question que nous traiterons sans retard, c'est la question de
l'orientation. Je suis très interrogatif sur Parcoursup, parce que
l'orientation précoce est en réalité une orientation sociale. C'est parce que
les parents connaissent la carte et les codes, parce qu'ils savent à l'avance,
que leurs enfants peuvent faire des choix. Mais qui en seconde, même en
première et en terminale, peut dire ce qu'il va faire plus tard ? Quelques
vocations certaines, peut-être 10 % des élèves tout au plus.
Nous sommes devenus un pays cruel, parce qu'il ne ménage plus vraiment de
deuxième ou de troisième chance, de chance supplémentaire pour ceux qui sont
mûrs plus tard que les autres, ou qui manquent une marche dans leur parcours
scolaire ou professionnel. Ma détermination c'est de garantir à chacun qu'il
pourra tôt ou tard courir sa chance. Ce qui pose la question de la nécessité
d'une propédeutique qui permette de donner à chacun la maîtrise des outils
nécessaires pour entrer dans l'autonomie d'acquisition de la connaissance, qui
est la vocation propre de l'université.
La question de la santé est notre deuxième champ d'action d'urgence.
Les difficultés de l'accès aux soins sont un cauchemar pour de nombreux
Français. En ville comme à la campagne, les déserts médicaux sont une réalité
quotidienne et décourageante. L'impossibilité de trouver un rendez-vous
médical, à plus forte raison un médecin traitant, désespèrent des millions de
nos compatriotes. L'accès au soin, l'accès au médecin, sont devenus un
impossible parcours d'obstacles.
Cette situation ne peut pas être acceptée.
Comme le système éducatif, l'organisation de santé de notre pays faisait
autrefois notre fierté mais certaines décisions, comme le numerus clausus mais
ce n'est pas la seule, ont eu des effets dramatiques sur l'offre de soin. Même
si des efforts ont été accomplis ces dernières années, les inégalités
territoriales se creusent toujours.
J'engage la parole du Gouvernement sur l'obtention de réponses immédiates et
concrètes pour mettre un terme aux déserts médicaux.
On ne peut pas accepter, on ne peut pas tolérer la situation des déserts
médicaux. Il est donc de notre devoir d'entrer dans l'action.
C'est une question naturellement délicate et il est nécessaire de la regarder
dans sa complexité. Le Gouvernement est attentif aux initiatives de
parlementaires et d'élus locaux et il est également soucieux de construire une
solution incluant l'ensemble des acteurs.
Un plan de solutions concrètes sera présenté avant la fin du mois.
La première étape de ce plan doit être le repérage précis et complet des
territoires en souffrance, une cartographie du devoir de prise en charge de nos
compatriotes réduits à l'abandon dans ce domaine si sensible, si vital au sens
propre du mot.
Bien des efforts ont été conduits. On a décidé d'efforts financiers qui ne sont
pas négligeables. Nous avons ouvert le numerus clausus, cette aberration
décidée il y a plusieurs décennies, j'ose le dire dans la complicité générale.
Nous avons permis la délégation de tâches. Il demeure que la situation sur le
terrain est désespérante et bouleversante pour des millions de concitoyens.
Il faut donc sortir de l'enlisement et de l'impasse. Il faut une régulation,
comme l'ont décidé, conscientes de la difficulté, nombre de professions de
santé. C'est par exemple le cas, depuis janvier de cette année, des
chirurgiens-dentistes qui ont décidé de prendre eux-mêmes en main cet
impératif.
Je le répète et je veux le marteler devant vous : ce gouvernement ne sera
pas celui qui par atermoiement acceptera que plus de six millions de nos
compatriotes ne puissent pas trouver de médecins traitants, que des cantons
entiers, soient sans solution, et qu'on les lanterne perpétuellement en leur
promettant que tout cela va s'arranger.
Je vais donc inviter toutes les parties prenantes dès la semaine prochaine,
avec les ministres concernés, pour que nous examinions ensemble les solutions
pratiques, concrètes.
Je ferai tout pour que ces solutions soient adoptées. Sinon le Gouvernement
interviendra, comme je considère que c'est son devoir.
Je le dis pour tous ceux qui voudraient toujours reporter à demain,
procrastiner comme on en a trop l'habitude. Les solutions qu'après tant et tant
d'années de négociations et de palabres, nous ne trouverons pas, nous ne les
trouverons jamais. Ce Gouvernement a pour mission d'agir, et d'autant plus
mission d'agir que la situation est plus difficile. L'urgence est un devoir. Je
dédie cette notion d'urgence aux patients abandonnés et aux élus désespérés.
Je veux ajouter qu'une partie de la solution passe par un maillage nouveau de
notre territoire par les unités de formation médicale. C'est la concentration
de la formation médicale dans les métropoles qui explique en partie la
désertification médicale du reste du territoire.
L'aménagement du territoire, c'est aussi le maillage des formations supérieures
à proximité des populations. C'est un changement majeur et c'est un changement
à vocation sociale : ceux de nos compatriotes qui n'ont pas les moyens ne
peuvent pas payer à leurs enfants une installation dans une métropole à loyers
forcément cher, à transport forcément éloigné, sans compter le déracinement
auquel ne sont pas soumis les familles des centres-villes et des grandes unités
urbaines.
Je viendrai un jour vous parler, si vous le souhaitez, de la question de
l'aménagement du territoire, qui a été depuis si longtemps sous-estimé ou
abandonné.
Une dernière conviction que je vous confie : je considère que
l'architecture de notre système de santé n'est plus adaptée à un certain nombre
de nos difficultés. Mais je sais qu'il s'agit d'une œuvre de longue haleine qui
demande un investissement patient et ne relève donc pas du court terme et est
impossible à traiter dans le cadre d'une action d'urgence. Mais je n'abandonne
pas cette préoccupation.
Troisième grand domaine : celui de la simplification.
Dans ce domaine, comme dans les autres, je veux partir de l'expérience vécue
des Français. Or les Français n'en peuvent plus de la paperasse, de la
bureaucratie, des normes qui n'ont pas d'utilité. Je ne peux plus entendre des
parents d'enfants handicapés me dire qu'ils sont contraints chaque année de
remplir les mêmes formulaires absurdes pour obtenir les aides auxquelles ils
ont droit. Ou bien encore entendre un paysan me dire qu'il est empêché de
construire une petite maison sur son terrain isolé, en raison d'un plan
d'urbanisme rigide et hors-sol.
Désormais, il faut inverser la charge : à l'administration de s'expliquer
sur l'utilité des formulaires, et de les remplir, puisqu'elle dispose de toutes
les informations croisées sur chacun de nous. Aux usagers de contrôler dans un
second temps le travail de l'administration.
Ce sont donc les usagers, entreprises, artisans, PME, associations, familles,
que je veux mettre en première ligne pour devenir eux-mêmes les maîtres d'œuvre
de la simplification. C'est eux qui auront le pouvoir de demander des
explications aux administrations, de faire apparaître les absurdités des
labyrinthes administratifs, puisque ce sont eux qui les vivent ! Et c'est
à eux que l'on devra apporter la preuve que ces exigences sont justifiées.
Certains d'entre vous se disent peut-être en m'écoutant : oui sur le
principe, mais en pratique c'est impossible.
J'ai déjà entendu cela, il y a quelques années, lors des débats autour du
prélèvement à la source, que je défendais. On me disait : c'est
impossible, certains même affirmaient que ce n'était pas constitutionnel. Et
pourtant un gouvernement courageux a pris ce risque et il n'y a pas eu même une
ride à la surface de l'étang. Aujourd'hui, le prélèvement à la source existe et
qui oserait prétendre revenir en arrière.
Tout est possible, à condition qu'on se dégage de la maxime «Ça n'a jamais été
fait, c'est donc que c'est impossible».
S'il n'y avait que les chapitres développés jusqu'à maintenant, j'oserais vous
dire que contre toute attente et contre tout pronostic, je suis optimiste.
Mais il y a un quatrième domaine d'action essentiel, qui est comme une épée de
Damoclès au-dessus de notre pays et de notre modèle social. Ce sujet
d'inquiétude, c'est le surendettement.
Quand la zone euro a été créée, à la fin des années 90, l'Allemagne et la
France avaient une dette similaire, autour de 60 % du produit intérieur.
Et puis les trajectoires ont gravement divergé : aujourd'hui, la dette de
l'Allemagne se trouve toujours aux environs de 60 % du PIB, alors qu'en
France elle a dépassé les 110 %. Lors de ma déclaration de politique
générale, j'ai affirmé que tous les partis, au Gouvernement et dans
l'opposition, depuis plus de 30 ans, ont dansé le tango fatal qui nous a
conduits au bord de ce précipice.
C'est un sujet dont j'estime avoir la légitimité historique pour l'aborder avec
la gravité nécessaire devant notre pays. J'ai en effet eu l'audace, ou
l'imprudence diront beaucoup, d'en faire dès 2007 le sujet d'une campagne
présidentielle. J'étais seul, mais ce n'est pas parce qu'on est seul qu'on a
forcément tort. Ou plutôt on peut avoir tort électoralement et raison
nationalement et même moralement.
Je développerai dans un instant le problème financier que cette situation
implique. Mais je veux dire ici qu'elle est aussi pour moi, et j'ose le dire
d'abord, un scandale moral, car elle revient à nous débarrasser de nos charges
courantes, de nos dépenses de tous les jours, et d'en faire volontairement et
consciemment porter la charge, une charge de plus en plus lourde, une charge
terrible sur les futures générations.
C'est pourquoi elle est inacceptable.
Car dans une famille, quand l'héritage qui vous échoit est grevé de dettes,
vous avez toujours le droit de le refuser ! Ce n'est pas le cas lorsqu'il
s'agit d'une nation. Vous recevez les dettes avec le patrimoine et vous ne
pouvez pas le dénoncer. Ce sera votre charge, aussi injuste que cette situation
paraisse.
Je rougis, au nom des vingt-cinq ou trente années passées que tant de
responsables aient accepté une telle dérive. Et si les jeunes parmi nous, les
adultes valides, nos enfants et nos enfants à naître étaient conscients de la
situation, ils auraient motif à se rebeller contre ceux qui les ont condamnés
par désinvolture ou par inconscience à porter une telle charge.
Le surendettement est immoral. Mais le surendettement est aussi un boulet pour
notre action. Engager notre pays sur la voie du désendettement est une
nécessité pour préserver notre crédit, pour renforcer notre capacité à agir, à
effectuer les investissements d'avenir, à conduire les politiques de
ressaisissement et de refondation dont nous avons besoin.
Je plaide pour que ce retour à l'équilibre, qui dépend avant tout de la
capacité de notre pays à produire plus de richesses, s'inscrive dans une
démarche planifiée, c'est-à-dire pluriannuelle, et respectueuse de nos
engagements européens.
Notre objectif est le retour à un déficit de 3 % en 2029. Et cet effort
commence dès maintenant : nous avons fixé le déficit public pour 2025 à
5,4 % du PIB, ce qui suppose des économies importantes.
Nous n'attendons pas pour agir.
Mettre un terme aux dérapages passés exige un suivi et une exécution rigoureuse
du budget 2025. Un plan d'action visant à améliorer les prévisions
budgétaires et le pilotage des finances publiques a été présenté au début du
mois de mars.
Nous avons aussi besoin du puissant mouvement de réforme de l'action publique
que j'ai évoqué tout à l'heure, qui implique de repenser tous nos budgets à
partir des missions et de leur efficacité, et non plus, comme nous le faisons
depuis des décennies, en prolongeant ce qui se faisait l'année précédente,
augmenté d'un pourcentage d'inflation.
À ces quatre chantiers, j'ajoute l'impératif que j'évoquais d'aménager notre
territoire de façon équilibrée et dans le cadre de la transition écologique que
nous devons poursuivre.
Dans cet effort d'aménagement du territoire, la question des transports tient
une place centrale. Nécessairement, compte tenu de l'histoire qui est la nôtre
et du rôle central qu'a pris Paris, notre réseau de transports doit assurer la
liaison entre la capitale et la province.
Mais il y a aussi des liens à créer ou à recréer entre les provinces
elles-mêmes, entre les lieux de vie, d'activité et de services publics, entre
les villages et les villes moyennes. Faute de développer nos réseaux de
transports, nous continuerons à renforcer la métropolisation de notre
territoire. Sans un réseau de transports efficace et profond, il n'y aura pas
de répartition équilibrée des activités économiques, pas de
réindustrialisation, pas de distribution harmonieuse des opportunités d'emploi.
À l'heure où notre pays cherche à sortir de sa dépendance aux énergies
fossiles, les pouvoirs publics ont la responsabilité d'organiser le
développement de ces transports de façon décarbonée.
Et devant les difficultés budgétaires que nous connaissons, c'est un nouveau
système de financement qu'il faut mettre en œuvre. C'est pourquoi j'ai chargé
la conférence Ambitions France Transports de définir un modèle soutenable de
financement de nos infrastructures.
La condition pour relever tous ces défis, c'est que nous ayons l'idée la plus
claire possible de ce qui nous réunit, de ce que nous voulons défendre
ensemble, de ce que nous voulons construire ensemble. Face aux attaques de
l'extérieur, face aux assauts de l'intérieur, qui tous se déchaînent contre
nous, nous ne serons forts que si nous sommes unis ; nous ne serons libres
que si nous avons le désir d'être ensemble et d'avancer ensemble.
C'est pourquoi j'ai décidé que soit mené à l'échelle du pays et des régions, un
débat sur ce que signifie «être français».
Ce débat, je serais heureux que votre Conseil accepte de l'organiser, en tirant
parti de l'expertise qu'il a acquise grâce aux conventions citoyennes.
Les Conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux seront un
puissant point d'appui pour qu'il se développe partout sur le territoire de
notre pays.
Je propose que ce débat parte de textes. J'en fournirai moi-même un, parmi
d'autres bien sûr. Ma conviction, c'est qu'il ne s'agit pas d'une simple
question d'identité. C'est une question d'adhésion à un projet national unique,
puisque nous sommes le seul pays au monde qui soit fondé non pas sur la
glorification d'une grandeur passée, non pas sur une origine ou une religion,
mais sur le partage d'un certain nombre de vertus philosophiques et civiques,
qui sont comme les leçons que nous tirons de notre histoire.
Ces vertus, nous les connaissons tous : il s'agit du triptyque qui
constitue notre devise républicaine, liberté, égalité, fraternité. J'y ajoute
la laïcité, dont je crois qu'elle est au fond un visage essentiel de notre
conception particulière de la fraternité.
> [Condamnation de Marine Le Pen / Intervention à
l’Assemblée] Premièrement, il n’est pas possible, a fortiori pour un
responsable gouvernemental, de critiquer une décision de justice. J’estime même
que nous n’en avons pas le droit.
Deuxièmement, le soutien que nous devons apporter aux magistrats, dans
l’exercice de leurs fonctions, doit en effet être inconditionnel, non mesuré,
puissant. Il est très important que l’ensemble de la représentation nationale
exprime un tel soutien.
Il est vrai que des interrogations subsistent – j’en ai
moi-même souvent formulé sur le seul sujet qui me paraît devoir être abordé dans
cette affaire : la
possibilité de former des
recours. En principe de droit, toute décision
lourde et grave en matière pénale doit pouvoir faire l’objet d’une procédure en
appel et d’un recours.
Cependant, le dispositif de l’exécution provisoire conduit à ce que des
décisions lourdes et graves ne soient pas susceptibles de recours. Il n’est
alors plus possible de faire appel de décisions qui, pourtant, peuvent
entraîner des conséquences irréversibles. J’ai toujours, comme citoyen,
considéré ce point comme problématique ; je m’étais déjà exprimé en ce
sens lors de la condamnation du maire de Toulon, Hubert Falco. En effet, je
suis un citoyen. Conformément aux principes du droit, les décisions de justice
sont protégées et les magistrats doivent être soutenus. Cependant, lorsqu’il
s’agit de s’interroger sur l’état de la loi, il revient au Parlement de prendre
ses responsabilités.
> [Condamnation de Marine Le Pen / Intervention à
l’Assemblée] Il est indiscutable et il doit être indiscuté, sur tous les bancs,
que les décisions de justice ont à être soutenues et les magistrats protégés
dans l’exercice de leur mission. J’affirme, au nom du gouvernement, que c’est
le cas : vous l’avez dit, il n’y a pas de passe-droit, quel qu’il soit et
quelle que soit la loi concernée. Les magistrats exercent leur mission
lorsqu’ils prononcent des jugements. Il est donc légitime que nous leur
apportions, unanimement, sur tous les bancs, notre soutien.
Je considère que le Parlement a une réflexion à mener. Cependant, je n’ai pas
l’intention de confondre la discussion portant sur un jugement, que je ne
commente pas et que je soutiens, avec la réflexion sur l’état de la loi, qui
appartient au Parlement et qui mérite d’être constamment reprise.
> [Condamnation de Marine Le Pen / Intervention à
l’Assemblée] Je ne veux pas laisser dire ici que notre démocratie serait mise à
mal par l’autorité judiciaire. Ce n’est pas vrai.
Après m’être déjà largement exprimé, à plusieurs reprises, depuis longtemps et
à chaque occasion sur le sujet que vous venez d’évoquer, je note simplement que
la répartition des rôles, que vous avez vous-même rappelée, entre les
différentes autorités de la République – législative,
exécutive et judiciaire – est claire. La loi à partir de laquelle les juges ont
pris leur décision a été votée par le
Parlement de la République.
Certes, nous devons nous poser certaines questions – je l’ai fait moi-même.
Cependant, dès lors que nous
prenons acte de la répartition
des rôles qui assure l’équilibre de la démocratie et de la République, la marche à suivre est très simple : vous annoncez que vous allez déposer une proposition de loi, celle-ci sera examinée par les deux chambres et c’est donc le Parlement qui décidera si, oui ou non, il convient
de toucher à l’écriture de la loi à partir de laquelle les magistrats
jugent.
> [Condamnation de Marine Le Pen / Intervention à
l’Assemblée] D’une voix ferme – j’espère – et avec certitude, j’affirme ici que les décisions
de justice, la décision des
magistrats et la personne même
des magistrats doit être
soutenue de toutes les manières
par tous ceux qui siègent sur
ces bancs – je l’espère – et par le gouvernement en
tout premier lieu. Ensuite, vous avez soutenu quelque chose d’inexact. Jamais
la question de l’inéligibilité n’a fait l’objet d’interrogations ou de
critiques. Lorsqu’ont été commis certains actes qui transgressent les principes
qui nous sont chers – je le crois –
à tous, l’inéligibilité est
liée directement à la condamnation. Le seul sujet qui
a fait l’objet d’interrogations sur de nombreux bancs
est l’exécution provisoire. Or celle-ci ne figure pas dans la loi que
vous avez évoquée, à laquelle elle est très
antérieure. Elle avait été
définie par le Parlement en lien avec bien d’autres faits. Ainsi, le seul sujet
qui fait l’objet d’interrogations, depuis longtemps, est la question de
l’exécution provisoire – nombre de vos collègues
l’ont dit –, or l’instance pertinente pour répondre à cette
interrogation est le Parlement. C’est
le Parlement qui doit s’en
saisir, car c’est la loi qui définit l’exécution
provisoire et c’est en vertu de
la loi que la décision a été prise.
Si la loi doit être discutée, c’est au Parlement.
Elisabeth Borne (ministre d’Etat, ministre de l’Education
nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche)
> L'école ne reculera jamais face à la violence. (…)
Je suis déterminée à lutter contre toutes les formes de violences à l'école.
Les réponses ne sont pas nécessairement nationales. Elles se bâtissent
localement.
> L'objectif est de mieux former nos professeurs. Faire
des économies sur la formation des professeurs, c'est une très mauvaise idée.
> Certaines académies rencontrent des difficultés
d'attractivité. Nous devons agir structurellement et c'est tout le sens de la
réforme du recrutement et de la formation initiale des professeurs que j'ai
présentée la semaine dernière.
> Plus de 70 000 élèves atteints de troubles du spectre
de l’autisme sont scolarisés en France. Chaque enfant mérite une scolarité
épanouissante et réussie. Sensibiliser davantage et former les acteurs
scolaires est essentiel pour transformer les pratiques, les perceptions et
faire évoluer les regards.
> On constate que les élèves qui ont des bons résultats
sportifs ont aussi des meilleurs résultats au plan scolaire.
> Nous faisons
face à une baisse démographique importante, avec une diminution de près de
100 000 élèves chaque année. Malgré cela, nous maintenons le nombre
de postes d'enseignants et avons créé 2 000 postes d'AESH.
J'ai fait le choix d'affecter ces moyens à nos politiques prioritaires,
pour réduire les inégalités sociales et territoriales, développer l'école
inclusive et renforcer les brigades de remplacement.
La carte scolaire ne peut pas être figée. Les services académiques ont
été attentifs au taux d'encadrement comme au maillage territorial. Il ne peut y
avoir de fermeture d'école sans l'accord du maire.
> Sur l'école inclusive, nous devons anticiper et
répondre plus rapidement aux besoins des élèves. C'est l'objet des pôles
d'appui à la scolarité, qui n'attendent pas les notifications des MDPH pour
faire des propositions d'accompagnement aux familles.
> L'orientation
est un enjeu majeur : il s'agit à la fois d'accompagner la réussite de
chaque jeune et de préparer les compétences dont notre pays aura besoin demain.
Depuis 2018, cette compétence est en effet partagée entre l'État et les
régions : le premier prend en charge l'éducation à l'orientation, les
secondes l'information sur les métiers.
De nombreux dispositifs ont été mis en place pour permettre aux élèves
d'élargir leurs horizons et de faire des choix éclairés : découverte des
métiers dès le collège, stage de seconde, développement des cordées de la
réussite, création d'un bureau des entreprises dans les lycées professionnels.
Oui, il reste du chemin à parcourir. L'orientation est anxiogène pour
nombre d'élèves et de familles. Les élèves de milieux défavorisés et les filles
s'engagent encore dans des parcours moins ambitieux, alors que nous manquons de
25 000 ingénieurs par an. Notre pays reste très marqué par des biais
sociaux, territoriaux et de genre.
L'orientation subie conduit souvent au décrochage. Quant au monde
économique, il a besoin de compétences, notamment dans les métiers d'avenir.
J'ai poursuivi les consultations engagées par ma prédécesseure et le
ministre Portier. De nombreuses contributions ont été apportées, notamment par
les organisations patronales et les régions. Une synthèse est en cours
d'élaboration, et je reste à l'écoute de vos propositions.
J'ai bon espoir que nous parvenions, dans les prochaines
semaines, à des mesures pour un système d'orientation plus efficace.
> [Guerre commerciale de Trump] L'escalade n'est
l'intérêt de personne, mais il faut que Donald Trump ait en tête que l'Europe
souhaite reprendre les négociations, mais est aussi prête à se défendre.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires
étrangères)
> La rupture du cessez-le-feu et la reprise des frappes israéliennes à
Gaza constituent un retour en arrière dramatique pour la population civile de
l’enclave, pour les otages et leur famille ainsi que pour la stabilité dans la
région. Le bilan humain de ces frappes est considérable – plus de 1 000 personnes ont perdu la vie.
Mme Nathalie Oziol
Tuées par l’armée
israélienne !
M. Jean-Noël Barrot, ministre
Le 9 mars, un
bâtiment des Nations unies a été frappé : un employé a perdu la vie et
deux de nos compatriotes ont été grièvement blessés.
Des tirs israéliens sur des ambulances ont tué quinze secouristes, parmi
lesquels des membres du Croissant-Rouge, de la protection civile palestinienne
et des employés des Nations unies. C’est tout simplement inacceptable :
les travailleurs humanitaires ne devraient jamais être pris pour cible. Demain,
cela fera un mois que le gouvernement israélien aura fermé l’accès de l’enclave
à l’aide humanitaire – il l’avait
rouvert précédemment.
Jeudi, je rencontrerai mon homologue israélien et j’appellerai
son attention sur trois points.
Comme le Hamas, Israël doit
respecter les engagements pris le 19 janvier,
date du début du cessez-le-feu.
Les priorités sont la libération des otages et la cessation
des hostilités.
Plus généralement, il faut soutenir le plan des pays arabes pour la
reconstruction, la gouvernance et la sécurité à Gaza. Ce plan prévoit
que le Hamas ne pourra participer à la gouvernance de l’enclave et devra cesser
de constituer une menace pour Israël.
Enfin, au-delà de la question de Gaza, la solution à deux États est la seule à
même de garantir la sécurité et la paix pour les Israéliens comme pour les
Palestiniens. Elle sera l’objet de la conférence des Nations unies que la
France présidera avec l’Arabie saoudite cet été.
Nous n’hésitons pas à prendre des sanctions. Nous l’avons déjà fait en réaction
à un sujet qui nous préoccupe particulièrement – la colonisation extrémiste et violente en Cisjordanie. S’il
le faut, nous en prendrons de nouvelles.
Agnès
Pannier-Runacher (ministre de la
Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche)
> Plus de 40 000 morts prématurées chaque année. 30 000 enfants
asthmatiques supplémentaires chaque année. Des mois d’espérance de vie en moins
pour nous tous. Nos compatriotes les plus précaires en première ligne. C’est le
bilan des conséquences de la pollution de l’air sur notre santé. Et face à
cela, les zones à faibles émissions sont un des outils mis à disposition des
grandes agglomérations pour agir. Alors oui, je suis prête à améliorer les
Zones à Faibles Émissions. Il n'est pas question que des Français soient
assignés à résidence. Il faut des solutions à portée de main. Pour cela, je
lance un Roquelaure de la Qualité de l’air. Mais je le rappelle : c’est un
dispositif qui a montré son efficacité et qui est à la main des collectivités
locales. Faisons-leur confiance.
> Nous fêtons les
deux ans du plan Eau, lancé par le Président de la République et mon
prédécesseur Christophe Béchu. Ses objectifs sont de réduire notre consommation
et de protéger la ressource en quantité. Les deux tiers des mesures prévues ont
été réalisées, les autres sont engagées. Cinquante sites industriels sont déjà
dotés d'un plan de sobriété, et nous visons 10 % en 2027.
Avec Annie Genevard et Yannick Neuder, je viens de publier une feuille
de route pour améliorer la qualité de l'eau potable. Nous concentrerons nos
efforts sur les aires de captage prioritaires. Des moyens sont prévus pour
accompagner les collectivités, les agriculteurs et les industriels : outre
les 6,5 millions d'euros dont vous avez parlé, destinés à la définition
des aires, 2 milliards d'euros d'Aqua Prêts seront consentis par la Banque
des territoires à des taux ultra-compétitifs - ce n'est pas exactement
l'épaisseur du trait...
À la demande de M. Lombard et de moi-même, la Banque
des territoires a annoncé un complément de 2 milliards d'euros pour
l'accompagnement de la transition écologique.
Enfin, le Premier ministre lancera prochainement une grande conférence
sur l'eau, organisée bassin par bassin.
Nous devons faire face au mur d'investissement qui est devant nous tout
en maintenant une tarification acceptable et en appliquant le principe
pollueur-payeur.
Patrick Mignola (ministre délégué auprès du Premier
ministre chargé des Relations avec le Parlement)
> [Condamnation de Marine Le Pen] La séparation des pouvoirs demeure la règle absolue de notre État de
droit et de notre démocratie. La justice passe ; le Gouvernement ne peut
ni la commenter ni la contester. Le Parlement seul, s'il le souhaitait,
pourrait modifier la loi.
Montesquieu disait : « Les juges de la nation sont la bouche qui
prononce les paroles de la loi, des êtres inanimés, qui n'en peuvent modérer ni
la force ni la rigueur. »
Alors que la démocratie est parfois remise en cause, nous croyons sage
de nous en tenir à ces principes et à leur application.
> [Condamnation de Marine Le Pen] Nous ne commentons ni
ne contestons aucune décision de justice. Les magistrats doivent être protégés
et leurs décisions respectées. Tout justiciable peut faire appel de son
jugement : c'est le cas du RN, condamné pour détournement de fonds publics en
première instance.
> [Condamnation de Marine Le Pen] Au moment où l'idée
même de démocratie est remise en cause de maintes manières dans le monde
entier, nous ne pouvons pas, ici en France, en remettre en cause les
fondements. Un gouvernement ne peut ni commenter, et moins encore contester une
décision de justice.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier
ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte
contre les discriminations)
> L'inceste, les viols commis sur nos enfants sont les crimes absolus.
Sous le sceau du secret, sous le poids de la honte et de la culpabilité. Et
quand les victimes ont enfin la force, la possibilité de parler, la justice
leur répond : «prescription». Il ne doit jamais être trop tard. Les victimes
doivent toujours avoir accès à la justice.
> [Modifier la définition pénale du viol et des
agressions sexuelles / Intervention à l’Assemblée] Permettez-moi avant tout de
saluer le travail remarquable conduit sous votre autorité, et en lien avec
Marie-Charlotte Garin, par la délégation aux droits des femmes et à l’égalité
des chances entre les hommes et les femmes. Ce travail transpartisan doit
conduire, je l’espère, dans quelques heures, au vote de la proposition de loi
visant à modifier la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. Il
s’agit d’un texte structurant pour les droits des femmes, de nature à changer
notre approche de la question. En effet, grâce à vous, nous allons intégrer le
consentement dans la définition pénale du viol.
Le consentement est le cœur du combat que nous devons mener en matière de viol
et de violences sexuelles. La notion de consentement sépare en effet la liberté
et l’émancipation, d’une part, la domination et la violence de l’autre. Ce
combat concerne certes le droit mais aussi l’ensemble de la société. Vous avez
ainsi mentionné la formation initiale obligatoire des magistrats et, au-delà,
de tous les agents publics. Je pense aux policiers, aux gendarmes et à la
manière dont ils doivent recueillir les plaintes. Nous avons progressé puisque,
entre 2017 et 2022, les condamnations pour viol ont augmenté de 14 %,
93 % d’entre elles ayant abouti à de la prison ferme.
Nous avons en outre, avec beaucoup d’entre vous, mené le combat de l’éducation
à la vie affective, à la sexualité : en dépit des fantasmes de certains,
cette éducation est primordiale pour apprendre dès le plus jeune âge les
principes essentiels d’égalité et de respect – dont le consentement fait évidemment partie.
Nous entendons avancer sur l’imprescriptibilité des crimes sexuels en matière civile. Un texte en la matière doit être examiné
jeudi au Sénat – soutenu par le gouvernement, j’espère qu’il le sera aussi par de nombreux
groupes politiques.
> [Violences physiques et sexuelles / Intervention à l’Assemblée]
Il y a vingt-deux ans, la France se réveillait en apprenant la mort de Marie
Trintignant, battue à mort par son compagnon. Il faut nous souvenir des mots
employés à l’époque : « Marie Trintignant, tombée dans le coma après
une dispute », « Une dispute amoureuse qui a mal tourné »,
« Un huis clos tragique ». L’histoire était racontée comme si la
responsabilité était partagée entre les deux membres du couple. Pire, comme si
c’était d’abord la responsabilité de la victime : son passé, son
caractère, sa vie intime étaient auscultés, comme s’ils pouvaient d’une
quelconque manière excuser son meurtre. On parlait de « crime
passionnel », de « drame amoureux », comme si l’amour pouvait
justifier la mort. Marie Trintignant n’est pas morte d’amour : elle a été
assassinée, par la violence d’un homme.
Depuis, notre société a progressé. Nous avons appris que les mots ont un poids,
qu’ils façonnent notre vision du monde et nos actes. Nous ne parlons plus de
« crimes passionnels » mais de féminicides. Nous avons compris que
les violences physiques et sexuelles ne sont jamais des malentendus, mais des
délits ou des crimes. Pourtant, un autre poison subsiste, celui du doute, celui
du soupçon qui, encore aujourd’hui, ne pèse pas sur les agresseurs, mais bien
sur les victimes. Nous avons tous entendu ces phrases : « Elle ne
s’est pas débattue », « Elle n’a pas crié », « Elle
exagère », « Ça n’était qu’une simple gifle », « C’est
parce qu’elle l’a trompé ». Comme si, en plus d’avoir été agressées, les
victimes devaient encore prouver qu’elles l’ont été correctement, qu’elles ont
réagi de la bonne manière. Comme s’il y avait une manière acceptable d’être une
« bonne » victime. Face à quel autre crime, face à quelle autre
infraction, exige-t-on autant de la victime ?
Cette proposition de résolution est utile, parce que continuer de culpabiliser
les victimes, c’est offrir un passe-droit aux agresseurs. C’est suggérer, à
mots couverts, que ce n’est pas si grave, que ça ne mérite pas d’en faire un
scandale. C’est entendre, encore et encore, ces phrases insoutenables :
« Il a dérapé, ça arrive à tout le monde », « Il ne faut pas
ruiner une vie pour ça », « On ne peut plus rien dire, on ne peut
plus rien faire ». Comme si frapper, violenter, tuer une femme relevait
d’un moment d’égarement et non d’un crime. Comme si la véritable injustice
n’était pas la violence subie, mais la conséquence pour celui qui l’a commise.
Voilà comment, insidieusement, une société minimise, banalise, normalise,
perpétue. Voilà comment on absout les coupables en chargeant les victimes.
Disons-le clairement : une gifle, un viol, un féminicide, ce n’est jamais
une simple erreur. C’est toujours un acte de domination. Nous ne laisserons
plus rien passer.
Cette proposition de résolution est utile, parce qu’en tant que société, nous
devons faire en sorte que cesse de peser sur les victimes l’ombre terrible du
soupçon. Jamais une seule femme ayant dénoncé les violences qu’elle a subies
n’a relancé sa carrière grâce à cela. Pourtant, dès qu’elles parlent, les
accusations d’opportunisme surgissent : chantage, volonté de nuire,
recherche de notoriété, calcul stratégique, plan secret… Quelle femme a déjà
gagné quoi que ce soit – professionnellement, médiatiquement, politiquement, financièrement – à porter plainte ? Aucune. Elles y perdent même souvent : de l’argent
dans des procédures longues et épuisantes, du crédit dans des milieux professionnels
compétitifs, de la sérénité dans leur
vie quotidienne. Elles affrontent des menaces, des insultes, le mépris, l’isolement. Elles doivent tout prouver, tout justifier ;
pourtant leur parole reste suspecte. En réalité, leur seul bénéfice est
intime : retrouver l’estime de soi, espérer se réparer et aider d’autres
victimes. Faire entendre une vérité qui, sans elles, resterait dans l’ombre.
Cette proposition de résolution est utile, parce que la procédure judiciaire,
qui devrait être pour les victimes un moment de reconnaissance et de justice,
peut se transformer en une épreuve supplémentaire. Il arrive encore aujourd’hui
que l’on ne cherche pas seulement à établir les faits : on scrute leur
passé, on traque leurs moindres gestes, leurs moindres silences, on décortique
leur vie privée et sexuelle, leurs émotions, leurs réactions. Comme si le
simple fait d’avoir survécu suffisait à les décrédibiliser, comme si leur
douleur devait être passée au crible du soupçon permanent.
Nous sommes dans un État de droit. Dans un État de droit, un accusé est présumé
innocent jusqu’au jugement définitif, un accusé a le droit de se défendre. Mais
dans un État de droit, le débat contradictoire n’exclut pas l’éthique. Rien ne
justifie les invectives sexistes et misogynes envers des avocates, telles que
celles, honteuses, que nous avons pu entendre la semaine dernière. Absolument
rien ne justifie que des victimes soient traitées avec suspicion, ou parfois
même humiliées par des questions ignobles qui ajoutent une nouvelle couche de
violence, alors que nous aurions dû les protéger. Rien ne justifie que l’on
interroge encore des victimes sur la longueur de leur jupe, sur leur
consommation d’alcool, que l’on questionne leur vertu, leur passé sentimental
ou leur vie sexuelle, comme si un seul de ces éléments pouvait atténuer la
gravité du crime commis. Rien ne justifie que l’on ne prenne pas au sérieux la
douleur et la plainte d’une victime qui, après des années de silence, trouve
enfin la force de parler. Au lieu de nous étonner du silence des femmes,
demandons-nous si la société les a vraiment écoutées. Car, en réalité, elles
n’ont jamais été silencieuses : des milliers de victimes ont parlé,
dénoncé, témoigné, écrit, milité. Leur parole a-t-elle été prise en
compte ? A-t-elle été respectée ou a-t-elle été minimisée, moquée,
disqualifiée ?
La parole s’est libérée, heureusement, mais il ne suffit plus d’entendre :
il faut agir. Notre détermination est totale, comme il se doit. Nous sommes
pleinement engagés pour enfin rompre le cycle de la violence et de l’impunité. Nous
luttons avec toujours plus de détermination contre les violences faites aux
femmes sous toutes leurs formes : physiques, sexuelles et psychologiques,
mais aussi économiques, numériques ou par soumission chimique. Contrairement à
ce que j’ai entendu, nous augmentons les budgets : celui de mon ministère
a augmenté de plus de 20 % cette année ; il a plus que triplé depuis
2017. Le montant alloué à l’aide aux victimes a quant à lui progressé de
89 % depuis 2020.
La lutte contre les violences faites aux femmes passe aussi par le renforcement
des dispositifs de protection, d’accompagnement et d’hébergement, par la
formation des professionnels de santé et des forces de l’ordre, ou encore par
le déploiement d’au moins une maison des femmes adossée à un établissement de
santé dans chaque département – nous faisons tout cela. Cela passe aussi par le
renforcement de notre arsenal juridique pour mieux accompagner les victimes
dans leurs démarches judiciaires et mieux qualifier les faits pour, à la fin,
mieux condamner les auteurs.
À ce titre, l’examen de la proposition de loi de Véronique Riotton et
Marie-Charlotte Garin doit marquer un tournant, afin que la question du
consentement soit placée au cœur de notre droit.
Nous nous apprêtons également à faire entrer dans la loi la notion de contrôle
coercitif avec l’examen, ce jeudi au Sénat, de la proposition de loi que vous
avez adoptée le 28 janvier dernier. Avec elle entrera également dans la
loi, je l’espère, l’imprescriptibilité pour les crimes sexuels commis à
l’encontre des enfants.
Nous devons mieux caractériser pour mieux sanctionner tous les comportements – les regards, les mots, les
interdictions, l’isolement, les
humiliations –, lesquels
peuvent s’accumuler pour former
une relation oppressive et dégradante.
Nous avons lancé un travail
transpartisan, avec tous les groupes de l’Assemblée et du
Sénat, de manière à élaborer une
loi-cadre pour lutter contre ces violences.
Cette proposition de résolution
est utile. Pour les victimes qui n’ont
jamais parlé. Pour celles qui
ont parlé et n’ont jamais été écoutées et respectées. Aucune victime ne doit
porter, en plus de ses blessures, le poids du doute, de la culpabilité et de la
honte. Aucun agresseur ne doit trouver refuge dans l’indifférence ou l’excuse. Notre
société doit ouvrir les yeux, regarder en face ce qu’elle refuse encore trop
souvent de voir : une femme isolée, rabaissée, humiliée, contrainte,
frappée, violée, tuée, n’est pas et ne sera jamais un fait divers. Il ne s’agit
pas d’une affaire privée, mais de l’affaire de chaque citoyenne et de chaque
citoyen, de l’affaire de la République : il y va de la justice, des
droits, de la liberté.
> [Intervention à l’Assemblée] Violences sexuelles et
consentement]
Le consentement est au cœur de notre combat contre les violences sexuelles. En
dépit de cette évidence qui aurait dû s’imposer depuis toujours, le
consentement reste un concept déformé et remis en question, à dessein.
Pourquoi ? Parce qu’il vient heurter des habitudes et des croyances. Parce
qu’il dérange. Il dérange car il est intrinsèquement lié à une réalité que l’on
a préféré mettre à distance, une réalité occultée par les clichés.
Dans neuf cas sur dix, la victime connaît son agresseur – neuf cas sur dix. Ce n’est pas
un inconnu tapi dans l’ombre. C’est un mari, un ex-conjoint, un parent, un ami
ou un collègue. Cette proximité brouille les frontières et nourrit des doutes
insupportables : « Pourquoi n’a-t-elle pas crié ? Pourquoi ne
s’est-elle pas débattue ? Pourquoi n’a-t-elle rien dit plus tôt ? »
Parce que le viol ne se résume pas à la brutalité physique. Parce que la peur,
la sidération, la honte, l’emprise, les violences psychologiques, les abus
d’autorité ou de pouvoir sont autant de chaînes invisibles qui paralysent et
qui peuvent paralyser longtemps. Parce que l’absence de cri, de lutte ou de
résistance n’est jamais un consentement. Parce que le silence d’une victime
n’est jamais un consentement. Parce que ne pas dire non, ce n’est pas dire oui.
Le procès de Mazan est le symbole du moment charnière que nous vivons. Gisèle
Pelicot en est le visage : celui d’une femme debout. Gisèle Pelicot,
droguée par son mari pour être vendue à des inconnus recrutés sur internet qui
la considèrent, dit-elle, « comme une poupée de chiffon, comme un
sac-poubelle ». Pendant dix ans, son corps a été un terrain vague, son
existence un cauchemar méthodiquement et chimiquement orchestré. Ils ont été,
au moins, cinquante et un hommes. Cinquante et un visages terriblement
ordinaires. Ils sont des voisins, des collègues, des pères de famille que nous
croisons chaque jour – l’horreur a
un visage familier. Quand l’heure
de répondre de leurs actes est
venue, quand il leur a fallu se rendre au tribunal, ils se sont présentés masqués, cachés sous des capuches et des cagoules. Avaient-ils
honte d’eux-mêmes, ou bien honte d’avoir été interpellés ?
Ce procès nous oblige. Il doit y avoir un avant et un après Mazan. Nous n’avons
plus le droit de détourner le regard. Nous devons avoir le courage de regarder
notre société telle qu’elle est, aussi dérangeante soit-elle, avec ses
violences, ses silences – et donc ses complicités. Nous devons aux victimes de nous hisser au niveau du courage
dont a fait preuve Gisèle
Pelicot.
Nous devons redoubler d’efforts. Car si nous avons su, ces dernières années, mieux
protéger les victimes et mieux condamner les bourreaux, si nous avons renforcé
nos dispositifs de prévention et d’accompagnement ainsi que notre arsenal
juridique, si nous avons commencé à graver l’absence de consentement dans la
loi, le combat n’est pas pour autant terminé.
En inscrivant dans le code pénal, grâce à la loi du 21 avril 2021 visant à
protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste, qu’il ne
saurait jamais y avoir de consentement en deçà de l’âge de 15 ans, nous
avons clarifié notre droit et facilité ainsi le travail de la justice. Avant
15 ans, un enfant est un enfant. Il ne peut pas comprendre ce qu’on lui
suggère ou ce qu’on lui impose. Avant 15 ans, un enfant ne peut pas
consentir. C’est non – c’est
toujours non. C’est un interdit
absolu et il ne peut pas en être
autrement.
Aujourd’hui, nous pouvons aller
plus loin encore en réaffirmant
une vérité simple, incontestable, inaltérable : consentir, ce n’est
pas ne pas dire non – c’est dire
oui. Un oui explicite, libre, sans contrainte ni ambiguïté. Gardons-nous
de caricaturer cette exigence en y voyant une bureaucratisation du désir ou en évoquant ironiquement un contrat signé avant chaque relation sexuelle. Il s’agit de protéger,
de reconnaître, de rendre
justice : le viol n’est ni une fatalité ni un malentendu, mais un crime – un crime qui brise, qui mutile et qui anéantit.
Notre responsabilité est
immense. Je salue l’engagement
de parlementaires de tous les horizons, qui portent cette avancée avec force et
conviction. Je tiens à rendre un hommage appuyé à Véronique Riotton et à
Marie-Charlotte Garin, dont la mission et le rapport ont été décisifs. Je salue
également le Conseil d’État qui a rendu rapidement un avis éclairé renforçant
la sécurité juridique du texte.
Vous avez l’opportunité, par ce texte, d’inscrire au cœur des lois de notre
République ce principe fondamental de justice et de dignité : le
consentement doit être libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable.
Libre, parce qu’aucune contrainte, aucune pression, aucune peur ne doit jamais
en fausser la nature. Une femme qui craint de perdre son emploi, une jeune
fille face à son entraîneur ou une femme sous l’emprise d’un conjoint violent
peuvent-elles réellement dire non ?
Éclairé, car comment consentir si l’on est droguée, ivre, en situation de
vulnérabilité ou de handicap ou bien prise dans un rapport d’autorité ?
Spécifique, pour que nul ne puisse détourner le sens du mot
« consentement ». Consentir à un acte n’est pas consentir à tous les
actes et le droit des contrats ne saurait servir à justifier le droit de
disposer du corps d’autrui.
Préalable et révocable, car personne ne doit être enchaîné par un consentement
qu’il aurait donné une fois. Dire oui, ce n’est pas dire oui pour toujours – et le non, à tout moment, doit être respecté.
Le consentement, enfin, doit toujours être
apprécié dans son contexte. Une relation hiérarchique, une dépendance
économique, un climat de peur
ou de manipulation sont des éléments qui ne peuvent être ignorés. Ce n’est
qu’en mettant en lumière les stratégies de coercition que nous pourrons
démasquer ceux qui exploitent la vulnérabilité des autres.
Au-delà des textes de loi, c’est à un changement de culture que nous devons
collectivement travailler. La culture du viol, ce poison insidieux qui imprègne
nos sociétés, doit être combattu tout le temps, à tous les niveaux, par chacun
et chacune d’entre nous. Elle est là, chaque fois qu’une victime est réduite au
silence, chaque fois qu’un agresseur est excusé, chaque fois qu’un non est
interprété comme un peut-être. Elle est là, quand on enseigne aux filles à
avoir peur et à se méfier plutôt que d’apprendre à nos garçons à les respecter.
Quand on insinue que les vêtements, l’attitude ou l’heure tardive justifient
l’injustifiable et que, après tout, « elle l’a bien cherché ». Mettre
fin à cette culture, c’est éradiquer ces mécanismes de domination, c’est
éduquer, c’est refuser la complaisance et le déni, c’est dire clairement que la
honte n’est pas – n’est plus – du côté des victimes.
Elle est du côté de ceux qui violent, de ceux qui
minimisent, de ceux qui détournent
le regard et qui, complices, laissent faire.
Nous pouvons faire aujourd’hui
un pas décisif vers une véritable culture du consentement. Ce
texte, nous le savons, ne changera pas tout. Nous aurons encore à lutter contre toutes les formes de
violence. Ce texte, cependant, peut marquer un tournant. Il nous revient de réaffirmer que le corps des femmes n’appartient qu’à elles et qu’aucun
homme ne peut jamais prétendre avoir un droit sur lui. Il nous revient de
réaffirmer que ce qui compte, ce n’est pas ce que l’agresseur croit mais ce que
la victime veut. Cela, déjà, est une révolution.
> [Condamnation de Marine Le Pen] Personne ne devrait
accepter que nos magistrats soient menacés dans notre pays. Personne ne devrait
faire pression ou chercher à intimider. Un appel aura lieu. Une décision
définitive sera rendue. Et chacun devra s'y conformer. Et notre responsabilité
politique est de combattre et de battre le RN par nos résultats et dans les
urnes.
Astrid
Panosyan-Bouvet (ministre
déléguée auprès de la ministre du Travail, de la Santé, de la Solidarité et des
Familles, chargée du Travail et de l’Emploi)
> Je veux redire mon admiration et mon soutien aux acteurs de
l’insertion par l’activité économique (IAE) qui sont en première ligne aux
côtés des plus vulnérables. Nous devons collectivement aller plus loin. L’enjeu
est moins une logique d’entrée dans les dispositifs d’insertion que
d’efficacité de ces dispositifs et de sorties en emploi plus pérennes. C’est un
chantier partagé, à mener ensemble.
> [Condamnation de Marine Le Pen] Ce n’est jamais bon
qu’il y ait une telle contestation d’une décision de justice.
> La prévision de croissance de la Banque de France était
actuellement à 0,7%. Le gouvernement annoncera prochainement sa prévision
ajustée retenue.
Amélie de Montchalin (ministre délégué auprès du ministre
de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et Numérique,
chargée des Comptes publics)
> Frauder les aides publiques, c’est voler l’État. Donc voler les
Français. Le texte étudié dès aujourd’hui par le Sénat vise à nous doter des
moyens juridiques nécessaires pour combattre efficacement ces criminels. Il est
urgent d’agir rapidement et avec détermination.
> La proposition de loi visant à sortir la France du
piège du narcotrafic vient d’être adoptée largement par l’Assemblée nationale. La
lutte contre les trafiquants ne suffit plus : nous devons désormais asphyxier
leur économie souterraine en tarissant les flux financiers et les circuits de
blanchiment. Cette loi marque un tournant : frapper les criminels au
portefeuille pour affaiblir durablement les réseaux. L’État se dote d’outils
plus rapides, plus agiles, plus intrusifs pour répondre à la menace. Voici les
principales mesures de cette loi.
1. Donner plus de pouvoirs à la douane
- Possibilité pour les services des douanes de saisir les comptes bancaires et
instruments financiers
- Visite domiciliaire entre 21h et 6h sur ordonnance judiciaire, en flagrance
dans les locaux d’habitation, et hors flagrance pour les locaux professionnels
- Accès des douanes aux données des logisticiens (plateformes portuaires et
aéroportuaires)
- Affirmation du rôle des officiers de douane judiciaire
2. Mieux traquer l’argent sale
- Création d’un dispositif de gel administratif des avoirs
- Assujettissement aux obligations de lutte contre le blanchiment et le
financement du terrorisme (LCB-FT) élargi à certaines professions
- Interdiction de paiement en liquide de certaines prestations
- Cryptoactifs : interdiction de l’utilisation des mixeurs et des dispositifs
d’anonymisation
- Obligation de prévention et de détection de la corruption pour les acteurs
économiques en zones portuaires
3. Renforcer les capacités d’investigation des services de renseignement de
Bercy
- Possibilité pour les lanceurs d'alerte de faire des signalements sur les cas
de blanchiment
- Extension du droit d’accès à certaines données (droit de communication et
fichiers)
- Utilisation de procédures spéciales d’enquête.
Marc Ferracci (ministre délégué auprès du ministre
de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et Numérique,
chargé de l’Industrie et de l’Energie)
> Nous avons constamment soutenu les tarifs réglementés de l’électricité
– y
compris face à la Commission
européenne à laquelle, il y a quelques semaines,
j’ai adressé un rapport donnant tous les
arguments nécessaires à leur maintien. Nous y sommes attachés, et nous avons étendu, depuis le 1er février
2025, le bénéfice de ces tarifs aux petites entreprises.
S’agissant des industriels, particulièrement de ceux qui sont exposés à la
concurrence internationale, nous avons signé avec EDF, en novembre 2023, un
accord prévoyant un cadre leur permettant de bénéficier d’une électricité à des
prix compétitifs, grâce à notre parc nucléaire historique. Nous attendons
l’aboutissement des négociations, avant le 1er janvier 2026.
Cet accord prévoit qu’EDF reverse à tous les consommateurs – ménages comme entreprises –
une partie des tarifs de revente lorsque les prix de l’électricité sont
trop élevés.
Le Conseil de politique nucléaire
a pris acte que la maîtrise du
programme EPR2, dans ses aspects industriels aussi bien qu’en termes de coûts et de délais, était
insuffisante. C’est la raison
pour laquelle le président de
la République a décidé de changer le dirigeant d’EDF.
Je ne peux pas vous laisser dire, enfin, que la programmation pluriannuelle de
l’énergie a été élaborée dans l’opacité. C’est la loi, tout d’abord, qui
prévoit qu’elle soit adoptée par décret. Elle a, de plus, fait l’objet de très
larges consultations et de milliers de propositions. Nous aurons encore
l’occasion de débattre de cet enjeu de souveraineté, qui doit nous permettre de
défossiliser notre économie.
> Il faut
soutenir nos constructeurs dans leurs investissements et soutenir la filière
des batteries. Il faut sortir d'une forme de naïveté. L'UE a longtemps été
assez naïve, non pas seulement sur l'automobile mais dans un certain nombre de
secteurs comme l'industrie lourde, l'acier, la chimie vis-à-vis de concurrents
qui ne respectent pas les règles. On est dans un moment crucial, de
bascule pour notre industrie automobile. Les annonces vont se traduire en acte
dans les prochains mois.
Patricia Mirallès (ministre déléguée auprès du ministre
des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants)
> Une signature pour l’Histoire. Une signature pour la mémoire.
Aujourd’hui, le fort de Romainville devient la propriété de la ville des Lilas.
Lieu d’internement dès 1940, il a vu passer des milliers de résistants et
d’otages, principalement des femmes, avant la déportation. Pour préserver cette
mémoire, le ministère des Armées a déjà investi 200 000 euros dans la
restauration des graffitis laissés par les détenus, derniers témoignages de
leur combat. Demain, un éco-quartier prendra vie ici, mais le passé ne
s’effacera pas. Là où la mort régnait sur ce site fermé, nous lui redonnons vie
à travers le Mémorial national des femmes en résistance et en déportation. Une
vision moderne et durable, une victoire sur l’histoire, une belle preuve de
notre transmission de la mémoire. Merci à la mairie des Lilas, à la société
CIBEX et à tous ceux qui ont œuvré pour inscrire cette mémoire dans l’avenir.
Juliette Méadel (ministre déléguée auprès du ministre
de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation chargée de la Ville)
> Rendez-vous de travail avec ministre de l’Action publique, de la
Fonction publique et de la Simplification, dans le cadre de ma préparation du
prochain comité interministériel des Villes.
Au programme :
- Ouverture sociale des concours administratifs et promotion des métiers de la
fonction publique auprès des jeunes des quartiers.
- Densification du réseau France Services dans les quartiers politiques de la
Ville.
Des actions concrètes pour ouvrir la fonction publique aux habitants des
quartiers les plus fragiles !
> Hier, après le Sénat, l’Assemblée nationale a franchi
une étape cruciale dans notre combat contre le narcotrafic. Un renforcement
majeur de notre arsenal législatif pour lutter contre les réseaux criminels et
protéger nos concitoyens. Nos enfants, trop souvent ciblés par ces trafics,
sont au cœur de notre engagement. Nous devons leur offrir un avenir où la
sécurité et la sérénité ne sont pas de vains mots. Ensemble, disons non à la
drogue et à la violence. Travaillons pour que nos villes deviennent sûres, et
offrons un avenir digne pour nos jeunes générations.
> Éduquer, soigner, simplifier, désendetter : notre pays
a besoin de décisions fortes. Un cap clair pour une action immédiate et
efficace !
Laurent Saint-Martin (ministre délégué auprès du ministre
de l’Europe et des Affaires étrangères chargé du Commerce extérieur et des
Français de l’étranger)
> [Guerre commerciale de Trump] Une guerre commerciale serait néfaste
pour toutes les parties – absolument toutes. Elle le serait, bien sûr, pour les
pays européens, pour la France et ses exportateurs, mais aussi pour les
États-Unis, dont les importateurs, les consommateurs et l’économie seraient
directement touchés.
Une guerre commerciale n’a que de mauvaises conséquences. Elle ralentit les
exportations, crée un effet inflationniste, entraîne de l’attentisme et du
ralentissement dans les investissements. Cela, nous ne le voulons pas. Nous
voyons déjà, depuis quelques jours, les réactions des marchés boursiers qui
sont dans l’attente, craignant une éventuelle guerre commerciale.
Puisque vous la demandez, je répète avec clarté la position du
gouvernement : nous voulons à tout prix éviter une escalade et une guerre
commerciale. Nous pensons que, jusqu’au dernier moment, cela restera possible.
La position de la France et de la Commission européenne restera toujours la
même : la coopération avant la confrontation.
[Avec les] nouvelles annonces de hausse des droits de douane visant les
produits européens, la Commission européenne devra répondre. C’est une question
de rapport de force et d’affirmation de la puissance commerciale qu’est l’Union
européenne. Il serait impensable de ne pas répondre à une nouvelle agression
commerciale.
Cela devra se faire en respectant une seule condition, pour être crédible et
possible : que l’Europe et l’ensemble des États membres restent unis.
Comme l’a dit la porte-parole du gouvernement ce matin, nous travaillerons
donc, au cours du mois d’avril, à trouver une réponse proportionnée à ces
attaques injustifiées.
Vous avez eu parfaitement raison de mentionner les difficultés et les craintes
que nos filières peuvent nourrir. Le gouvernement en est conscient, notamment
la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, qui est venue en aide aux
filières du vin et des spiritueux.
Je me rendrai moi-même vendredi en Champagne, afin de dire à nos producteurs
que nous serons toujours – toujours ! – à leurs côtés pour les protéger dans un tel contexte. C’est vrai
pour les vins et les spiritueux ainsi que pour toutes les filières françaises.
Thani Mohamed Soilihi (ministre délégué auprès du ministre
de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et des Partenariats
internationaux)
> Tour d’horizon avec la présidente du Conseil d’administration
d’UNITAID, des priorités et défis auxquels cette organisation fait face.
Elle effectue un travail remarquable pour adapter et rendre plus abordables les
traitements notamment contre le VIH, le paludisme et la tuberculose et les
produits de santé maternelle et infantile.
Pour rappel : un euro investit bénéficie à hauteur de 46 euros pour la santé
publique. Soutenons ensemble la santé mondiale !
● Autres
ministres
Gérald Darmanin (ministre d’Etat, Garde des sceaux, ministre de la Justice)
> [Définition du viol et du consentement / Intervention à l’Assemblée] Si
l’histoire de la justice est jalonnée d’étapes décisives, rares sont celles qui
touchent aussi directement à un tabou si profondément ancré dans notre droit et
dans notre société. En examinant aujourd’hui cette proposition de loi visant à
inscrire explicitement la notion de consentement dans la définition du viol,
vous innovez, mesdames et messieurs les députés, dans notre droit comme dans
notre société. Je tiens à saluer, au nom du gouvernement, le travail mené par
la délégation aux droits des femmes ainsi que l’engagement de parlementaires de
toutes sensibilités – à commencer par celui de Mmes Véronique
Riotton et Marie-Charlotte Garin.
Cette proposition de loi transpartisane s’inscrit dans une actualité
douloureuse et dans un contexte où
la société, avec force, réclame que la justice soit rendue
autrement. Nous savons en effet comment l’affaire dite des viols de Mazan a profondément marqué la
conscience collective et l’institution
judiciaire. Ce procès
hors-norme, par son ampleur et son horreur, par le courage exceptionnel de la
victime, oblige la représentation nationale comme le gouvernement. Il nous
oblige à repenser notre droit, à interroger nos représentations, à changer de
paradigme – c’est ce que fait cette proposition de
loi.
Dans le tournant que nous vivons, ce texte marque une évolution majeure du droit pénal. Si la clarté
doit bien régner quelque part,
c’est sur le code pénal : toujours précis,
toujours d’application stricte.
Dans notre droit actuel, pourtant, le mot « consentement »
est absent de la définition du viol. La justice le recherche, les enquêteurs
l’analysent, les avocats le contestent parfois, les victimes en témoignent – mais la loi ne le dit pas.
C’est cette omission que votre
texte vient combler. Il ne s’agit
pas d’une révolution juridique, mais d’un ajustement important et nécessaire et d’un alignement de notre droit avec ce que la jurisprudence, la
pratique judiciaire et la société attendent depuis bien longtemps. Le
Conseil d’État a accueilli ce
changement avec rigueur et clairvoyance. Dans l’avis qu’elle a rendu le
6 mars dernier, la haute juridiction souligne que cette réforme n’instaure
ni une présomption de culpabilité ni une obligation de contractualisation des
relations sexuelles mais qu’elle permet au contraire de centrer le débat sur
cette réalité que le viol est avant tout un « viol du consentement »
avant que d’être un viol du corps.
En inscrivant dans le code pénal que le consentement est l’élément permettant
de distinguer la sexualité de la violence, le texte reconduit le débat
judiciaire non pas sur le comportement de la victime – on aurait pu voir là un risque – mais sur celui de l’auteur. Les débats
ont été importants à ce
sujet. Vos très nombreuses
auditions vous ont permis de faire un véritable
travail de défrichement. Après l’avis éclairé du Conseil d’État, le gouvernement entend vous accompagner dans votre rédaction.
Écoutons toutefois les
interrogations. D’aucuns et d’aucunes redoutent que l’introduction explicite de la notion
de consentement n’entraîne paradoxalement une focalisation
accrue sur la victime : ce qu’elle a dit ou ce qu’elle n’a pas dit, ce
qu’elle a fait ou ce qu’elle n’a pas fait. Ce risque est réel, mais notre
rédaction permettra de le prévenir. C’est en effet précisément parce que le
consentement sera inscrit dans la loi que l’on pourra mieux fixer le cadre dans
lequel il s’apprécie : le cadre du consentement libre, spécifique,
préalable, révocable et qui, surtout, ne saurait être déduit du seul silence ou
de la seule absence de résistance. C’est là l’avancée majeure de notre texte,
car aujourd’hui, faute d’une définition légale suffisamment claire, c’est
souvent le comportement de la victime qui est interprété, examiné – parfois en pleine audience – et éventuellement jugé.
Demain, ce sera à la personne
mise en cause de montrer qu’elle
s’est assurée du consentement, par des actes
positifs. L’enquête devra déterminer ce qu’elle
a compris, ce qu’elle a perçu, ce qu’elle a fait pour s’assurer
de l’accord de l’autre. Le déplacement est là :
il ne se fait pas au détriment des victimes, mais pour elles.
Un autre débat revient régulièrement, notamment chez certains professionnels du
droit, que nous devons aborder avec franchise. L’introduction explicite de la
notion de consentement fait-elle courir le risque d’une nouvelle exigence
probatoire pesant sur les magistrats et sur les enquêteurs ? Faut-il y
voir une complexification de la procédure, porteuse d’une difficulté
supplémentaire, celle d’apporter la preuve de l’infraction ?
Là encore, le point de vue du ministère de la justice est clair : non. Le
texte n’indique pas qu’il faut apporter une preuve supplémentaire mais précise
ce que l’on recherche déjà, ce que les magistrats doivent aujourd’hui démontrer
de manière indirecte à travers des éléments épars. Il n’y aura pas d’obligation
de preuve positive du consentement comme on signerait un contrat. La justice ne
bascule pas dans une logique de preuve impossible.
Au contraire, en nommant ce que la procédure vise à établir – l’absence de consentement –,
la loi permet de mieux structurer le raisonnement judiciaire. Elle clarifie ce
qui doit être recherché, encadre la démarche et donne des balises.
Comme l’a précisé le Conseil d’État,
l’auteur devra toujours être poursuivi sur la base de l’intention de commettre un acte
sexuel sans s’assurer du
consentement de l’autre. C’est cette conscience d’agir sans l’accord d’autrui
qui constitue l’élément moral de l’infraction. Rien n’est renversé, rien n’est
alourdi : c’est une mise en cohérence entre le droit, la jurisprudence et
la réalité.
Cette évolution répond aussi à un impératif international. La convention
d’Istanbul, que la France a ratifiée en 2014, est claire : pour qu’un acte
sexuel soit licite, il faut un consentement donné librement, en connaissance de
cause. Le Grevio (groupe d’experts sur la lutte contre la violence à l’égard
des femmes et la violence domestique), chargé du suivi de cette convention, a
souligné à plusieurs reprises que notre législation, fondée trop exclusivement
sur la violence, la menace, la contrainte ou la surprise, restait en retrait.
Plusieurs ministres de la justice ont refusé cette avancée. Avec Aurore Bergé,
j’entends peser de tout notre poids pour accompagner ce texte aujourd’hui à
l’Assemblée et demain, je l’espère, au Sénat, afin que les mesures prévues dans
le cadre d’une convention internationale signée par la France entrent
pleinement dans notre droit.
En tant que garde des sceaux, je me dois de rappeler l’exigence du principe de
légalité des délits et des peines. Connaissant les précautions qu’impose toute
réforme du droit pénal, je salue le travail de clarification juridique accompli
dans le cadre de ce texte.
La proposition de loi introduit la notion d’acte sexuel non consenti, de façon
claire et sans ambiguïté. Elle conserve les quatre critères classiques en les
replaçant comme modalités d’établissement de l’absence de consentement et
définit le consentement comme libre, spécifique, préalable et révocable.
Le Conseil d’État a formulé des réserves utiles sur certains termes comme
« spécifique » ou « circonstances environnantes ». Il a
proposé des formulations alternatives pour sécuriser juridiquement la loi. Le
gouvernement y est attentif et nous accompagnerons les travaux parlementaires
pour que le texte adopté soit conforme aux exigences du Conseil d’État et
validé constitutionnellement.
Je sais qu’un amendement a été envisagé pour créer une infraction autonome en
cas de retrait non consenti du préservatif au cours d’un rapport sexuel. Ce
sujet sérieux pose de vraies questions de respect et d’intégrité physique.
J’aimerais rappeler que, du point de vue de la Chancellerie – mais je crois que Mme la ministre partage cette
analyse –, ce type de
comportement sera désormais
pleinement couvert par la définition
du viol, telle qu’elle résultera de la présente proposition de loi. Car le
consentement doit être spécifique, ce qui signifie qu’il porte non seulement
sur l’acte sexuel lui-même mais aussi sur ses modalités – et l’usage d’un préservatif en fait évidemment partie. Autrement dit, un
acte sexuel initialement consenti peut devenir, en cas de retrait dissimulé du préservatif, un acte non consenti – c’est notre
lecture de la loi telle qu’elle
sera rédigée. En vertu de cette nouvelle définition, il pourra être qualifié de viol.
Il n’est donc ni nécessaire ni souhaitable, du point de
vue du gouvernement, de créer une infraction autonome car cela affaiblirait
même la portée de la réforme en suggérant que ce comportement relèverait d’un
traitement à part, moins grave. Le signal que nous devons envoyer est
clair : un tel comportement est une atteinte grave au consentement et doit
être jugé comme tel. Le droit révisé le permettra désormais.
Le droit pénal ne se contente pas de sanctionner : il éduque. À travers
lui, la société définit ce qui est tolérable et ce qui ne l’est pas. Il dessine
les contours d’une norme commune, adaptée à la société. À cet égard, le texte
qui vous est soumis est aussi une loi de société. Il doit permettre à chacun de
connaître, sans équivoque, la définition et – comme l’a
expliqué Mme la ministre – les conséquences des actes. Le consentement
ne se présume pas. Il se
cherche, se reçoit et se
respecte.
Ce changement de paradigme, prévu
par la proposition de loi dont nous espérons
tous qu’elle sera adoptée très prochainement, doit se refléter dans notre société tout entière – c’est le travail mené
par le gouvernement, sous l’autorité de la ministre Bergé. Au-delà du texte, il doit bien sûr
être relayé dans la formation des
professionnels mais aussi dans l’éducation
de nos petits garçons et de nos
petites filles lorsque nous leur apprenons, dès le plus jeune âge,
ce que sont la sexualité, le désir, la liberté et le respect.
Je vous remercie pour votre engagement sur ce texte. Avec Mme la ministre Bergé, et même si peu d’amendements
ont été déposés, je ferai en sorte que le droit
protège mieux, éduque mieux. Je profite de cette occasion pour remercier tous
les magistrats, enquêteurs et éducateurs, tous ceux qui, par leur travail
quotidien, aident la société à regarder la réalité en face – une société qui, je l’espère, trouvera dans le texte que vous avez proposé un moyen supplémentaire de protéger les victimes et d’améliorer encore notre loi commune.
> [Peines de prison non-effectuées / Intervention à l’Assemblée]
Un fossé s’est creusé – il continue de se creuser –, dans notre pays, entre la décision judiciaire et son exécution. Tous les Français
éprouvent ce constat avec
incompréhension et défiance. Une partie de l’explication du désamour des Français envers le système judiciaire, reflétée dans les mauvais chiffres des enquêtes d’opinion, découle de leur incompréhension vis-à-vis des délais
entre les faits, leur audiencement, la décision
judiciaire, et le moment où les
victimes obtiennent réparation,
où la société constate l’application du code pénal, et où la personne
reconnue coupable exécute la peine.
Cette impunité fragilise profondément notre pacte républicain. Il est donc
légitime et nécessaire que le Parlement et le gouvernement s’en saisissent.
L’objectif de la proposition de loi est clair : réaffirmer le principe
d’effectivité de la peine – en particulier de la peine d’emprisonnement ferme –,
et garantir que chaque décision
de justice trouve une traduction concrète.
Cet objectif est aussi le mien, celui du ministère de la justice et du
gouvernement – je
l’ai annoncé dès mon arrivée
place Vendôme. Oui, l’autorité de la chose jugée
doit être respectée ; oui, l’exécution des peines doit être certaine, lisible et rapide. C’est une exigence démocratique mais aussi une condition
de la crédibilité de l’institution judiciaire. Pour paraphraser Cesare Beccaria, ce n’est pas la rigueur de la peine qui
compte, mais sa certitude.
Pour atteindre cet objectif, il faut agir avec méthode, rigueur et vision. Je le dis à vous qui votez la loi : au fil des années, notre droit des
peines s’est empilé, complexifié, parfois jusqu’à l’illisibilité. Les
magistrats, lorsqu’ils sont dans leur office et qu’ils doivent juger d’un acte,
ont à leur disposition 235 peines – sans compter les peines alternatives et les aménagements de peine. À force d’ajouts successifs, de réformes
partielles, le Parlement a fragilisé
l’édifice. Les principes
peinent à s’ordonner ; les professionnels, les personnes mises en cause, les
victimes et la société ont du mal à comprendre
l’intégralité de ce qui est entre leurs mains ; la cohérence d’ensemble de
notre code pénal et de notre code de procédure pénale s’est estompée.
C’est pourquoi, depuis mon arrivée place Vendôme, j’ai engagé un travail de
réflexion sur une refondation – peut-être même une révolution –
du droit de l’exécution des peines. Notre système d’audiencement est bouché.
Non seulement le système carcéral connaît une surpopulation et des conditions indignes, mais le taux de
récidive dans les cinq ans
s’élève à 60 %, ce qui prouve que le système dysfonctionne.
Mais il ne suffit pas d’affirmer qu’une peine doit être exécutée pour qu’elle
le soit ; il faut aussi s’interroger sur sa nature, sa pertinence, sa
capacité à prévenir la récidive et à réinsérer. Sur ce point, les études
scientifiques comme l’expérience des autres pays, nous le rappellent – j’ai rencontré
hier encore le ministre néerlandais,
souvent pris en exemple sur les très
courtes peines d’emprisonnement :
ces dernières, peu présentes dans notre code pénal, n’ont pas fait la preuve de
leur efficacité – la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, qui y ont recours, ont
le même taux de récidive que nous.
Catherine Vautrin (ministre du Travail, de la Santé, des
Solidarités et des Familles)
> [Pénuries de médicaments / Intervention à l’Assemblée] Celles-ci sont
multiples : dans certains cas, elles s’expliquent par des épidémies
saisonnières, des déséquilibres dans les chaînes de production, des pressions
sur les marchés mondiaux ou par la situation économique mondiale. L’important
est de chercher quelles réponses nous pouvons trouver ensemble. Depuis
plusieurs mois, le gouvernement a d’abord travaillé sur les
600 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur sur lesquels doivent
concentrer nos actions, car ils permettent de répondre aux attentes des patients.
C’est la raison pour laquelle nous avons instauré un pilotage avec l’ANSM pour
anticiper les pics et s’assurer d’une meilleure adéquation entre l’offre et la
demande.
Ensuite, l’un des leviers essentiels est la souveraineté industrielle :
nous intensifions nos efforts pour produire en France. En effet, tous les
médicaments ne sont pas produits sur notre territoire, mais nous y avons
relocalisé quarante-trois médicaments d’intérêt thérapeutique majeur. Un autre
levier réside dans l’organisation de la distribution dans notre pays – qui est le fruit du travail du
législateur –, avec l’ordonnance de dispensation
conditionnelle, la dispensation à
l’unité, la traçabilité grâce au portail DP-Ruptures. L’une des réponses
au cas de difficulté d’approvisionnement que vous signalez
dans votre département de l’Aube réside dans ce logiciel des pharmaciens qui permet de trouver des
médicaments.
Enfin, des négociations très importantes sont en cours sur le
paquet législatif pharmaceutique européen. En effet, c’est au niveau européen
que nous pourrons discuter les prix, or discuter les prix, c’est discuter de la
disponibilité dans notre pays.
Eric Lombard (ministre de l’Economie, des Finances et de
la Souveraineté industrielle et numérique)
> Nous faisons face à une situation économique délicate. Les choses
commencent cependant à aller mieux. J’en profite pour remercier votre assemblée
– celles
et ceux qui ont permis l’adoption
du budget. Depuis que nous avons un budget, le climat des affaires s’améliore. Cependant,
des incertitudes demeurent, ce qui explique un ajustement du taux de croissance
à 0,9 % dans le budget voté, alors que le celui du gouvernement précédent
se basait sur un taux de 1,1 %. Selon les dernières prévisions de la
Banque de France, la croissance pourrait finalement s’établir à 0,7 %.
Nous aurons l’occasion de fixer un nouvel objectif dans les semaines qui
viennent, lors de la présentation du rapport annuel du ministère de l’économie.
L’environnement économique comporte des points positifs, en particulier le
maintien du chômage à un niveau historiquement bas – 7,3 % –,
qui s’est stabilisé ces derniers temps. Certains nuages
commencent malheureusement à
apparaître à l’horizon :
le niveau très élevé du taux d’épargne
– 18 % –, qui traduit l’inquiétude des Français ; également la remontée
des taux d’intérêt à long terme,
liée à l’évolution de
la situation allemande.
Enfin, les décisions qui seront annoncées par les États-Unis – sans doute demain – risquent de peser sur la
croissance dans les prochaines semaines. Avec le président de la République,
avec le premier ministre et le gouvernement, nous veillons scrupuleusement à poursuivre dans la voie de la
simplification et du soutien à
l’activité afin de relever ces différents défis. En considération
des décisions de l’administration américaine, nous prendrons les mesures
qui s’imposent.
> [Déclaration sur le levier de la finance durable
concernant la transition écologique]
Je suis particulièrement heureux de pouvoir vous accueillir aujourd'hui à Bercy
pour évoquer le levier de la finance durable sur la transition écologique. Vous
savez combien ce sujet me tient à cœur. J'en avais même fait la priorité de mon
second mandat comme directeur général de la Caisse des dépôts.
1. L'impératif de la lutte contre le changement climatique est plus prégnant
que jamais.
Les évènements climatiques récents, depuis les incendies de Californie,
jusqu'aux inondations de Valence en Espagne, en passant par le cyclone Chido
qui a dévasté Mayotte ne sont qu'une des manifestations de cette urgence. Mais
ils nous redisent que l'inaction n'est pas une option, que le bouleversement de
notre climat, de nos écosystèmes, de notre biodiversité aussi, menace
grièvement notre mode de vie, notre économie et jusqu'aux fondements de notre
société.
Les dernières estimations du réseau des banques centrales sur le climat (NGFS –
Réseau pour le verdissement du système financier) montrent que notre
trajectoire actuelle de réchauffement, +3°C en 2100, diminuera le PIB mondial
de 15 points dès 2050, par rapport à un monde sans changement climatique.
Les pertes assurées que le cyclone Chido a occasionnées sont estimées entre 650
et 800M€. De la même façon, les crues qui ont frappé les Hauts-de-France
l'hiver dernier ont causé un surcoût de 640 M€ pour le régime d'indemnisation
des catastrophes naturelles.
C'est dire combien nos investissements verts, en-deçà même des bénéfices qu'ils
génèrent, représentent des coûts bien inférieurs à celui de l'inaction.
2. Mais soyons lucides, l'urgence climatique n'est pas unanimement reconnue.
Le contexte actuel entre les tensions géopolitiques, ouvertes ou larvées, ainsi
que le recul de l'administration Trump sur ces sujets, risque parfois de faire
passer au second plan ce qui relève en fait de la priorité absolue.
Certains Etats développent une posture climato-sceptique, et vont jusqu'à
contacter directement nos grandes entreprises pour les questionner sur leurs
critères d'équité.
Sans doute certaines d'entre vous présentes ce matin ont reçu cette lettre de
l'ambassade américaine. Sachez que vous me trouverez à vos côtés pour vous
soutenir dans vos engagements, et que nous serons d'autant plus forts que nous
agirons de concert.
J'en veux pour preuve que le récent désintéressement des assets managers
américains pour les enjeux climatiques, est en train de réorienter de nombreux
fonds de pension vers les acteurs européens. Pour prendre un seul exemple,
People's Pension, un des plus gros fonds de pension britannique a retiré son mandat
à l'américain State Street, et vient de le confier au français Amundi, leader
en Europe. Preuve s'il en fallait que la conservation collective de notre cap
commence déjà à porter ses fruits.
3. C'est pourquoi je tiens à vous dire aujourd'hui que ce contexte
international nous donne au contraire précisément l'occasion de mettre
l'Europe, et singulièrement la place de Paris, aux avant-postes sur ce sujet.
En défendant notre approche de l'économie par la finance durable, nous ne
défendons pas autre chose qu'une certaine conception du monde tel que nous
voulons le laisser à nos enfants et petits-enfants.
Ainsi, lorsque nous appelons à des investissements considérables, publics et
privés, dans notre industrie de défense, ce n'est pas pour rendre moins
prioritaire cet engagement à la durabilité. Bien au contraire. D'abord parce
que ce sont des entreprises qui cultivent une très haute valeur en termes
environnementaux, sociétaux et de gouvernance. Mais surtout parce que ce sont
des entreprises, ou plutôt des filières entières, qui nous permettent de
défendre notre autonomie stratégique, notre souveraineté, et, partant, les
principes que nous prônons.
Conservons cela à l'esprit lorsque nous déployons une vision stratégique de
long terme en matière de durabilité, comme y appelle votre précieux colloque.
4. Dans ce contexte, la bonne nouvelle, c'est que collectivement nous disposons
des instruments pour assurer une transition ordonnée.
La finance constitue l'un des plus puissants leviers de cette transition. Et
elle s'est d'ores et déjà mise en ordre de marche, comme votre présence
nombreuse aujourd'hui le prouve. Je salue d'ailleurs l'Institut de la Finance
Durable pour ses travaux et pour l'organisation de cette journée d'échanges sur
un thème aussi crucial.
Nous pouvons même parler de leadership européen en matière de finance durable :
plus de 60 % des fonds d'investissement dans l'Union européenne, soit 7000
milliards d'euros, promeuvent des objectifs environnementaux et sociaux. Le
stock d'obligations vertes dans l'Union est de plus de 780 milliards d'euros.
Et les acteurs de la finance durable peuvent s'appuyer sur les instruments
puissants mis en place par l'UE. Parmi lesquels la taxonomie européenne [des
activités durables sur le plan environnemental], qui a fait des émules dans
d'autres pays jusqu'en Chine et à Singapour.
Mais également les règles de transparence sur les performances et risques ESG,
mises en place par la directive CSRD [Corporate Sustainability Reporting
Directive] ou le règlement SFDR [Sustainable Finance Disclosure Regulation] sur
les fonds.
Ainsi que via les labels, comme l'ISR [Investissement Socialement Responsable]
en France qui a démontré sa capacité à tirer vers le haut nos pratiques de
marché, et que nous travaillons à étendre aux fonds de capital investissement.
Mais cette action ambitieuse doit aussi être confrontée aux retours
d'expérience des entreprises, et savoir s'adapter pour renforcer son
efficacité. C'est l'enjeu de la simplification que nous poussons auprès de la
Commission européenne sur plusieurs réglementations, dont la directive CSRD.
Simplification ne veut pas dire renoncement mais recentrage, pour que les
entreprises et leurs parties prenantes puissent mieux s'approprier ce précieux
outil, qui fournit des données indispensables à la bonne orientation de nos
financements.
5. Le thème de cette année est d'autant mieux choisi que les enjeux de
durabilité bien comprise sont à mon sens l'occasion de projeter la finance sur
le long terme.
Il nous faut bien admettre que la finance a parfois des accès de
court-termisme, de myopie, comme l'a encore montré le retournement des marchés
américains en quelques semaines.
Or, ces projections sur long-terme, les investisseurs les demandent. Et c'est
aussi le rôle de l'Etat que d'assurer cet horizon de long-terme. La PPE par
exemple, notre programmation pluriannuelle de l'énergie, nous projette à 2035.
C'est un signal fort pour les investisseurs. En son sein, nos investissements
en faveur de l'énergie nucléaire et des nouveaux EPR occupent une place
centrale. Je crois même pouvoir dire que les montants records que nous y
consacrerons aux côtés des investisseurs privés représenteront le plus
important investissement durable de notre siècle.
La cohérence de nos investissements, mais aussi de nos plans d'action associant
acteurs publics et privés est indispensable. En ce sens, la publication du
PNACC-3, le troisième Plan national d'adaptation au changement climatique, est
une bonne illustration de cette concertation efficace. Ses mesures nous
permettent de renforcer notre connaissance du risque et notre capacité de
résilience dans des proportions inédites.
Nous l'aurons compris, l'ampleur du défi que représente la transition
écologique appelle une transformation profonde de nos économies. L'Etat prend
sa part avec des financements significatifs, comme en témoignent les éléments
présentés dans le budget vert. Mais une chose est sûre : la mise en oeuvre
effective de la transition vers un modèle productif neutre en carbone et
respectueux de l'environnement, ne pourra se faire que par les entreprises,
avec le soutien de leurs investisseurs.
En conclusion, l'IFD joue un rôle moteur pour mobiliser les acteurs financiers
vers une économie bas-carbone, et contribue à faire de la place de Paris un
centre financier de référence dans ce domaine.
Définir et tenir un cap n'est pas moins important lors des difficultés
conjoncturelles que nous traversons, et cela va des difficultés de la vie
quotidienne d'une entreprise, que je connais, jusqu'à la réorganisation
géopolitique du monde.
Le programme riche et concret de ce jour atteste de la conscience que nous en
avons. Je compte sur vous pour que chacun tienne ses responsabilités.
Sophie Primas (ministre déléguée auprès du Premier
ministre, porte-parole du Gouvernement)
> [Guerre commerciale de Trump] Face à cette guerre commerciale, on va
attaquer les services numériques, comme les GAFAM par exemple.
> [Guerre commerciale de Trump] Sur les tarifs
américains, la France répondra avec l'Europe. D'abord par la négociation, car
nous ne sommes pas à l'origine de ces attaques commerciales. Puis par la
riposte s'il le faut, en européens.
> [Guerre commerciale de Trump] Donald Trump se prend
pour le maître du monde. (…) C'est un coup dur porté à l'économie mondiale. Il
faut rentrer dans un rapport de force avec le président Trump. (…) Nous sommes
prêts à cette guerre.
Valérie Létard (ministre déléguée auprès du ministre de
l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, chargée du Logement)
> Pour lutter contre la
précarité liée au logement, le Gouvernement agit. D'abord avec la politique de
lutte contre le sans-abrisme : en dix ans, le nombre de places
d'hébergement a été multiplié par deux, pour atteindre
203 000 places. Avec les bailleurs sociaux, notre objectif est de
116 000 logements neufs et de 120 000 rénovations
thermiques. Le PTZ a été étendu aux primo-accédants modestes.
J'ai rappelé aux préfets que nous devons intervenir dès le premier
signalement pour éviter le recours à la procédure judiciaire d'expulsion ;
dans les départements les plus tendus, 26 équipes mobiles accompagnent les
plus fragiles, dès le premier impayé.
Nous avons renforcé les commissions de coordination des actions de
prévention des expulsions locatives (Ccapex), avec 73 agents dédiés à la
prévention des expulsions locatives, dans les départements les plus tendus.
Dans un mois, je réunirai l'Observatoire national des impayés locatifs.
Lorsque des expulsions sont prononcées, nous devons être au rendez-vous,
surtout quand il y a des enfants.
Benjamin Haddad (ministre délégué auprès du ministre de
l’Europe et des Affaires étrangères, chargé de l’Europe)
> Une seule boussole: protéger les Français. Emmanuel Macron recevra
aujourd’hui les filières touchées par les droits de douane. Nous défendrons nos
intérêts.
► Partis
politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Véronique Riotton (députée)
> [Définition pénale du viol et des agressions sexuelles Intervention à
l’Assemblée]
« Lorsque ça m’est arrivé, j’avais
foi en la justice. J’ai fait tout ce qui m’a été demandé. L’auteur des faits a
été acquitté et moi, j’ai été broyée une deuxième fois. À la question de savoir
si une victime devait porter plainte, je répondais oui. Aujourd’hui, j’en suis
moins certaine. » Ces mots ont été prononcés par la journaliste Giulia
Foïs devant la commission. Je tenais à la citer car c’est son témoignage, avec
celui des autres victimes auditionnées, qui nous ont conduits à ce texte et qui
ont forgé ma conviction personnelle selon laquelle la loi devait être modifiée.
Ces victimes ont témoigné d’une situation qui doit s’imposer à notre
attention : pourquoi le crime le plus souvent commis dans notre pays
est-il le moins déclaré aux autorités judiciaires ? Nous dressons un
triple constat : la criminalité sexuelle ne recule pas, un climat
d’impunité perdure et la culture du viol demeure une réalité.
Malgré des avancées législatives, notamment en 2018 et en 2021, et
l’allongement des délais de prescription ; malgré les efforts de formation
des forces de l’ordre et l’amélioration du recueil de la parole et de
l’accompagnement des victimes, nous sommes toujours confrontés à des chiffres
de criminalité sexuelle ahurissants. Derrière ces chiffres se cachent autant de
drames personnels. C’est avec la volonté de répondre à ces failles que nous
avons oeuvré, avec la corapporteure Marie-Charlotte Garin, pendant seize mois.
C’est avec humilité et prudence que nous avons travaillé, sur le temps
long : celui de la réflexion et de la concertation.
Il y a trois ans, la Commission européenne a présenté un projet de directive
visant à lutter contre la violence à l’égard des femmes et contre la violence
domestique. Ce texte a posé la question de la définition pénale du viol, qui
variait selon deux conceptions : celle fondée sur le non-consentement de
la victime et celle centrée sur les éléments matériels, à savoir la violence,
la contrainte, la menace et la surprise. Face à ces interrogations, nous avons
lancé, en décembre 2023, une mission d’information au sein de la délégation aux
droits des femmes.
C’est une mission que nous avons menée au long cours, en écoutant les victimes
et les professionnels, car se posaient à la fois un problème technique et un
enjeu de société. Pendant quasiment un an et demi, nous avons auditionné les
représentants des professionnels, les organisations féministes et les victimes
– je
salue leur présence dans les
tribunes.
Nous avons étudié les exemples étrangers pour mettre notre droit en
perspective. Nous avons abouti, avec la corapporteure, à la conclusion que le
droit devait être modifié, parce que la définition pénale du viol et des
agressions sexuelles échoue dans ses trois grandes fonctions : dans sa
fonction répressive, car elle ne permet pas suffisamment de sanctionner les
agresseurs et leurs comportements violents ; dans sa fonction protectrice,
puisque les victimes ne sont pas correctement protégées face à ces comportements
violents ; enfin, dans sa fonction expressive, car le droit n’incarne plus
les valeurs de la société et ne rend pas compréhensible l’interdit, pourtant
suprême, de jouir du corps d’autrui sans son accord. Personne n’a le droit
d’accéder à l’intimité de quelqu’un sans son accord. Si nous souhaitons bâtir
une éducation à une vie affective et sexuelle respectueuse, affirmer clairement
ce principe dans la loi constitue un point de départ essentiel.
Nous l’avons écrit dans le rapport : la jurisprudence est riche et a
permis de faire considérablement progresser l’appréhension judiciaire des
violences sexuelles. Toutefois, nous considérons que cette jurisprudence et
l’interprétation que les juges font des textes ne suffisent pas à combler le
silence de la loi sur la notion de consentement.
Le consentement est partout dans la procédure judiciaire, mais il demeure
absent de la loi française. Cela ouvre la voie à des malentendus, voire à des
instrumentalisations du consentement par les auteurs d’agressions. Voilà
pourquoi nous pensons qu’une réforme législative est impérative. La rédaction
que nous proposons vise à affirmer plus clairement qu’un rapport non consenti
est illégal, tout en respectant les grands principes de notre droit. Je
remercie la présidente de l’Assemblée nationale d’avoir saisi le Conseil
d’État, ce qui nous a permis de renforcer l’écriture du texte.
Notre ambition est d’éviter de placer le comportement actuel ou passé de la
victime au cœur de l’enquête. J’aimerais citer un autre témoignage, qui m’a
profondément émue, celui de la journaliste Hélène Devynck. Elle nous rappelait
qu’en matière de violences sexuelles, la parole des femmes n’est pas crue. Cela
doit cesser. S’attaquer à la définition du viol, c’est aussi lutter contre ces
préjugés d’un autre temps et faire en sorte que la honte change de camp.
Nous avons l’occasion d’améliorer notre système judiciaire en matière de
violences sexuelles et de rassurer les victimes : oui, vous serez
entendues ; oui, justice peut être rendue ; non, la sexualité et la
violence ne sont pas la même chose. (…)
Alors qu’une personne est victime de violence sexuelle toutes les deux minutes,
seules deux victimes sur dix franchissent le seuil d’un commissariat.
Les agressions sexuelles et le viol sont des crimes de l’intime : l’auteur
est presque toujours connu de la victime et, dans l’écrasante majorité des cas,
cette dernière, en état de choc, de sidération ou d’emprise, se trouve dans
l’incapacité de réagir.
Aujourd’hui, cette absence de résistance chez les victimes sert de défense aux
agresseurs – la
définition pénale du viol le
permet. La délégation aux droits des femmes a donc créé une mission pour
combler ce gouffre entre notre droit et la réalité des violences sexuelles.
Nous considérons que cette nouvelle définition permettra aux victimes de mieux
se reconnaître et de davantage porter plainte. Elle permettra également aux
enquêteurs et aux magistrats d’être mieux outillés et d’élargir le faisceau
d’indices pour mieux récolter les preuves. Cette proposition de loi constitue
une première étape clé mais ne peut à elle seule répondre à tous les besoins
des victimes. La formation des acteurs de la chaîne pénale doit être
systématique et les financements alloués à la justice à la hauteur des
objectifs que nous fixons.
Jean-François Rousset (député)
> [Ralentissement économique] La Banque de France prévoit que la
croissance française subira un sérieux coup de frein en 2025, avec une révision
à la baisse du PIB de 0,2 point. Si la France devrait surpasser
l’Allemagne sur le plan économique, elle resterait derrière l’Italie. Le
contexte européen est manifestement contrasté. Ce ralentissement s’accompagne
d’une explosion des défaillances d’entreprises : près de 66 500 en
2024, un record depuis quinze ans. Plus préoccupant encore, les entreprises de
taille intermédiaire, véritables moteurs de l’économie, sont particulièrement
touchées. Ces difficultés s’expliquent par plusieurs facteurs, notamment le
rattrapage post-covid19, et l’incertitude budgétaire liée aux menaces qui
planent sur les droits de douane. Des secteurs clés comme l’automobile, la
sidérurgie et la chimie se retrouvent sous pression, subissant les pratiques de
subventions abusives qui ont cours dans certains pays. (…)
Certes, une éclaircie se
profile : la consommation
des ménages pourrait repartir à la hausse en 2025, grâce à une inflation en recul et au refus du gouvernement d’alourdir la fiscalité des ménages.
Le taux d’épargne élevé des Français reste néanmoins un frein potentiel à une
reprise vigoureuse, avec des conséquences directes sur les entreprises. Dans ce
climat économique complexe et incertain, les défis sont nombreux : comment
protéger les entreprises aujourd’hui fragilisées, dans tous les
territoires ? Comment stimuler la consommation, essentielle à la
relance ?
Sébastien Huyghe (député)
> Le narcotrafic n’est pas une fatalité. Il est un poison qui gangrène
nos quartiers, pervertit notre jeunesse et sape les fondements mêmes de notre
société. Chaque jour, des familles sont endeuillées, des territoires se
délitent sous l’emprise des trafiquants et la peur s’installe. Nous faisons
face à un défi historique : reprendre le contrôle.
Nos adversaires ne sont pas seulement les dealers de rue, mais les réseaux
criminels hautement organisés, qui exploitent la misère et défient l’État. Ils
infiltrent notre économie légale et sapent notre justice. Nous devons leur
opposer une réponse forte, cohérente et implacable.
La proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic
constitue une première réponse concrète dans la lutte contre le narcotrafic et
la criminalité organisée. Elle marque un tournant ; ce n’est pas un énième
ajustement législatif, mais bien un changement de cap décisif. Il s’agit de
renforcer les outils judiciaires, de moderniser nos méthodes d’enquête et de
couper les flux financiers qui alimentent les réseaux criminels.
La création du parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) est une
avancée majeure. Incarnation de la lutte contre le narcotrafic, il coordonnera
les parquets spécialisés. Il constituera ainsi un instrument puissant pour
centraliser l’action judiciaire et frapper les narcotrafiquants au cœur de leur
organisation.
À bien des égards, ce texte permettra de doter les forces de l’ordre de moyens
techniques adaptés aux nouvelles méthodes du crime organisé. Face à des réseaux
qui utilisent les technologies les plus sophistiquées pour dissimuler leurs
trafics, il est de notre devoir d’adapter nos outils de renseignement. Le
combat contre la criminalité organisée impose une adaptation constante de nos
moyens d’action.
Les mesures concernant le milieu carcéral constituent aussi de grandes
avancées. Aujourd’hui, certains criminels continuent, depuis leur cellule,
d’orchestrer leurs trafics, d’intimider et de menacer, de commander des points
de deal ou de toucher les revenus du blanchiment. La sécurisation des
établissements pénitentiaires visée par le texte se révélera essentielle pour
couper la chaîne de commandement et éviter que la détention ne soit un relais
du crime.
Lutter contre le narcotrafic, ce n’est pas seulement interpeller les
trafiquants, c’est aussi saper leurs fondations économiques en coupant les
circuits financiers qui leur permettent de prospérer. L’argent sale est le
carburant du narcotrafic : il finance l’importation de stupéfiants,
rémunère les trafiquants et alimente la corruption. Nous devons employer tous
les moyens en notre possession pour que les profits illicites ne passent pas
sous nos radars. À ce titre, je salue l’adoption des diverses mesures de lutte
contre le blanchiment.
La criminalité organisée gangrène nos territoires. Elle s’adapte, se renforce,
défie notre État de droit. Les réseaux criminels prospèrent grâce à l’omerta, à
la peur et à la loi du silence. Il est impératif de briser ce cercle infernal.
Chaque point de deal démantelé, chaque tête de réseau arrêtée est une victoire
pour la République. Avec cette proposition de loi, nous franchissons une
nouvelle étape dans la lutte contre ces criminels.
Le débat a été particulièrement tendu, en partie à cause d’un groupe politique
réfractaire – LFI –, qui a souhaité empêcher le débat
par deux motions de rejet, a ralenti nos discussions et a tenté de repousser toutes les
propositions novatrices visant à
sortir la France du piège du
narcotrafic.
µBien que ce ne soit pas inhabituel, je le regrette, particulièrement sur un
texte qui constitue une priorité absolue pour nos concitoyens et qui a été voté
à l’unanimité au Sénat.
Pour notre part, nous estimons qu’un certain nombre d’amendements auraient
mérité un sort différent, mais il est de notre responsabilité collective de ne
pas retarder l’adoption de cette proposition de loi. Nous avons proposé de
nombreuses améliorations pour construire un texte d’équilibre qui permette de
protéger nos concitoyens tout en respectant les droits individuels.
Je salue, une nouvelle fois, le travail important que les trois rapporteurs ont
effectué sur cette proposition de loi. Le groupe Ensemble pour la République
votera ce texte avec conviction, parce qu’il porte une ambition forte, parce
qu’il donne à l’État les armes pour lutter contre la délinquance en bande
organisée et parce qu’il envoie un message clair aux narcotrafiquants :
partout où vous serez, nos forces de l’ordre seront, partout où vous
outrepasserez la loi, la justice passera.
Brigitte Liso (députée)
> [Violences physiques et sexuelles / Intervention à l’Assemblée] Merci
de m’offrir cette tribune au sujet de la proposition de résolution visant à
mettre fin à la culpabilisation des victimes de violences physiques et
sexuelles. C’est avec une certaine émotion et une profonde sensibilité que je
prends la parole : ce moment marque une étape essentielle, un nouveau
jalon, en matière de lutte contre les violences. La culpabilisation des
victimes : nous ne pouvons ignorer, nous devons affronter cette réalité
avant tout sémantique. « Elle s’est fait violer, frapper, abuser »,
dit-on – comme
si la victime était à l’origine de ces violences, en portait la responsabilité, tandis que l’auteur, invisibilisé, demeurait absent. « Elle l’a bien mérité », sous-entendent de telles
formules ! Apprenons à dire : « Elle
a été violée, frappée, il a abusé d’elle ». Allons plus loin et
affirmons une vérité fondamentale : aucune femme n’est
responsable des violences qu’on
lui impose, aucune violence ne peut être
justifiée par une apparence ou
un comportement.
Il nous faut nous libérer de
cette culture du doute, de la suspicion, du viol, qui non seulement empêche que
soient reconnues les souffrances des victimes, mais y contribue. C’est pourquoi
la proposition de résolution tend à agir sur trois leviers essentiels, appelant
le gouvernement à réaffirmer l’obligation d’enregistrer l’intégralité des
plaintes déposées, à établir des procédures judiciaires de nature à mieux
assurer le respect de la dignité de chacun, enfin à favoriser la prise de
conscience des freins à la libération de la parole et à lutter contre leur
persistance. En somme, ce texte vise à une nouvelle ère juridique au service
d’une plus grande considération de la victime, de sa parole ; il s’inscrit
dans la dynamique d’une société qui refuse l’oppression, la stigmatisation, l’influence
de traditions archaïques. Ces comportements, participant de la condamnation
silencieuse des victimes, sont liés à des idéologies dépassées – non du passé.
Soyons plus attentifs aux discours masculinistes : ils tueront encore nos sœurs, nos filles, nos amies. Des viols impunis, des féminicides
qui auraient pu être évités, il y en a trop eu, il y en a encore trop. Nous ne
pouvons les accepter ! Toutefois, nous avons déjà progressé : aide
universelle d’urgence pour les victimes de violences conjugales, pack nouveau
départ, pôles spécialisés en matière de violences intrafamiliales, ordonnances
provisoires de protection immédiate, bracelets antirapprochement, téléphones
grave danger, mesures d’éloignement du conjoint violent. La jurisprudence de la
CEDH est éclairante : le consentement, quelle que soit la situation, ne
peut être présumé en aucun cas, et chaque individu, dans sa vie intime, possède
un droit inviolable à l’autonomie, à la liberté. Il est temps de dire non à la
culpabilisation, temps d’affirmer que chaque victime, quelle qu’elle soit,
mérite une justice équitable et digne. Le groupe Ensemble pour la République se
prononcera en faveur de ce texte.
Guillaume Gouffier Valente (député)
> [Définition des violence sexuelles et du consentement / Intervention à
l’Assemblée] Le sujet que nous abordons est certainement l’un des plus graves
dans notre société. Ce débat mérite mieux que de la confusion ou de
l’instrumentalisation – à laquelle vient de se livrer le Rassemblement national. Ce
sujet questionne profondément l’intimité de notre société, ses stéréotypes
sexistes, ses injustices structurelles entre les femmes et les hommes, que nous
ne pouvons plus accepter. Il s’agit de la définition pénale d’un outil de
domination, le viol, crime le plus important dans notre société. Bien au-delà,
c’est la question même de la culture du viol que nous évoquerons ainsi que
notre volonté d’y mettre un terme.
La culture du viol est une réalité, et je souhaite avoir une pensée pour toutes
les victimes de ce fléau. Cette culture n’est ni la faute des femmes ni même
celle des étrangers – thèse
fallacieuse chère à l’extrême droite
qui s’en sert pour nier la réalité de cette culture. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : elle est d’abord le problème des hommes et de notre société, enfermée
depuis toujours dans les codes du patriarcat. Ces codes ont habitué les hommes, génération après génération, à s’approprier le corps des femmes, sans
jamais se questionner sur leur consentement – le préalable
à l’invisibilisation des femmes.
N’oublions pas que la criminalisation du viol ne remonte qu’à 1980, la reconnaissance
du viol conjugal comme circonstance aggravante, à 2006, et que notre droit n’a
toujours pas tiré un trait définitif sur la conception archaïque du devoir
conjugal, comme le rappelle un récent arrêt de la Cour européenne des droits de
l’homme (CEDH).
Une large majorité d’entre nous, à commencer par les associations, partage la
volonté de tout mettre en œuvre pour renforcer nos outils de lutte contre le
viol, pour mieux accueillir, accompagner et protéger les victimes, mais aussi
pour mieux sanctionner les auteurs de violences. Cela passe par plus de moyens,
par une meilleure formation des professionnels, par l’instauration de cours
d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, ainsi que par une
déconstruction des mythes sur la façon dont un viol se déroule, celle dont les
victimes devraient se comporter avant, pendant et après le viol, sur le
consentement de manière générale, sur la responsabilité des victimes dans leur
viol et donc la déresponsabilisation des auteurs. La victime est victime ;
elle n’est en rien responsable du crime commis par l’auteur qui, en tant
qu’agresseur, est le seul responsable du viol. Un « non » est un
« non » ; un « oui » extorqué n’est pas un
« oui » consenti ; se rétracter à tout moment est un droit
absolu ; un silence n’est pas un « oui » ; et il n’existe
pas de zone grise de l’excuse.
La lutte contre le viol passe aussi par l’amélioration de la définition pénale
de ce crime. Celle-ci a une histoire singulière, fruit d’un long combat
féministe que nous ne devons jamais oublier et dont nous devons transmettre la
mémoire, sans pour autant nous empêcher d’avancer et d’apporter des réponses
aux défaillances observées en ce qui concerne les trois grandes fonctions de la
définition pénale du viol, rappelées par la présidente Véronique Riotton. La
notion de consentement, qui est au cœur de tous les procès, doit être reconnue
par notre droit.
Compte tenu de la gravité de ce phénomène dans notre pays – toutes les deux minutes trente,
une femme y est victime d’un viol
ou d’une tentative de viol –, notre responsabilité est d’avancer sur ce sujet dans toutes ses dimensions. Selon le
dernier rapport du Haut Conseil à
l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEFH), 47 % des garçons estiment que les filles s’attendent à ce que les rapports sexuels impliquent une agression physique
et 25 % des hommes
estiment que lorsqu’une femme
dit « non », c’est qu’elle veut
dire « oui ». Ces données, qui sont une
réalité, sont révélatrices du mal profond qui imprègne notre société.
Quelques semaines après le verdict du procès de Mazan, qui aura été à bien des
égards le procès de cette culture du viol, quelques mois après l’élection à la
présidence des États-Unis d’un homme qui, malgré sa condamnation pour agression
sexuelle, représente pour certains un modèle politique à suivre et pour qui
cette condamnation n’est visiblement qu’un fait anecdotique, nous devons agir
face à ce fléau insupportable. Nous devons tout mettre en œuvre pour sortir de
cette culture de la soumission et de la domination, afin de passer à une
culture du consentement.
C’est l’enjeu du travail qui a été conduit cette dernière année de manière
transpartisane et sereine, sérieuse et approfondie, par les rapporteures
Véronique Riotton et Marie-Charlotte Garin. Chères collègues, je tiens à saluer
la très grande qualité de vos travaux qui vous ont permis d’aboutir à cette
proposition de loi que nous avons adoptée la semaine dernière en commission des
lois et qui, tout en introduisant la notion de non-consentement, conserve les
quatre critères coercitifs de la définition actuelle. Le texte permet
d’apprécier l’absence de consentement eu égard aux circonstances environnantes
tout en précisant les cas où le consentement ne saurait être déduit, et ce en
garantissant toujours les grands principes de notre droit.
Le groupe EPR soutiendra cette proposition de loi essentielle pour la
protection des victimes de viol et, bien au-delà, pour l’ensemble de notre
société et son avenir. Oui, bâtir une société qui repose sur le consentement,
c’est bâtir une société qui repose sur l’écoute et l’attention à l’autre, une
société plus juste et respectueuse, plus apaisée, plus solidaire, plus durable.
C’est à cette société féministe que nous aspirons.
● MoDem
Erwan Balanant (député)
> L’introduction du consentement ou du non-consentement dans la
définition des agressions sexuelles est indéniablement une question de société.
Faut-il y apporter une réponse dans le code pénal ?
Si je soulève cette question, c’est parce qu’une majorité de professionnels du
droit – nous
en avons auditionné certains –, ainsi qu’une partie des associations féministes, s’accordent à dire
que l’ajout de la notion de
consentement dans la définition
pénale des agressions sexuelles
et donc dans la définition pénale du viol, ne sera pas un ressort
suffisant pour modifier la pratique des juridictions judiciaires.
En effet, ces dernières
prennent déjà en compte le consentement et son absence dans le traitement des
affaires pendantes devant elles. La Cour de cassation, dans son contrôle des
notions d’agressions sexuelles et de viols, fait déjà du consentement la pierre
angulaire de ses vérifications. Elle considère ainsi l’absence de violence,
contrainte, menace ou surprise comme une définition en creux de l’absence de
consentement.
Dans son avis sur la présente proposition de loi, le Conseil d’État a par
ailleurs considéré que la définition actuelle de l’agression sexuelle telle
qu’elle est appliquée par la jurisprudence satisfait aux exigences de la
convention d’Istanbul. Est-ce suffisant ? Je n’en suis pas sûr.
Il n’en demeure pas moins que la définition actuelle des agressions sexuelles
doit être interrogée et évoluer – le groupe Les Démocrates
vous rejoint sur ce point, mesdames les rapporteures. Cela doit-il passer par l’introduction dans le droit de cette
notion de consentement ou de non-consentement ? Il est permis d’en
douter, d’autant que certains
juristes pensent le contraire. Ne nous trompons-nous pas de paradigme en nous
concentrant uniquement sur la notion de consentement ?
Je pense qu’il faut changer le droit et inscrire cette notion dans le code
pénal, mais nous ne devons pas nous arrêter là.
Il faut reconnaître que ce changement pourrait être considéré comme utile si
l’on considère la fonction expressive de la loi pénale. Robert Badinter aimait
ainsi à rappeler que la loi exprime « par les sanctions qu’elle édicte le
système de valeurs d’une société. C’est la fonction expressive de la loi
pénale ».
Toutefois, il faut que nous avancions vers une définition claire, pédagogique
et qui permette de protéger les victimes. Vous l’avez dit, monsieur le garde
des sceaux : la loi doit être toujours précise et d’interprétation
stricte.
Or le présent texte soulève à cet égard quelques inquiétudes. Je ne suis pas le
seul à m’en préoccuper, c’est aussi le cas d’un grand nombre de juristes. Je vous
assure que si, madame Garin !
Nous en avons discuté : l’exhaustivité du présent texte risque d’être
contre-productive car elle pourrait prêter le flanc en défense à des
interprétations a contrario préjudiciables aux victimes. Nous prenons le
risque que les débats ne portent non plus sur l’élément intentionnel, qui
concerne l’auteur, mais sur le comportement de la victime. C’est déjà trop
souvent le cas aujourd’hui, n’aggravons pas cette situation. Si l’on en vient à
définir un crime par l’attitude et le comportement de la victime, l’on prend
encore plus le risque de faire son procès en lieu et place de celui du mis en
cause.
Une définition plus simple de ces infractions nous éviterait sans doute de
tomber dans cet écueil. « Ce que l’on conçoit bien s’énonce
clairement » écrivait Nicolas Boileau, premier président du Parlement de
Paris. Or les termes retenus par le Conseil d’État pour définir le consentement
soulèvent des interrogations au regard de leur manque de précision, ouvrant
ainsi la voie à une jurisprudence dissonante et fluctuante. Plus largement, si
les termes « libre et éclairé », « spécifique »,
« préalable » et « révocable » retenus par le Conseil
d’État devaient être conservés, il serait indispensable d’envisager une
ossature différente et plus claire.
Nous devons trouver un équilibre afin que le texte conserve l’architecture
actuelle du droit – je sais que c’est
ce que vous vous êtes efforcées de faire, mesdames les
rapporteures, et nous le saluons. Il ne faut pas laisser croire aux victimes
que les juridictions ne condamnaient pas jusqu’ici les agressions sexuelles ou aux auteurs que des actes qui étaient condamnés ne le seront plus en raison d’une rédaction trop floue ou trop complexe.
Au sein du groupe Les Démocrates, nous sommes convaincus que la solution réside
avant tout dans l’amélioration du traitement judiciaire des faits de violences
sexistes et sexuelles et des agressions sexuelles. Malheureusement, les actes
d’investigations sont aujourd’hui encore trop rares et les enquêtes incomplètes
et imparfaites. Peut-être pourrions-nous envisager de rendre obligatoire la
réalisation de certains actes d’enquêtes dès lors qu’une plainte est déposée.
Peut-être pourrions-nous aussi renforcer l’accompagnement des victimes tout au
long de leur parcours judiciaire, qui est long et difficile.
Il n’en demeure pas moins que le groupe Les Démocrates salue ce travail de
longue haleine et votera le texte que vous nous proposez.
Maud Petit (députée)
> [Définition des violence sexuelles et du consentement / Intervention à
l’Assemblée] En juillet 2008, une jeune Italienne de 19 ans portait
plainte pour viol. Elle accusait sept hommes de l’avoir violée lors d’une
soirée. En 2013, six des sept accusés étaient condamnés par le tribunal de
Florence ; deux ans plus tard, à la suite d’un recours formé par l’un
d’eux devant la cour d’appel de Florence, l’ensemble des prévenus étaient
acquittés. Stupeur, incompréhension et profond malaise. Souhaitant que justice
soit faite, la plaignante a alors courageusement décidé de porter l’affaire
devant la Cour européenne des droits de l’homme : elle estimait que la
décision de la cour d’appel portait atteinte à ses droits, garantis par les
articles 3 et 14 de la Convention européenne des droits de l’homme. La
jeune femme reprochait aux magistrats florentins d’avoir tenu, dans leur arrêt,
des propos sexistes et stéréotypés sans aucun rapport avec le viol qu’elle
avait subi, et tendant à décrédibiliser ce dernier. En annonçant l’acquittement
des accusés, les magistrats ont émis des propos déplacés, revenant sur la vie
intime de la plaignante et allant jusqu’à sous-entendre que, si elle avait été
violée, c’est qu’elle l’avait bien cherché – un argument qui revient malheureusement encore trop souvent
dans ce genre de litige. Ces méthodes
culpabilisantes et moralisatrices ont fait vivre à la plaignante une deuxième
expérience de victime. C’est ce qu’a dénoncé la CEDH, en condamnant l’État italien le 27 mai 2021 à verser 12 000 euros
au titre du dédommagement
moral. Cette décision est
importante, elle envoie un message fort en reconnaissant la notion de
« victimisation secondaire » – notion intégrée dans la première directive européenne sur les violences faites aux
femmes, adoptée en mai 2024.
Quatre ans après la décision de la CEDH, où en sommes-nous ? Des pays comme la Belgique,
le Canada, l’Espagne ou encore
la Suède ont légiféré en se dotant
de lois boucliers, afin qu’il
ne soit plus possible d’attaquer,
d’insinuer ou de poser des
questions sur la vie intime et privée
de la victime quand il n’existe
« aucun lien direct avec
les faits ». Qu’en est-il en France ? Une avocate de renom estime que
nous en sommes encore à la préhistoire. C’est sans doute exagéré mais, même si la
législation et les pratiques s’améliorent, il reste encore énormément à
accomplir, comme le prouve l’arrêt de la CEDH en date du 23 janvier 2025
qui a condamné la France pour avoir prononcé un divorce « aux torts
exclusifs d’une épouse » au motif qu’elle avait refusé d’entretenir des
relations sexuelles avec son mari – décision
qui fait écho au procès dit des
viols de Mazan, où la médiatisation du témoignage de Gisèle Pelicot a permis de
mieux exposer les mécanismes de disqualification de la parole des victimes.
N’oublions pas comment certains avocats aux méthodes retorses n’avaient pas
hésité à remettre en cause la parole de celle qui est devenue aujourd’hui le
visage du courage, en sous-entendant qu’elle était consentante, et en affirmant
qu’elle faisait semblant de dormir. Ces arguments indignes furent difficiles à
entendre pour la septuagénaire, qui s’est sentie humiliée d’être ainsi désignée
comme la coupable faisant face à cinquante victimes. Cette inversion des rôles,
cette façon de mettre la victime sur le banc des accusés n’est pas tolérable et
doit être combattue avec force.
Monsieur le rapporteur, votre proposition de résolution visant à mettre fin à
la culpabilisation des victimes de violences physiques et sexuelles contribuera
à faire respecter les victimes – tant leur parole que leur combat. Elle le permettra
notamment en invitant le gouvernement à réaffirmer l’obligation de recueillir
toutes les plaintes – toutes ! –, que la blessure soit
physique ou psychologique, et en lui demandant de favoriser la prise de
conscience des freins à la libération de la parole des victimes.
Votre proposition tend également
à faire respecter la dignité de la victime tout au long de son
parcours judiciaire, sans que sa vie privée, voire intime, ne soit dévoilée ni utilisée contre elle. Enfin, la présente proposition vise à dénoncer la persistance de jugements qui évaluent encore la
légitimité d’une plainte à l’aune de critères subjectifs – notamment la moralité supposée de la victime –,
et à rappeler, à juste titre, les efforts que notre
pays doit entreprendre pour mieux garantir le droit des individus à disposer librement de leur corps.
Pour toutes ces raisons, le groupe Les Démocrates
apportera évidemment son plein
soutien à cette initiative.
Cette résolution, si elle était votée, marquera surtout une étape
importante vers la reconnaissance pleine et entière de la parole des victimes.
Il était temps.
Anne Bergantz (députée)
> Après de nombreuses heures d’un débat indispensable et de très bonne
tenue, il est temps de nous prononcer sur l’ensemble de la proposition de loi
visant à sortir la France du piège du narcotrafic. Ce texte doit donner
davantage de moyens pour lutter contre la criminalité organisée et répondre à
la détresse de nos concitoyens qui, par dizaines de milliers, vivent dans la
peur, dans des quartiers noyautés par des gangs.
Certains ont tenté de disqualifier le texte au motif qu’il ne comportait pas de
volet de prévention ni de politique de soins pour les personnes sous l’emprise
de la drogue. Si ces questions sont évidemment primordiales dans le cadre de la
santé publique, ce n’était pas l’objet de cette proposition de loi. Il
s’agissait de lutter précisément contre le narcotrafic en traquant les dealers,
en interceptant mieux leurs réseaux, en contrant leur trafic et en protégeant
nos forces de l’ordre. Le débat sur la légalisation du cannabis s’est aussi
invité dans nos discussions. Là encore, si le sujet mérite débat, tel n’est pas
l’objet du texte.
Nous avons aussi entendu dire, à gauche, que le texte serait le symptôme d’une
paranoïa sécuritaire. Pourtant, des garanties ont été prévues pour protéger les
libertés individuelles à chaque article où le doute s’est manifesté. Bien
entendu, il convient de légiférer avec précaution dès lors que nous abordons la
création d’un régime d’exception ; cependant, pour assurer la protection
de nos concitoyens, nous devons agir, en trouvant un équilibre entre ordre et
liberté.
C’est pourquoi nous donnons des outils et des moyens aux magistrats, aux
enquêteurs, aux policiers et aux douaniers, dont je tiens à saluer le rôle
essentiel dans la lutte contre les narcotrafiquants. C’est aussi pourquoi nous
renforçons les compétences de l’Office français antistupéfiants (Ofast), pour
en faire le véritable chef de file de la lutte contre le trafic de stupéfiants.
C’est enfin pourquoi nous créons un parquet national anti-criminalité
organisée, qui rendra notre système judiciaire plus résilient, car doté d’une
meilleure coordination, et plus efficace, car doté d’une chaîne pénale
spécialisée. Cette chaîne sera tout entière renforcée, de l’enquête de police
préalable jusqu’à l’incarcération des narcotrafiquants dans des quartiers
hautement sécurisés. Ce régime carcéral strict est absolument nécessaire pour
faire face à ces criminels d’une extrême violence, pour empêcher efficacement
la poursuite du trafic depuis les cellules ou encore les projets d’évasion.
Le texte ambitionne également de frapper avec force ce dont les
narcotrafiquants tirent leur puissance, c’est-à-dire leurs finances. Nous le
ferons grâce aux nouvelles mesures de lutte contre le blanchiment, qui vont de
la fermeture administrative à la restriction des paiements en liquide lors de
la location d’une voiture.
Cette proposition de loi vise également à nous doter de moyens supplémentaires
en matière de renseignement. Je veux dire un mot de l’interception de données
sur les messageries cryptées, initialement prévue à l’article 8 ter.
Nous ne pouvions faire l’économie de ce débat, tant il est évident que nos
services de renseignement doivent disposer de techniques adaptées aux nouvelles
technologies, notamment à l’essor des messageries cryptées. Néanmoins, nos
discussions ont montré que le doute persistait sur le plan technique et que le
risque d’introduire une faille, une vulnérabilité dans le cryptage, constituait
un enjeu de sécurité pour chacun de nous. Cette question devra, je le crois,
faire l’objet d’une plus large concertation avant de trouver une réponse
définitive.
Je salue encore l’avancée consistant à modifier le statut de repenti. Le
nouveau statut se rapproche de celui pratiqué en Italie, qui a prouvé toute sa
pertinence dans la lutte contre la mafia. Nous devons assumer qu’un tel statut,
pour être réellement efficace, doit être attractif ; c’est bien en
réduisant de deux tiers les peines, comme cela a été proposé, que nous nous
donnerons les moyens de démanteler des réseaux.
Nous avons également acté la création d’un dossier coffre, outil indispensable
pour la protection des enquêteurs et qui a fait l’objet d’une sécurisation
juridique pour ne pas porter atteinte de manière disproportionnée aux droits de
la défense.
Le groupe Les démocrates a eu à cœur d’enrichir ce texte tout au long de son
examen, dans un esprit de responsabilité. Nous avons notamment contribué à
améliorer le renseignement s’agissant de l’entrée de stupéfiants dans les ports
de plaisance, à sécuriser la lutte contre la dissimulation de transactions sans
porter atteinte aux détenteurs de cryptoactifs lorsqu’ils sont de bonne foi et
à créer des circonstances aggravantes applicables aux trafiquants qui
exploitent des mules.
Écoutons le terrain. Dans une tribune parue dans Le Point il y a une
dizaine de jours, 250 maires, témoins de l’explosion de la violence, des
règlements de compte et des intimidations en tout genre, ont appelé à soutenir
le texte. Vous l’aurez compris, notre groupe votera pour.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Les droits de douane du président Trump auront un impact considérable
sur les entreprises et les consommateurs des deux côtés de l'Atlantique. Les
Européens doivent y faire face ensemble. Il ne peut y avoir qu'une seule
réponse : défendre nos intérêts. Le marché le plus riche du monde ne doit pas
craindre l'intimidation.
> En intégrant la notion de consentement dans la
définition pénale du viol, l’Assemblée nationale fait un immense pas en avant
pour les victimes. Nous soutenons de longue date son inscription dans une
définition européenne du viol : il est temps.
> Aucun défi sécuritaire ni économique ne doit faire
perdre de vue l’urgence climatique. L’Europe doit continuer à tout mettre en
œuvre pour devenir un continent neutre en carbone d’ici 2050. Adaptation, oui.
Recul, non.
> L'Europe a une mission, à la fois pour ses citoyens et
dans le monde. Cette mission est claire : utiliser notre puissance pour la
paix, la sécurité et la défense de la démocratie.
Bernard Guetta (député)
> Ce ne sont pas l’islam et le christianisme qui sont aujourd’hui aux
prises mais la démocratie et ses adversaires, ceux qui haïssent tout ce que
nous chérissons : les Lumières, la séparation des pouvoirs, la liberté de la
presse, l’Etat arbitre, la libération de la femme.