► Emmanuel Macron (Président de la République)
> Dans le cadre du Sommet
pour l’action sur l’IA, les Émirats Arabes Unis et la France engagent une
coopération en la matière. Ensemble, avec des investissements massifs
franco-émiratis, nous allons créer en France un immense campus de 1 GW
dédié à l’IA !
► Gouvernement
[Nota: Ce gouvernement est
dirigé par un centriste, François Bayrou ; nous avons donc décidé de
reprendre les propos de tous les ministres puisqu’ils agissent sous l’autorité
d’un Président de la République et d’un Premier ministre
centristes/centraux ; néanmoins nous avons fait une distinction avec d’un
côté les ministres centristes-centraux et les autres puisqu’il s’agit d’un
gouvernement de coalition du fait que le Président de la République et le
Premier ministre ne disposent pas d’une majorité à l’Assemblée nationale]
●
Ministres centristes/centraux
François Bayrou (Premier ministre)
> La France a beaucoup souffert de la rupture entre la base, la vie de
ceux qui travaillent, de ceux qui cherchent de l'emploi, de ceux qui sont à la
retraite, de ceux qui entreprennent, de ceux qui sont à la tête des
associations. Ça c'est la base, ce sont des dizaines de millions de personnes,
peut-être 67 millions de personnes. Et puis vous avez une rupture avec le
sommet. Pardon de ce que je vais vous dire, le sommet auquel vous appartenez
aussi, les médias, ceux qui sont sur les écrans de télévision. C'est un tout
petit groupe et qui est absolument en rupture avec le reste des Français, qui
ne s'y reconnaissent plus et qui ont le sentiment d'être loin. C'est exactement
l'histoire des Gilets jaunes. On n'a pas assez réfléchi aux Gilets jaunes, je
crois. Les Gilets jaunes, ce sont des Français qui avaient le sentiment d'être
invisibles, ou qui avaient la certitude d'être invisibles. Et donc, mon idée
depuis longtemps, c'est qu'on a tort d'organiser cette coupure. On a tort de
dire que c'est deux mondes et que l'un n'est pas en communication avec l'autre.
Vous savez la polémique que j'ai eue, parce qu'un soir, je suis rentré chez moi
à Pau, parce que j'habite là-bas. Et donc ça a fait une polémique terrible,
comme s'il y avait quelque chose d'anormal à être dans la vie normale
enracinée.
> Je veux que les ministres n'oublient pas leur vie d'avant d'être ministre et d'après quand ils ne le seront plus. Et c'est pourquoi j'ai toujours plaidé, j'ai toujours fait, quand j'en avais la possibilité, que la fonction nationale qu'on exerce, elle ait une antenne sur place pour se faire engueuler quand il faut se faire engueuler, pour avoir les problèmes des gens comme ils sont, comme ils se posent. Alors toute petite antenne, deux personnes, trois personnes, pas plus. Pas une administration. Mais vous voyez bien de quoi il s'agit. On vit en France, et c'est alors probablement un héritage de la monarchie : quand on était à la cour, alors on n'était plus sur sa terre
> J'ai été nommé à la fin du mois de décembre. Et il y
avait un budget déjà examiné et déjà en grande partie voté. Et on a choisi de
partir de ce budget-là parce qu'autrement il fallait attendre avril pour avoir
un budget. Et ce n'était pas raisonnable pour un pays comme le nôtre. Donc on a
pris ce budget-là. Et probablement l'analyse n'avait pas été suffisante et il y
avait des mesures qu'on n'avait pas vues dans le budget que d'ailleurs personne
n'avait vu. Et donc on a décidé tout de suite de suspendre l'application pour
voir ce qu'il en était exactement, si c'était justifié ou pas. Et en effet, les
artisans, pour beaucoup d'entre eux, se plaignaient avec virulence parce que
leur concurrent auto-entrepreneur n'était pas soumis aux mêmes règles fiscales qu'eux.
Et c'est probablement ce qui avait emporté la décision. Alors on a dit, on va
suspendre pour regarder ensemble avec les intéressés. Et la méthode qui est la
mienne, c'est au fond, chaque fois qu'on se trompe, il faut le dire. Et encore
une fois, on n'était pas les responsables directs de cette mesure. On suspend,
on regarde. (…)
On va négocier, discuter avec les intéressés eux-mêmes pour voir de quoi il
s'agit. Si vous avez, essayons d'être rationnels, et encore une fois, je ne
suis pas un spécialiste du dossier, comme je vous l'ai dit, je l'ai découvert
en même temps que vous, et que vos confrères spécialisés. Si vous faites un
métier que font des artisans, et où ils sont obligés de facturer la TVA. Il y a
une rupture d'égalité entre les métiers. Mais si vous faites, je ne sais pas,
du soin à la personne, vous allez à domicile pour faire du soin à la personne,
en auto-entrepreneur par exemple, coiffeur auto-entrepreneur, coiffeuse, vous
allez coiffer des dames chez elles qui ne peuvent pas bouger. Là, vous n'avez
pas de possibilité de récupérer la TVA. Donc, on va regarder, on va essayer
d'être aussi équilibrés et justes que possible.
> [Débat sur le droit du sol] Je crois que ce débat
public est trop étroit et qu'il faut un débat public approfondi et beaucoup
plus large que ça. Vous voyez bien ce qui fermente depuis des années. Ce qui
fermente c'est : qu'est-ce que c'est qu'être français ? Qu'est-ce que ça
donne comme droit ? Qu'est-ce que ça impose comme devoir ? Qu'est-ce que ça
procure comme avantage et en quoi ça vous engage à être membre d'une communauté
nationale ? À quoi croit-on quand on est Français ? C'est un débat qui, depuis
des décennies, depuis au moins 30 ans, est en fermentation dans la société
française. J'ai proposé depuis déjà 12 ans ou 15 ans que quand il s'agit d'une
situation comme Mayotte, ou peut-être à certains égards comme la Guyane, dans
laquelle il y a des milliers et des milliers de personnes qui arrivent avec
l'idée que s'ils mettent au monde des enfants là, ils seront français. Et tout
ça, évidemment, ça mérite d'être reconsidéré. Ça l'a été par un texte qu'on a
voté hier soir à l'Assemblée nationale, par exemple. Mais c'est toute la France
qui se pose cette question. Qu'est-ce que c'est qu'être Français et comment
accède-t-on à cette dignité de Français ? (…)
Il faut deux choses. Il ne faut rien repousser, en tout cas la philosophie qui
est la mienne, c'est : tous les problèmes qu'on identifie, on va les
traiter. On va en tout cas les débattre. On va les approfondir. Et il n'y a pas
de raison de repousser éternellement. Et deuxièmement, c'est aussi important,
et au moins, il faut apprendre à débattre, à échanger des convictions ou des
arguments, sans s'insulter, sans se condamner à la vindicte publique, sans être
cloué au pilori, sans être considéré comme des ennemis de la nation. Mais du
débat, il faut, il est nécessaire, et il faut le conduire, si j'osais, je
dirais, comme des gens civilisés. Alors on n'est plus tout à fait des gens
civilisés, mais s'il y a au moins quelques défenseurs des méthodes civilisées,
ça serait pas mal.
> [Rendre les services publics efficaces, efficients et faire des économies] C'est le travail dans lequel je me lance. Dès l'instant, ça sera mercredi, que tous les budgets de la nation seront adoptés. On a fait adopter le budget de l'État, maintenant il faut faire adopter le budget de la Sécurité sociale. C'est au moins aussi important que le budget de l'État en montant, et en importance pour la vie des Français. Donc dès cet instant-là, dès le lendemain, dès la semaine suivante, je vais donner la mission à tous les ministres, et toutes leurs administrations, de partir de la question : quelles sont les missions de l'État et de la puissance publique ? Quelles sont ces missions ? Quelle est leur légitimité ? Qui est-ce qui a décidé que c'était l'État ? Quels sont leurs objectifs ? Et est-ce que ces objectifs sont remplis ? Et est-ce que les moyens qu'on leur donne sont bien placés ? Pas seulement sont suffisants, mais sont bien placés. Cette refondation en profondeur de l'action de l'État, j'y réfléchis pour ma part depuis longtemps, j'ai cassé les oreilles à beaucoup de ministres ou de premiers ministres sur ce sujet, et on va l'appliquer. On va s'y mettre tout de suite, pas en attendant le budget de l'année prochaine, dans laquelle il n'y a qu'une question, c'est : comment on fait des économies ou comment on augmente le budget ? La manière dont ils sont conçus ne me va pas.
Elisabeth Borne (ministre d’Etat, ministre de l’Education
nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche)
> L’IA ce n’est plus une révolution à venir, c’est maintenant
qu’il faut s’en saisir ! À partir de la rentrée 2025, une formation à l’IA sera
obligatoire pour les élèves de 4ᵉ et de seconde, et facultative pour le reste
des classes du collège et du lycée.
> Nous devons défendre une IA éthique, inclusive et
respectueuse de nos valeurs pour l’École. C’est pourquoi nous allons :
- Diffuser une charte d’usage de l’IA à l’École, qui sera publiée au printemps.
- Rendre obligatoire une formation à l’IA pour les élèves de 4ᵉ et de seconde
dès septembre.
- Généraliser l’usage d’une IA générative pour faciliter le travail des
gestionnaires RH.
- Lancer un appel à projets pour la création d’une IA en soutien au métier de
professeur, financé à hauteur de 20 M€ grâce à France 2030.
> Sur l’évolution du temps scolaire, je suis parfaitement consciente que c’est un débat qui concerne beaucoup de parties prenantes : les parents, les élèves, les professeurs, les acteurs du tourisme. Il faut donc réfléchir à l’organisation d’une vaste consultation citoyenne.
> Je vais modifier le Code de l’Éducation pour lutter rapidement contre la présence d’armes blanches dans les établissements. Dorénavant, dès qu’un élève sera surpris avec une arme blanche, il sera systématiquement traduit devant un conseil de discipline, et un signalement au procureur sera automatique. Je ne laisserai rien passer !
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et des Affaires
étrangères)
> La France, puissance de l’intelligence artificielle : les Émirats
Arabes Unis investissent plus de 30 milliards d’euros dans un campus dédié, en
France.
> Le gouvernement libanais est formé. Félicitations au Président Joseph Aoun et au Premier ministre Nawaf Salam. Plein succès dans sa mission à Joe Raggi, nommé ministre des Affaires étrangères.
Agnès
Pannier-Runacher (ministre de la
Transition écologique, de la Biodiversité, de la Forêt, de la Mer et de la Pêche)
> Qu’est-ce qu’être Français ? Quel est notre vécu de la France ?
Qu’est-ce que ce lien qui nous lit à la France que nos parents viennent d’ici
ou d’ailleurs ? Qu’est-ce que serait la France sans cette richesse de nos
parcours multiples ? Il y a la tentation du repli sur soi et de la division, et
il y a ce ciment, ces valeurs, cette force, ce récit que nous portons en nous
et qui fait que nous nous reconnaissons Français, peu importe le sol ou le
sang.
> Près de 6 000 contributions sur le projet de Plan national d’adaptation au changement climatique ! Merci à toutes celles et tous ceux qui ont donné de leur temps pour participer à cette consultation. Votre contribution à notre plan d’attaque pour nous préparer à une France à +4 degrés d’ici 2100 est précieuse. Je le redis : s’adapter, ce n’est pas renoncer ! L’écologie que je défends repose sur deux piliers : l’adaptation ET l’atténuation. Je vous donne rendez-vous dans quelques semaines pour la présentation définitive de ce plan.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du Premier
ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte
contre les discriminations)
> La santé des femmes a été pensée sans les femmes et parfois même
contre les femmes. Il faut continuer à briser les tabous : les règles,
l'endométriose ou la ménopause. Et ne pas limiter la santé des femmes à la
santé sexuelle et reproductive. Trop de pathologies sont encore sous
diagnostiquées et prises en charge !
Astrid
Panosyan-Bouvet (ministre
déléguée auprès de la ministre du Travail, de la Santé, de la Solidarité et des
Familles, chargée du Travail et de l’Emploi)
> l'IA concerne tout le monde, représente un enjeu majeur de
transformation du travail et exige formation et dialogue social. Le plus grand
risque avec l’IA, c’est la non-adoption.
Amélie de Montchalin (ministre délégué auprès du ministre
de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et Numérique,
chargée des Comptes publics)
> [Intervention au Sénat sur le Budget 2025] Nous en sommes désormais à
l'étape finale de l'adoption de ce projet de loi de finances, afin de
surmonter, ensemble, l'incertitude et l'instabilité budgétaires que nous vivons
depuis plusieurs semaines.
Sous l'autorité du Premier ministre, et en coopération étroite avec Éric
Lombard, j'ai pris deux engagements lors de ma prise de fonctions comme
ministre des comptes publics.
Le premier était de doter rapidement la France d'un budget en nouant un
compromis politique ; le second de réduire nos déficits publics, en
proposant un effort national qui pèse d'abord sur l'État au travers de la
réduction de ses dépenses de fonctionnement.
Ce budget est un budget d'urgence. Il s'agit de faire face au coût de la
censure et de reconstruire les bases de la confiance dans notre économie, après
deux mois pendant lesquels l'action publique aura été à l'arrêt, deux mois
pendant lesquels chaque jour passé sans budget aura coûté plus de
100 millions d'euros aux Français, aux acteurs économiques et au pays.
Au total, la facture s'élèvera à plus de 12 milliards d'euros. C'est
massif ; c'est de la croissance et de l'argent perdus.
L'urgence à agir dans le contexte politique que nous connaissons a nécessité
une méthode nouvelle et inédite pour notre pays : trouver un compromis sur
l'objet dont découlent toutes les politiques, c'est-à-dire sur notre budget.
Après des mois d'instabilité politique, de surenchère et d'irresponsabilité
– j'y insiste –, nous avons réussi à trouver un compromis grâce à
l'engagement sincère et authentique de toutes les forces politiques qui ont
bien voulu y participer. Je veux saluer leurs représentants qui siègent ici, à
la chambre haute.
Nous avons collectivement prouvé qu'il était possible de discuter, de débattre
et de s'opposer sans pour autant bloquer le pays. Cet engagement s'est
concrétisé vendredi dernier, après le vote en commission mixte paritaire du
projet de loi de finances pour 2025.
Le Gouvernement a contribué, à la place constitutionnelle qui est la sienne, à
faciliter et à forger ce compromis. Mais vous, parlementaires, en avez été les
véritables artisans.
Le Gouvernement a choisi de respecter ce compromis en l'intégrant totalement
dans le texte qui est soumis à votre vote.
Cet accord trouvé entre les deux chambres n'appartient à personne. Il n'est
idéal pour aucun parti, mais il est meilleur que le texte que nous avons trouvé
en arrivant.
Il est meilleur, car il a permis d'intégrer des avancées significatives, chacun
ayant fait preuve de volonté politique et ayant fourni l'effort nécessaire pour
le voir aboutir.
Ces avancées répondent aux enjeux du moment : le contexte international et
le retour de la guerre en Europe, la sécurité des Français et la lutte contre
l'immigration illégale, la cohésion des territoires et la lutte contre les
inégalités et, enfin, le renforcement de nos grands services publics.
Il s'agit donc d'un budget de compromis. C'est un budget pour notre pays, un
budget pour les Français.
Mesdames, messieurs les sénateurs, les priorités que vous avez exprimées ces
dernières semaines ont amené ce texte à privilégier l'avenir et celui de nos
enfants : tout d'abord, en tenant l'engagement des lois de programmation
militaire, alors que le contexte international exige aujourd'hui plus qu'hier
que nous soyons forts et sûrs d'être protégés ; ensuite, en continuant
d'investir pour la sécurité des Français, conformément aux lois de
programmation et d'orientation des ministères de l'intérieur et de la
justice ; enfin, en redonnant confiance à nos compatriotes ultramarins,
par des investissements exceptionnels dans le potentiel de ces territoires, en
particulier celui des plus meurtris, Mayotte et la Nouvelle-Calédonie.
Ce texte privilégie également l'avenir en ce qu'il préserve le budget de la
recherche. Nous investissons davantage et de manière efficace dans la
transition écologique. Nous renforçons nos services publics par la création de
postes d'enseignants et d'accompagnants d'élèves en situation de handicap
(AESH) à l'école, mais aussi en renforçant les moyens de l'hôpital.
Enfin, vous l'avez dit, monsieur le ministre, nous demandons un effort fiscal
exceptionnel aux grandes entreprises et aux ménages aux plus hauts revenus,
sans augmenter les impôts des classes moyennes.
Nous faisons des efforts difficiles, réels et concrets – les plus
importants pour l'État depuis vingt-cinq ans –, mais nous continuons
d'investir dans l'essentiel.
J'en viens à mon deuxième engagement, à ma deuxième boussole, qui est aussi la
vôtre, mesdames, messieurs les sénateurs : l'urgence de réduire le
déficit.
Loin d'être un dogme ou une idéologie, la réduction du déficit est une
nécessité pour notre pays, une condition de notre souveraineté nationale. C'est
un enjeu de crédibilité et de force par rapport aux autres puissances. C'est
aussi un engagement moral pour nos enfants et leurs enfants après eux.
Le Premier ministre François Bayrou l'a rappelé dans sa déclaration de
politique générale devant le Sénat : notre cible est de repasser sous la
barre des 3 % de déficit public au plus tard en 2029.
Dès cette année, nous réduirons ce déficit à 5,4 % du PIB, contre 6 %
en 2024. Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a rappelé que cet
effort était accessible, à la condition que nous exécutions strictement et
sérieusement ce budget. (…)
Nous réunirons dans les tout prochains jours les secrétaires généraux de
l'ensemble des ministères. Cette mobilisation collective pour suivre
l'exécution d'un budget est inédite, mais elle est nécessaire.
Pour atteindre cet objectif, l'effort consenti, d'environ 50 milliards
d'euros, porte majoritairement sur la baisse des dépenses de fonctionnement de
l'État.
Mes collègues membres du Gouvernement sont venus vous présenter les uns après
les autres, programme par programme, mission par mission, le contenu de ces
économies. Au bout du compte, nous sommes parvenus à une baisse de 2 % des
crédits ministériels, soit l'effort le plus important qui ait été consenti en
la matière depuis vingt-cinq ans.
Dès le prochain budget et jusqu'en 2029, nous devrons toutefois lancer des
réformes structurelles pour dépenser mieux et revoir l'organisation de notre
action publique, avec les collectivités, dans la sphère sociale et, plus
largement, dans toutes nos ramifications administratives.
Mesdames, messieurs les sénateurs, le pays ne peut pas rester dans l'impasse. Il est de notre responsabilité d'adopter ce
budget, certes difficile, mais essentiel si nous voulons redonner confiance en
la France.
Je commençais en vous disant que ce budget n'était celui d'aucun parti. Par votre vote, vous pouvez en faire le budget du pays. La France en a besoin.
> Aux côtés de Manuel Valls, j'ai ouvert le Forum
économique de Nouvelle-Calédonie à Bercy avec l’ensemble des forces politiques,
économiques et sociales du territoire. Nous l’avons fait avec volonté et
espoir.
L'État soutient massivement la Nouvelle-Calédonie depuis 2016. Récemment, face
aux crises, ce soutien s'est renforcé :
- 600M€ depuis mai 2024
- 200M€ pour la reconstruction en 2025, confirmé dans le budget 2025.
Investir aujourd’hui pour créer de la richesse demain. C’est notre objectif
collectif et le sens de l’action du Gouvernement.
> Lutte contre les filières illégales d’immigration et
les passeurs.
Grâce à une coopération renforcée et un partenariat inédit entre les services
du ministère de l’Intérieur et ceux du ministère de l’Économie, notamment
TRACFIN et les douanes, nous franchissons une nouvelle étape pour lutter contre
ces réseaux criminels.
- Mise en place d'une cellule d’échange de renseignement (CERTIM), réunie tous
les deux mois, pour croiser les informations, mieux cibler les trafics et
accélérer les enquêtes.
- Création d’une task force financière grâce aux moyens de TRACFIN, pour
bloquer et saisir les avoirs criminels.
En associant les services du ministère de l’Intérieur et ceux du ministère de
l’Économie, nous renforçons notre arsenal pour démanteler ces réseaux et mieux
protéger les victimes.
Marc Ferracci (ministre délégué auprès du ministre
de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et Numérique,
chargé de l’Industrie et de l’Energie)
> Dunkerque s'affirme comme un pôle stratégique pour la décarbonation
avec des investissements majeurs, notamment dans l'acier et la chimie. Avec
l'objectif de 20000 emplois industriels créés, la formation et l'attractivité
de la main-d'œuvre sont des défis majeurs. La compétitivité énergétique reste
un enjeu clé pour attirer de nouvelles industries.
Dunkerque est un exemple de réindustrialisation réussie. Ce dynamisme redonne
la confiance en l'avenir et participe à renforcer la cohésion sociale. Nous
poursuivrons notre engagement pour faire de la France un leader de l'industrie
décarbonée.
> Une mobilisation commune nécessaire pour concilier réindustrialisation, souveraineté et transition énergétique.
Nathalie Delattre (ministre déléguée auprès du ministre
de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et Numérique,
chargée du Tourisme)
> Le tourisme une chance pour la France ! Je me félicite de la
contribution exceptionnelle du secteur à notre balance commerciale !
Patricia Mirallès (ministre déléguée auprès du ministre
des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants)
> Avant le coup d’envoi des Invictus Games, réunion avec mon homologue
ukrainienne Nataliia Kalmykova. Beaucoup d'athlètes ukrainiens viennent
directement des lignes de front. Leur courage et leur résilience forcent
l'admiration. Fière de les voir porter haut les couleurs de leur pays !
Juliette Méadel (ministre déléguée auprès du ministre
de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation chargée de la Ville)
> L’insécurité comme le sentiment d’insécurité ne peuvent plus durer. Se
retrancher chez soi, c’est renoncer à la France républicaine.
>Veiller à la dignité des conditions de vie dans les parties communes des immeubles dans les quartiers : ça garantir des ascenseurs en bon état, des hall d’immeuble propres, des caves et parking sécurisé… Je serai la ministre des ascenseurs qui marchent. Des résultats concrets d’ici 6 mois pour que la vie dans les logements sociaux soient améliorées.
> Rétablir l’ordre juste, vite. Prévenir l’insécurité, sur le long terme. La sécurité concerne tout le monde : protéger les plus petits, accompagner les jeunes, responsabiliser les parents. Un mineur avec un couteau, c’est inacceptable. Fermeté et soutien doivent aller de pair
> La violence contre des bébés est insupportable, à la maison bleue de Montrouge comme ailleurs. À Montrouge, des mesures ont été prises contre les autrices de ces faits. Mais la vigilance doit être renforcée et les crèches privées mieux surveillées.
> À Montreuil, j’ai annoncé une mesure pour aider les femmes à prendre le pouvoir sur le plan économique avec le soutien aux femmes entrepreneuses. Je fixe un objectif quantitatif pour que demain, au moins 50% des parcours soutenus soient des parcours féminins dans les conventions locales entre la Banque publique d’investissement, les préfets et les associations. Ensemble, continuons à faire grandir ce dispositif afin d’offrir plus de chances à celles et ceux qui veulent se lancer dans l’entrepreneuriat.
> A Montreuil, j’ai vu le premier Carrefour de l’Entrepreneuriat. Un incubateur pour ceux qui ont le désir de créer leur entreprise dans les quartiers politiques de la Ville, avec des solutions de financement, du conseil, du micro crédit, et de l’aide juridique.
> L’accès aux services publics doit être garanti à tous, partout, sur tout le territoire. Avec France services, fini le parcours du combattant administratif : un guichet unique, à moins de 20 min de chez soi, pour toutes les démarches. On en ouvre toujours plus. Partout. Pour tous. Et dans nos quartiers.
Laurent Saint-Martin (ministre délégué auprès du ministre
de l’Europe et des Affaires étrangères chargé du Commerce extérieur et des
Français de l’étranger)
> Pour la deuxième année consécutive, le commerce extérieur contribue
positivement à la croissance du PIB. En 2024, nouveau record : 151 000
entreprises exportatrices ! La bataille de l'export se prépare ensemble : dans
nos territoires et avec nos partenaires européens.
Thani Mohamed Soilihi (ministre délégué auprès du ministre
de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de la Francophonie et des Partenariats
internationaux)
> L'aide au développement, surtout après le désengagement des
Etats-Unis - parce que 50 milliards d'aide au développement en moins ont été
annoncés par Donald Trump - encore une fois, nous allons voir comment cela va
évoluer... Cela oblige encore plus la France à être à son rang. La France est
attendue dans le cadre de cette solidarité internationale, qui permet de
protéger aussi les Français parce que cela permet d'anticiper les crises, les
crises climatiques, les crises de l'alimentation. Les Français apprécient cette
aide au développement. Et je pense que la gauche en général, les socialistes en
particulier, sont dans cet esprit également. En tout cas, pour la France, c'est
un outil de rayonnement et c'est le bras armé de sa diplomatie. Et ce qui est
fait pour aider les pays, notamment les pays les moins avancés, rend aussi
service directement aux Français, en les protégeant.
> Nous avons les moyens de notre politique. Cela ne fait plaisir à personne mais, là aussi, je pense que les Français appellent à de la responsabilité, à de l'équilibre. Et les efforts que nous allons faire aujourd'hui vont permettre justement, comme l'a dit le Premier ministre, à l'horizon 2026, d'espérer retrouver l'élan que nous avions pris depuis 2017, de faire de l'aide au développement cet outil de rayonnement de notre pays.
> L'aide au développement, c'est une politique au long cours, qui produit des résultats dans le temps. Il ne faut pas forcément faire de mélange entre l'aide au développement et les relations avec les pays. Il est certain que la France, en cas d'escalade - comme celle à laquelle nous venons d'assister par rapport à l'Algérie - ne peut pas laisser faire. Comme l'a dit Jean-Noël Barrot, en cas d'escalade, une riposte est toujours possible. Mais il me semble que, dans le cas de nos relations avec l'Algérie, il faut revenir au dialogue. C'est ça, la diplomatie. Qu'est-ce que les Algériens attendent de nous ? Qu'est-ce que nous attendons des Algériens ? Et c'est dans ce cadre que nous allons déterminer nos relations. Par rapport à l'aide au développement, encore une fois, l'aide au développement empêche des crises, empêche des mouvements migratoires, les anticipe. C'est à l'aune de cela qu'il faut la juger. Parfois les deux sujets peuvent se rejoindre, mais pas toujours.
> Je pense qu'il ne faut plus regarder le continent africain sous le prisme sécuritaire. Le monde a changé, les relations ont changé. Nous proposons des partenariats d'égal à égal, gagnant-gagnant, où la France propose, par exemple, son expertise. La France propose de financer des politiques en matière économique, en matière éducative, en matière culturelle en Afrique. Cette politique est attirante. Je vois de plus en plus de «demande de France» - à rebours de la vision décliniste que l'on peut entendre par-ci, par-là - en Côte d'Ivoire, au Nigeria, au Kenya, où je me suis rendu, ou alors lorsque les chefs d'Etat - le dernier en date, c'était le président de l'Angola - se sont déplacés ici en France. À la clé, il y a eu énormément de contrats qui ont été signés, et ce sont des entreprises françaises qui vont intervenir. À la clé, ce sont des emplois dans ces pays, en plus de concrétiser leurs politiques en matière d'adduction d'eau, en matière agricole, en matière de développement général.
● Autres
ministres
Gérald Darmanin (ministre d’Etat, Garde des sceaux, ministre de la Justice)
> [Intervention à l’Assemblée sur Mayotte et le droit du sol] Le débat
sur l’accès à la nationalité, sur tout ou partie du territoire national, est
important pour nos compatriotes mahorais et pour la France. À plusieurs
reprises, je me suis exprimé personnellement en faveur de l’abolition du droit
du sol à Mayotte, dans des conditions plus larges et plus claires que celles
prévues par ce texte.
Je tiens à remercier le rapporteur pour son travail et sa connaissance fine de
ce territoire magnifique qu’est Mayotte. Comme lui, je pense qu’à droit
constant des mesures peuvent être prises sans être censurées par le Conseil
constitutionnel. Cependant, il faudra bien qu’un jour une réforme
constitutionnelle prenne en compte les particularités de Mayotte, notamment
pour l’accès à la nationalité.
Face à cette situation, les gouvernements qui se sont succédé ont fait ce
qu’ils ont pu. Depuis 2017, des moyens très importants ont été engagés, et les
effectifs des forces de l’ordre ont été doublés. En 2023, avec plus de
25 000 reconduites à la frontière, le nombre de personnes expulsées a
pour la première fois dépassé le nombre d’arrivées. De plus, 592 passeurs
ont été interpellés et présentés devant la justice. L’opération Wuambushu s’est
concentrée, quant à elle, sur le démantèlement des bangas et la lutte contre
l’habitat illégal. Je regrette qu’elle ait été ralentie et limitée par des
recours politiques et juridiques, malgré le fort soutien de la population
mahoraise et le travail de la députée Estelle Youssouffa, infatigable
défenseure de ce magnifique archipel. Sans doute y aurait-il eu moins de décès
et de drames lors de l’épisode terrible de Chido, si tout le monde avait été à
l’unisson de l’action de l’État et de la demande des Mahorais. Les bons
sentiments, surtout ceux qui sont exprimés depuis l’Hexagone, ne font pas
toujours de la bonne politique.
Aucun territoire de la République n’aurait accepté ce que vit Mayotte.
L’immigration irrégulière empêche l’accès à l’égalité républicaine, à la
liberté, à la fraternité et au travail collectif des services publics de l’État
et des collectivités locales, dont je salue le courage.
Dans le domaine de la santé, sur les 10 000 naissances au moins qui
ont lieu chaque année, les trois quarts des mères sont de nationalité
étrangère ; en matière d’éducation, les maires de tous bords réclament,
fait inédit, l’arrêt de la construction des écoles, dont les bâtiments sont
pourtant financés à 100 % par l’État – nous l’avions bien vu avec
Philippe Vigier, lorsque ce dernier était chargé des outre-mer à mes côtés.
Sur ce territoire, où l’intégration est quasiment impossible, prospèrent
l’habitat et l’économie informels, à quoi s’ajoute – il faut bien
reconnaître – la pratique frauduleuse de fausses reconnaissances en
paternité, avec la complicité d’une part, certes minime, de la société
mahoraise. À cet égard, la dernière loi « immigration », que nous
avons été nombreux à voter, a non seulement criminalisé l’activité de passeur,
désormais passible d’une peine allant jusqu’à vingt ans d’emprisonnement mais
elle a également donné à la police judiciaire et aux tribunaux les moyens de
condamner la production de faux certificats de paternité – je pense à
certains cas de reconnaissance de quatre-vingt – voire
quatre-vingt-dix – enfants par père.
Nous devons construire de nouvelles infrastructures à Mayotte : un nouvel
aéroport et un hôpital à l’extérieur de Mamoudzou, ainsi que des autoroutes,
des routes et des transports fluviaux. L’économie agricole doit se développer
et l’égalité sociale progresser, afin d’aligner la situation de l’archipel sur
celle du territoire national.
Bien sûr, Mayotte ne se définit pas seulement par la question migratoire, mais
cette dernière empêche le bon fonctionnement des institutions, obérant son
avenir dans la République. Depuis l’adoption de la loi du 10 septembre
2018, dite loi Collomb, une première adaptation a été introduite dans le droit
de la nationalité à Mayotte. Actuellement, les enfants nés à Mayotte de parents
étrangers ne peuvent acquérir la nationalité française que si l’un des deux
parents réside en France de manière régulière et ininterrompue depuis au moins
trois mois avant la naissance. À l’époque, le ministre d’État Gérard Collomb
avait souhaité prendre cette disposition en raison de l’arrivée en
kwassa-kwassa de femmes enceintes ou de parturientes, qui accouchaient dans les
bateaux ou sur la plage, mettant en danger leur vie et celle de leur bébé. En
échange de quelques centaines d’euros payés aux passeurs, l’accès à la
nationalité française de l’enfant, et donc des parents, était garanti. Si les
dispositions de la loi Collomb sont efficaces, elles ne le sont pas au point
d’avoir réglé la situation migratoire.
En réalité, trois quarts des bébés nés chaque année à l’hôpital de Mamoudzou
– qui n’est pas le seul lieu de naissance –, ont une mère de
nationalité étrangère, et près de la moitié ont deux parents étrangers. De
plus, les sapeurs-pompiers aident à l’accouchement de plus de
1 000 enfants en dehors de la maternité, ce qui fait de Mayotte le
deuxième département où l’on naît le plus, après la Seine-Saint-Denis.
Il est évident qu’en raison de son attractivité, le système est saturé. C’est
insoutenable. L’organisation du système de soins, qui connaît des défaillances
profondes et anciennes, ne peut prendre en charge tous les Mahorais et les
étrangers qui en ont besoin.
La République a parfois été incohérente à Mayotte. L’archipel est français
depuis plus longtemps que le comté de Nice et la Savoie, par la volonté du
peuple, exprimée en deux référendums, mais le droit du sol n’y est appliqué que
depuis la loi du 22 juillet 1993. Peut-être était-ce une erreur, mais nous
ne sommes pas là pour juger nos prédécesseurs.
Aujourd’hui, le ministre de l’intérieur, le ministre des outre-mer de la France
Manuel Valls et moi-même sommes particulièrement mobilisés sur le sujet. Le
texte que nous examinons ce matin vise à modifier l’article 2493 du code
civil – ce qui explique ma présence –, afin d’allonger la condition
de durée de résidence régulière sur le territoire national des parents à un an
minimum avant la conception de l’enfant, contre trois mois actuellement. En
exigeant la régularité du séjour des deux parents, et non plus d’un seul, il
permettra également de porter un coup sévère aux reconnaissances frauduleuses
de paternité.
Une réforme constitutionnelle sera nécessaire pour mettre fin au double droit
du sol, qui s’applique aux enfants nés à Mayotte, d’au moins un parent
également né en France. Nous en reparlerons. En attendant, le texte s’inscrit
pleinement dans l’équilibre souhaité par le Conseil constitutionnel, notamment
dans sa décision du 6 septembre 2018, qui a expressément reconnu que
Mayotte présentait des caractéristiques et des contraintes particulières
justifiant une adaptation du droit de la nationalité. Il a alors admis qu’il
était possible de moduler les conditions d’accès à la nationalité française sur
ce territoire, dès lors que les mesures étaient limitées, adaptées et
proportionnées. C’est ce que nous avons voulu faire il y a un an, quand le
Parlement a voté la loi « immigration ». Si cette disposition a été
censurée, alors qu’elle avait été proposée par le rapporteur Olivier Serva
– qui ne compte pas parmi les soutiens du gouvernement –, c’est parce
qu’elle était un cavalier législatif, comme M. le rapporteur l’a rappelé.
La délégation aux outre-mer, qui n’était pas totalement favorable au texte et à
notre majorité, l’avait adoptée. Il s’agit donc d’une disposition de bon sens,
pour laquelle je salue le travail du rapporteur et du groupe Droite
républicaine.
L’unanimité doit pouvoir se trouver sur ces bancs pour répondre aux difficultés
de nos compatriotes mahorais. Ces derniers ont besoin de notre aide ; nous
devons voir les choses telles qu’elles sont, et non pas comme elles devraient
être. C’est cela qui marque la différence entre les gens responsables et ceux
qui s’expriment par incantations.
Bruno Retailleau (ministre d’Etat, ministre de
l’Intérieur)
> Lancement de la première cellule d’échange de renseignement sur le
trafic de migrants, qui permettra la coopération des différents services
concernés pour lutter efficacement contre ces organisations criminelles qui
tuent, maltraitent et exploitent les migrants.
Eric Lombard (ministre de l’Economie, des Finances et de
la Souveraineté industrielle et numérique)
> [Intervention au Sénat sur le Budget 2025] Vous connaissez le contexte
dans lequel nous vous soumettons ce projet de loi de finances.
L'aggravation des tensions internationales a pesé et pèse encore sur nos
perspectives de croissance. Par ailleurs, l'incertitude consécutive à la
censure du Gouvernement en décembre dernier a limité l'action de nos
entrepreneurs et des acteurs économiques du pays. En effet, en faisant tomber
le Gouvernement, cette censure a privé la France de budget. Depuis lors, nous
fonctionnons en service minimum, et les acteurs économiques n'ont pas de
visibilité.
Dans ce contexte, l'urgence budgétaire devient une urgence absolue. Aussi, je
salue la responsabilité avec laquelle les groupes parlementaires et les partis
politiques se sont mobilisés pour parvenir à un texte de redressement
financier. (…)
Il n'est que temps d'adopter un budget pour 2025, afin de restaurer notre
souveraineté, notre crédibilité et notre capacité à aborder l'avenir. Nous en
avons besoin pour lancer enfin notre agenda de réformes et d'investissements,
au bénéfice notamment de notre industrie. En effet, mesdames, messieurs les
sénateurs, ce budget est un début, et non une fin.
Les efforts demandés sont réalistes et ambitieux : réalistes, parce qu'ils
tiennent compte d'un contexte macroéconomique en demi-teinte ; ambitieux,
parce que, comme l'a rappelé M. le rapporteur, ce budget prévoit des
mesures d'économies indispensables pour respecter notre trajectoire.
Je rappelle que nous devons passer sous la barre des 3 % de déficit d'ici
à 2029. Il n'y a là ni totem ni diktat : c'est le seuil qui permettra
de mettre un terme à la croissance de notre endettement. Nous le devons à nos
enfants ; nous le devons à notre pays.
C'est aussi un impératif de souveraineté : nous avons versé l'année
dernière à nos créanciers plus de 50 milliards d'euros d'intérêts. Cela
correspond, à titre d'exemple, à plus de la moitié du montant de l'impôt sur le
revenu qui a été perçu sur la même période.
Personne ne peut pour autant se satisfaire totalement de ce budget de
redressement. L'effort est partagé : il est réparti entre, d'une part,
30 milliards d'euros d'économies – effort inédit –, et, d'autre
part, 20 milliards d'euros de hausses d'impôts, qui sont proportionnelles
aux capacités contributives de chacun.
Enfin, nous avons innové sur la méthode, en dialoguant avec tous les partis et
tous les groupes qui ont accepté cette démarche.
Ce texte, préparé par d'autres gouvernements que le nôtre, est un texte de
compromis. Il a été construit en premier lieu avec les partis qui nous
soutiennent, par ce socle commun dont je veux remercier les représentants et
dont nous avons repris de très nombreuses propositions.
Il intègre également de nombreuses propositions d'autres partis, notamment
celles du parti socialiste, qui a accepté le dialogue et qui, hier, à
l'Assemblée nationale, a eu le courage d'accepter un compromis et de ne pas
censurer le Gouvernement. Je remercie l'ensemble des parlementaires qui, par
leur vote comme par leur abstention, ont approuvé ce compromis.
Dans ce cadre, le Premier ministre a accepté de rouvrir le dossier des
retraites et d'instruire celui des revenus et des salaires. Nous avons aussi
accru nos efforts pour la transformation écologique, le logement, l'éducation
nationale et les outre-mer.
J'y vois un progrès dans le fonctionnement de notre démocratie et, avec
Mme la ministre des comptes publics, je prends l'engagement devant vous de
poursuivre avec la même méthode pour préparer les autres textes que nous vous
présenterons.
Cette méthode va en effet au-delà de ce projet de loi de finances. Elle est
– elle doit être – une méthode de gouvernement, qui est d'ailleurs
soutenue par le Président de la République et par le Premier ministre. Qu'elle
nous permette d'adopter le budget dont la France a tant besoin !
J'ai donc l'honneur, après nos nombreux débats et les discussions qui ont
conduit au vote conclusif de la commission mixte paritaire, de vous présenter
le projet de loi de finances pour l'année 2025.
Clara Chappaz (ministre déléguée auprès du ministre de
l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique,
chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique)
> Mobiliser la société civile est essentiel pour accompagner les
citoyennes et citoyens dans l’IA en utilisant le dialogue social et en
s'appuyant sur la sensibilisation et la formation.
> [Intelligence artificielle] Nous sommes au début de cette technologie. La meilleure réponse est d'investir dans nos talents, nos infrastructures et nos entreprises et d'innover en Européens en restant fermes sur nos valeurs.
> [Inquiétudes liées à l’IA] On sensibilisera d'ici à 2027 deux millions de Français à l’IA via les Cafés de l’IA.
> [Sommet mondial sur l'IA à Paris] Partout où je me rends, dans les conférences internationales sur l’IA, on trouve des Français, qu’on nous envie.
> [Enquête sur le fonctionnement de X] En Europe, nous avons un cadre de protection de nos citoyens sur le numérique, nous avons une règlementation très ambitieuse en la matière et elle sera appliquée.
Valérie Létard (ministre déléguée auprès du ministre de
l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, chargée du Logement)
> [Intervention à l’Assemblée sur une proposition de loi pour que les
travailleurs soient prioritaires en matière de logement social] En cette
matière sensible qu’est le logement social, il reste du chemin à parcourir. Il
est essentiel autant que nécessaire que les travailleurs obtiennent de la
reconnaissance ainsi qu’un logement. C’est tout l’enjeu du débat que nous
entamons, avec toute la nuance à laquelle il faut se tenir.
Je parlerai avec plaisir du logement social qui occupe une place centrale dans
le pays, dont ce texte témoigne en quelque sorte, comme il témoigne du
bien-fondé de notre modèle.
Le logement social est un maillon essentiel du parcours résidentiel de nos
compatriotes : un Français sur deux a connu le logement social au cours de
sa vie. Il est aussi un maillon essentiel du logement des travailleurs, depuis
l’intuition originelle du patronat du nord de la France, jusqu’aux efforts
nombreux déployés par Action logement et les bailleurs sociaux de nos jours.
La proposition de loi initiale prévoyait de rendre les travailleurs
prioritaires pour l’attribution d’un logement social. Je citerai quelques
chiffres afin d’introduire davantage d’objectivité dans notre débat. Compte
tenu de la structure des revenus de nos compatriotes, deux tiers des Français
peuvent prétendre à un logement social. Parmi ces publics éligibles, il y a des
gens en situation précaire : des travailleurs pauvres, des personnes en
grande fragilité ou encore des personnes retraitées avec de très faibles
retraites. Ces publics n’ont pas été ciblés prioritairement contre les autres
publics, mais parce que leur situation était plus aiguë que la leur : en
dehors du parc social, ces publics-là n’ont en réalité aucune chance d’accéder
à un logement.
Pour répondre aux besoins de ces publics prioritaires, plusieurs dispositifs
ont été créés. En 2007, le gouvernement a instauré le Dalo, le droit au
logement opposable, lorsqu’une situation objective d’urgence et de précarité
est reconnue : 120 000 ménages en bénéficient actuellement.
Ensuite, la législation a instauré une obligation de relogement : les élus
locaux, Action logement, les bailleurs sociaux et tous les réservataires
doivent ainsi consacrer 25 % des attributions de logements aux ménages
bénéficiant du Dalo ou à d’autres ménages prioritaires.
L’État loge ces ménages au titre de sa mission sociale, ainsi que des
fonctionnaires. En 2024, nous avons compté 380 000 attributions, dont
180 000 pour des ménages prioritaires et 22 000 pour des ménages
Dalo. Parmi ces 180 000 ménages fragiles, plus de la moitié
travaillaient. D’ailleurs, en 2024, ce sont en tout 260 000 logements
sociaux qui ont bénéficié à des travailleurs, contre 80 000 à des
personnes inactives. Je parle bien de la répartition du logement social, pas du
parc privé.
Action logement fournit un effort considérable pour permettre à de très
nombreux salariés de se loger. Grâce à Action logement, 100 000 travailleurs
du secteur privé ont bénéficié d’un logement social en 2024, dont une partie
importante de ménages Dalo et prioritaires – parce qu’il y a beaucoup de
travailleurs pauvres !
La liste des publics prioritaires, qui comporte quatorze catégories, est-elle
satisfaisante ? Une chose est sûre : elle n’a pas été définie au
terme d’une réflexion d’ensemble, elle résulte davantage d’une sédimentation de
décisions successives, à mesure que les pouvoirs publics se saisissaient du
problème, et que la société distinguait les personnes qu’elle jugeait en
situation critique, à savoir celles qui ne parviennent pas à se loger, y
compris dans le secteur privé abordable. En vingt ans, pas moins d’une dizaine
de publics ont ainsi été ajoutés à la liste.
La mobilité constitue une autre facette du problème : quand on entre dans
le logement social, on a du mal à en sortir. Il faut y remédier, mais j’y
reviendrai.
Il n’est donc pas illégitime de relancer la réflexion, comme le fait la
présente proposition de loi. Faut-il ou non élargir la liste de publics
prioritaires ? La question mérite d’être posée – de ce point de vue,
je ne remets aucunement en cause la démarche du groupe Droite républicaine et
de son président Laurent Wauquiez.
Je le répète, on peut s’interroger : cette liste est-elle idoine ou
non ? C’est aussi le sens des modifications apportées au texte en
commission, notamment par le groupe Socialistes et apparentés.
Si cette liste peut encore être allongée, elle ne peut toutefois pas concerner
tout le monde. Or, la proposition de loi vise à intégrer l’ensemble de nos
compatriotes qui travaillent à la liste des publics prioritaires, et ce sans
condition. Si elle était adoptée, 1,7 million de demandeurs actuels qui
travaillent deviendraient donc prioritaires et intégreraient le quota des
180 000 places bénéficiant aux ménages prioritaires. En outre,
10 000 travailleurs qui gagnent à eux seuls 3 000 euros net
par mois – 2 700 euros net en province –, deviendraient
aussi prioritaires que les 150 000 travailleurs qui se déclarent en
situation de grande fragilité. Puisque l’on raisonne en unités de consommation,
un couple avec 6 500 euros de revenus mensuels nets et deux enfants
deviendrait aussi prioritaire qu’un ménage Dalo dans la même catégorie. Voilà,
ce que l’adoption de ce texte signifierait ; c’est tout l’objet de notre
débat.
Il est clair que si tout travailleur devenait prioritaire dans l’affectation
des logements sociaux, alors même que les capacités de réponse aux obligations
de logement des publics prioritaires sont déjà saturées, les autres publics en
seraient de fait exclus. Inclure l’ensemble des travailleurs dans la liste des
publics prioritaires paraît donc excessif. Je dirais même que cela dénature la
notion de priorité, sachant que ces travailleurs sont déjà éligibles en tant
que demandeurs et qu’ils ont accès à 65 % des logements sociaux détenus
par les bailleurs sociaux !
Il ne faut pas confondre l’accès au logement des travailleurs et la capacité à
produire suffisamment de logements, monsieur le député ! Faut-il pour
autant réduire à néant notre capacité à loger des publics fragiles ? Je
tente de démontrer que nous devons trouver une voie de passage susceptible de
réconcilier tout le monde.
Je suis néanmoins très ouverte à l’idée qu’il faille intégrer les travailleurs
précaires à la liste des publics prioritaires. C’est d’ailleurs le sens de
certains amendements du gouvernement. Je connais leurs difficultés :
nombre d’entre eux n’ont pas accès au logement parce qu’ils n’ont pas de CDI,
ni trois mois de fiches de paie, ni le niveau de ressources suffisant. Ils ne
peuvent même pas remplir une demande de logement social !
Nous devons également améliorer le logement des agents publics de première
ligne, en particulier celui de nos professeurs, de nos policiers, de nos
infirmières. Laurent Wauquiez a bien raison : il n’est pas normal que
seulement 4 500 logements sociaux bénéficient aux infirmières. Nous
devons y travailler.
Je sais que le groupe Ensemble pour la République réfléchit actuellement à des
mesures qui vont largement dans ce sens et je pense que cette démarche est
largement partagée.
Par ailleurs, plusieurs d’entre vous y ont insisté à la suite de l’examen au
Sénat d’une proposition de loi, et c’est une bonne chose : il faut
davantage associer les maires aux attributions de logement. Mais il faut le
faire de manière transparente, en tenant compte de la réalité locale et en
respectant les règles de revenus.
Au-delà des seuls travailleurs, le sujet des attributions soulève beaucoup de
questions : sur la mixité sociale, sur la transparence, sur l’efficacité
des processus, sur la place des élus locaux. Nous devons aborder ces réflexions
de manière globale.
C’est la raison pour laquelle mon ministère travaillera avec tous ceux d’entre
vous qui sont prêts à réinterroger le système.
Si nous avons à examiner ce texte, c’est parce que nous comptons
700 000 demandeurs de logement social de plus et
100 000 attributions de logement de moins qu’il y a sept ans et parce
que nous dénombrons, chaque mois, une seule attribution pour cent demandes.
Ainsi, seulement 200 000 personnes quittent chaque année le parc
social – sur les 5,5 millions de personnes qui y résident – afin
de devenir propriétaires ou locataires dans le parc privé.
C’est ce qui doit nous pousser collectivement à agir ! Toutefois, votre
proposition ne règle rien, monsieur le rapporteur, puisqu’elle ne fait que
chasser un public au bénéfice d’un autre. Nous ne réglerons pas le problème en
jouant sur le curseur des critères d’attributions, mais en augmentant la
production de logements sociaux et privés ainsi qu’en aidant les ménages à
accéder à la propriété. C’est le sens de tous les efforts déployés dans le
budget.
Je signerai, demain, une feuille de route avec les bailleurs sociaux pour que
2025 soit une année de production ambitieuse.
Plusieurs mesures doivent nourrir une stratégie globale afin de répondre aux
attentes de tous les Français : l’extension du prêt à taux zéro à tout le
territoire, largement réclamée ; les 100 millions d’euros d’aide aux
maires bâtisseurs ; l’adaptation du calendrier de rénovation énergétique
pour les copropriétés en difficulté ; ou encore la relance de
l’investissement locatif. Je sais pouvoir compter sur votre soutien en ce sens.
Nous aurons certainement à débattre de nouveau du zéro artificialisation nette
et des dispositions que vous évoquez. Vous y travaillez et je partage cet
objectif et cette vision. Vous le savez, j’ai suivi attentivement cette
question lorsque j’étais parlementaire. Si nous devons conserver une ambition
forte en matière de sobriété foncière, celle-ci doit prendre en compte la
réalité des territoires. On peut conjuguer l’une et l’autre. Il faut y revenir
et s’atteler à ce travail.
Le gouvernement partage donc l’objectif du texte : donner aux travailleurs
précaires la possibilité d’accéder au logement social, en spécifiant le type de
travailleur à inclure parmi les ménages prioritaires, exclus du parc privé,
auxquels 25 % du parc social est réservé. La situation des travailleurs
précaires justifie de les intégrer aux ménages prioritaires et réclame une
attention particulière. En effet, travailler pour seulement quelques centaines
d’euros de plus qu’un minimum social coûte parfois plus cher, lorsqu’on intègre
le paiement de la garde d’enfant et des transports.
Néanmoins, intégrer tous les travailleurs, sans condition de ressources, aux
ménages prioritaires pour un logement social revient à ignorer les femmes
victimes de violence, les travailleurs précaires et les personnes handicapées,
qui ne trouveront plus où se loger. En outre, cela conduirait à doubler les
crédits de l’hébergement d’urgence, car nous aurons alors bien du mal à loger
les personnes fragiles – travailleurs précaires inclus – pour qui les
25 % de logements réservés dans le parc social constituent souvent la
seule solution.
M. Wauquiez a raison de vouloir favoriser le travail et de prendre
davantage en considération les travailleurs précaires, mais cela ne peut se
faire sans prévoir des conditions de ressources.
Tel est le message dont je souhaitais vous faire part : vous avez raison
de privilégier les travailleurs précaires, qui doivent figurer sur la liste des
ménages prioritaires, mais, je le répète, il faut tenir compte des ressources
des publics visés.
► Assemblée
nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> Former les soignants de demain, c’est préparer l’avenir de notre
système de santé. À Toulon dans le Var, dès 2025, plus de 2 000 étudiants se
formeront aux métiers de la santé dans un nouvel Institut. Un projet
structurant pour l’emploi local et l’accès aux soins sur le territoire.
► Partis
politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne sont pas centristes
et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus retranscrits]
Gabriel Attal (député, secrétaire
général de Renaissance, président du groupe
Sylvain Maillard (député)
> 1 Parisien = 1 voix, 1 Lyonnais =1 voix, 1 Marseillais =1 voix. La
réforme du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille remettra nos 3 villes
dans le droit commun, en donnant la même lisibilité et la même transparence que
dans tous les autres villes de France. Et gardons l’échelon de proximité qu’est
le maire d’arrondissement, avec son propre scrutin.
> Pour sortir de l’anomalie démocratique, afin que chaque voix compte de façon égale à Paris, Lyon et Marseille, il faut réformer le mode de scrutin et revenir au droit commun comme dans toutes les villes de France.
> Je salue la décision de revenir sur la baisse du seuil d’exemption de TVA des auto-entrepreneurs. Il faut que nous continuions à soutenir le travail dans notre pays. Ayons cependant une vraie réflexion pour permettre que ces travailleurs puissent continuer leur activité et cotiser pour s’assurer leurs retraites.
> Nous avons voté à l’unanimité un crédit de 15 millions d’euros pour la recherche sur les cancers pédiatriques. Je demande au gouvernement de rétablir d’urgence ce crédit dans le budget 2025.
> On ne peut pas nier qu’il y a une sorte d’inquiétude en France sur ce qu’elle est, ce qu’elle porte.
> Moi, je suis très favorable au droit du sol (…) il est déjà très conditionnée en réalité.
Marie Lebec (députée)
> [Intervention à l’Assemblée sur une proposition de loi pour que les
travailleurs soient prioritaires en matière de logement social] Nous examinons
une proposition de loi qui pose la question : le travail doit-il être
mieux considéré pour l’accès au logement social ? Cette interrogation est
d’autant plus pertinente qu’avoir un emploi ne garantit pas, de nos jours, de
disposer d’un logement accessible. Nos collègues du groupe Droite républicaine
soulignent avec justesse cette difficulté et proposent une réponse législative.
Nous partageons leur constat : trop de travailleurs, notamment les plus
modestes, peinent à se loger à proximité de leur emploi. Nous sommes en phase
avec l’esprit de cette proposition de loi, qui vise à mieux articuler logement
et activité professionnelle. Reconnaître le travail, valoriser celles et ceux
qui contribuent chaque jour à la vitalité économique de notre pays, c’est une
ambition que nous partageons pleinement et qui est au cœur de la philosophie de
notre groupe, Ensemble pour la République. C’est ce pour quoi nous œuvrons
depuis sept ans avec un taux d’activité au plus haut et une action constante
pour revaloriser le travail. Tout pour que le travail paie !
Avoir un emploi doit permettre à chacun d’accéder à des conditions de vie
confortables, en premier lieu à un logement. Pourtant, dans les faits, de
nombreux actifs se trouvent en grande difficulté pour accéder au logement. Dans
ma circonscription des Yvelines, ce problème est particulièrement perceptible.
Ce territoire conjugue une forte dynamique économique et une pression
immobilière intense. D’un côté, des travailleurs en activité se trouvent
bloqués entre un marché locatif onéreux et un parc social inaccessible, leurs
revenus dépassant de peu les plafonds d’éligibilité. De l’autre, des
entreprises peinent à recruter faute de logements abordables pour leurs
salariés.
Selon l’Institut Paris région, seuls 20 % des travailleurs essentiels
peuvent actuellement se loger dans la Boucle de Seine, où se trouve la
circonscription où je suis élue. Combien de fois ai-je entendu des travailleurs
essentiels de cette agglomération qui se retrouvent dans une impasse, car ils
sont trop riches pour le logement social, mais pas assez pour le marché
privé ? Et combien sont-ils à devoir faire de longs trajets depuis
d’autres départements, faute de logements abordables, ce qui dégrade leur
qualité de vie et complique le recrutement des entreprises locales ?
La décohabitation aggrave encore la situation : de plus en plus de
personnes vivant seules ou avec des enfants à charge risquent de basculer dans
la précarité. Loin de les faire passer devant les publics en grande difficulté,
telles que les personnes précaires, les familles en détresse, ou les personnes
en situation de handicap, il s’agit de renforcer la légitimité des personnes
qui travaillent parmi les publics prioritaires. Cette évolution offrirait aux
autorités locales plus de flexibilité pour adapter l’attribution des logements
aux besoins réels de chaque territoire, en prenant en considération les
tensions économiques et sociales locales.
Nous faisons confiance aux maires, aux bailleurs sociaux et aux commissions
d’attribution pour gérer ces priorités avec discernement, en tenant compte à la
fois des situations d’urgence et des impératifs économiques.
Toutefois, cette réforme doit être appliquée avec clarté et équilibre. Comme
l’a souligné la Défenseure des droits, il est essentiel d’éviter toute
incertitude juridique. Des garanties sont indispensables pour prévenir toute
discrimination indirecte et s’assurer que cette réforme bénéficie à tous ceux
qui en ont réellement besoin.
Afin d’assurer un équilibre entre justice sociale et soutien aux travailleurs,
nous avons élaboré plusieurs propositions avec M. le rapporteur pour
encadrer cette réforme. Pour ma part, j’ai déposé un amendement qui vise à
rétablir la liste initiale des critères d’attribution d’un logement social, en
maintenant l’inclusion des personnes défavorisées ou en recherche d’emploi de
longue durée parmi les publics prioritaires.
Il tend également à exclure les logements considérés comme des passoires
thermiques, afin d’éviter que des ménages aisés vivant dans ces logements,
notamment en zones tendues, ne soient indûment intégrés dans le dispositif.
Dans le même temps, il introduit une nouvelle priorité d’attribution pour les
personnes en activité dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas un
plafond fixé par décret. Cette disposition permet de mieux cibler les
travailleurs qui rencontrent de réelles difficultés d’accès au logement, sans
pour autant créer une concurrence directe avec les publics les plus
vulnérables. L’amendement établit ainsi une hiérarchie claire : les
catégories de personnes défavorisées déjà listées par le code de la
construction restent prioritaires sur les travailleurs. Ce compromis garantit
une prise en compte équilibrée des besoins de chacun et assure que cette réforme
réponde à son ambition première : faciliter l’accès au logement pour ceux
qui en ont le plus besoin, sans désorganiser les principes fondamentaux du
logement social. La démarche ne résoudra pas tous les problèmes, mais elle
ouvre un débat important sur les moyens d’articuler logement et emploi.
Venir à bout des difficultés d’accès au logement social dans notre pays
nécessitera une réforme globale et cohérente, qui ne se limite pas à ajouter un
critère de priorité. Il faut s’attaquer aux racines du problème :
l’insuffisance de logements accessibles, la répartition inégale des
opportunités économiques et les obstacles à la mobilité résidentielle.
Vincent Caure (député)
> [Intervention à l’Assemblée sur Mayotte et le droit du sol] Mayotte, c’est la France. Cette France
d’outre-mer qui, quelques semaines après le passage du cyclone Chido, demeure
durement touchée par la catastrophe naturelle et que notre assemblée a voulu
soutenir en adoptant à l’unanimité, il y a quelques semaines, le projet de loi
d’urgence pour Mayotte. Cette France d’outre-mer que nous devons préserver face
à la menace que représente, en particulier, une situation migratoire exceptionnelle
qu’aucun autre territoire de la République – ni l’Hexagone ni un autre
territoire ultramarin – ne connaît.
J’insiste sur ce point, puisque c’est précisément son caractère exceptionnel
qui nous conduit à examiner ce texte, dont le groupe Ensemble pour la
République partage l’objectif final : lutter contre l’immigration illégale
à Mayotte. C’est aussi parce que cette exception est circonscrite à Mayotte que
le groupe Ensemble pour la République ne soutiendra jamais, comme le propose le
Rassemblement national, une extension pleine et entière du droit du sol à
l’ensemble du territoire de la République.
Le point sur lequel nous nous accordons tous, c’est l’élément démographique.
Depuis l’indépendance des Comores et le maintien de Mayotte dans la République,
la population de l’île a considérablement augmenté : elle a quadruplé
entre 1985 et 2017, même s’il est difficile de la recenser précisément,
puisqu’un habitant sur deux est de nationalité comorienne et en situation
irrégulière ; elle pourrait doubler d’ici à 2050.
Il s’agit d’un fait qu’aucune idéologie partisane ou vision préconçue depuis
Paris ne peut réfuter. Mayotte est le territoire ultramarin le plus concerné
par la lutte contre l’immigration irrégulière : en 2022, l’archipel
représentait près de 95 % des mesures d’éloignement prononcées en
outre-mer.
À cela s’ajoute la difficulté réelle, encore mal comprise et mal perçue, des
ingérences étrangères et des tentatives de déstabilisation de la part des
Comores, dont les autorités ne se cachent même pas d’instrumentaliser les flux
migratoires pour déstabiliser l’archipel.
Mayotte ne prendra pas le chemin du plein développement ni du plein
épanouissement dans la République ni même, à court terme, de la reconstruction
effective après le passage du cyclone Chido, sans une réduction de
l’immigration illégale.
Dans son évaluation de la prise en charge des mineurs à Mayotte, une mission
interinspections précisait que « la maîtrise du nombre d’étrangers en
situation irrégulière [à Mayotte] est une condition impérative pour que les
politiques publiques puissent fonctionner correctement et apporter l’espoir
d’une vie meilleure aux habitants ». Ce n’est donc pas nous qui
l’affirmons, mais les six inspections générales missionnées par le gouvernement
de l’époque.
Permettez-moi de poser une question à mes collègues du groupe La France
insoumise : où est votre responsabilité, en ce moment particulier que
vivent nos compatriotes mahorais et que notre collègue Estelle Youssouffa a
rappelé ? Vos raisonnements sur l’égalité pure et parfaite ne résistent
pas à la réalité des faits à Mayotte. C’est pour garantir aux résidents légaux
dans l’île l’accès à des services publics de qualité que nous ne pouvons éluder
le sujet.
En ce qui concerne l’argument que vous avancez dans vos premiers amendements
quant à la non-constitutionnalité du texte, je rappelle que le Conseil
constitutionnel s’est prononcé de manière constante sur cette question depuis
1993 ; il l’a encore fait en 2018, à propos de l’introduction dans la loi
Collomb, d’une durée de résidence minimale de trois mois pour l’un des parents
d’un enfant né à Mayotte.
Ce texte ne résoudra pas seul les problèmes de Mayotte – je rejoins sur ce
point ma collègue Estelle Youssouffa et le rapporteur. Mais il est un maillon
dans une chaîne d’actions plus vastes. Contrairement à ce que certains
affirment sur ces bancs, nous ne pensons pas que l’immigration irrégulière est
la source de tous les maux à Mayotte.
Nous ne pensons pas qu’il suffit de diminuer les flux migratoires pour que nos
compatriotes mahorais vivent mieux. C’est pourquoi nous avons soutenu et voté
une loi d’urgence pour Mayotte, qui comprend des mesures de soutien économique
et social, ainsi qu’en matière d’urbanisme. C’est aussi pourquoi nous avons
prévu une augmentation de 700 millions d’euros des crédits de la mission Outre-mer
par rapport à la version initiale du projet de loi de finances – celui-là
même que vous avez bloqué à de multiples reprises.
Ce texte a des faiblesses, que vous avez évoquées, monsieur le rapporteur :
je pense notamment à l’approche qui vise à tenir compte de la situation des
deux parents. Vous avez, je l’espère, entendu les craintes qu’il suscite. Je
salue ici le fait que la proposition de loi que vous défendez recherche
l’efficacité politique sans faire l’économie de la robustesse juridique. La
lutte contre l’immigration illégale passera tout autant par la réaffirmation de
notre souveraineté, la bonne exécution des mesures d’éloignement vis-à-vis des
Comores et, enfin, la pleine mobilisation de l’État dans la lutte contre les
réseaux de passeurs.
Entre, d’un côté, le statu quo ou le retour à un monde disparu et fantasmé et,
de l’autre, une fascination pour la fin du droit du sol et le rejet constant de
l’étranger, pour sa nature même d’étranger, un chemin existe pour
Mayotte ; c’est celui que défend ce texte. Il constitue une réponse à
l’immigration illégale à Mayotte et aux besoins exprimés par nos compatriotes
mahorais. C’est pourquoi nous le soutiendrons.
● MoDem
Marc Fesneau (député, président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale)
> Le pays s’est doté d’un budget basé sur la volonté de François Bayrou d’ouvrir
quelque chose de nouveau, une forme de dialogue, qui n’était jusqu’alors pas
très courante à l’Assemblée nationale. Nous n’en avons pas totalement terminé,
car juridiquement, il y a trois textes sur le projet de loi de financement de
la sécurité sociale, il faut donc engager trois fois la responsabilité du
gouvernement et donc, cela produit trois motions de censure.
Depuis 40 ans, on dit : le budget est de tant, j’ajoute l’inflation, et
voici le budget du ministère pour l’année suivante. La situation plaide, comme
l’a très bien dit François Bayrou, pour une refondation de notre manière de
faire un budget, de ce qu’en sont les grands équilibres, et ce dès le budget
2026. Il faut s’y mettre tout de suite.
Nous sommes en train de faire un apprentissage de quelque chose qui est un peu
un gros mot en France : le compromis. Dans toutes les démocraties du
monde, même aux Etats-Unis, on fait des compromis. Faisons cet apprentissage
tranquillement, le compromis n’est pas une compromission.
> [Motion de censure PS] Je comprends mal cette motion de censure. C’est une prérogative parlementaire, je ne le mets pas en cause, mais dans la période qu’on traverse ce n’est pas anodin. Il faut que l'on soit vigilants collectivement.
> [Motion de censure] Le chaos sert qui ? Quand vous n’avez pas de budget, vous êtes affaibli. Quand une Nation est unie, elle est plus forte. Ceux qui jouent au chaos et à la division affaiblissent la France, c'est un fait.
Blandine Brocard (députée)
> [Intervention à l’Assemblée sur Mayotte et le droit du sol] Aujourd’hui,
nous parlons de Mayotte. De ses habitants, de ses défis, de ses souffrances
– et j’ai une pensée toute particulière pour nos compatriotes, frappés par
ce terrible cyclone –, mais aussi des espoirs que Mayotte place en nous,
législateurs. Mayotte, c’est ce bout de France dans l’océan Indien, un
territoire trop souvent oublié, mais qui porte sur ses épaules des enjeux d’une
ampleur colossale.
Depuis des décennies, cette île fait face à une pression migratoire et
démographique sans commune mesure avec ce que nous connaissons dans l’Hexagone.
Imaginez : en 2020, trois enfants sur quatre nés à Mayotte avaient au
moins un parent étranger. Trois enfants sur quatre ! Ce n’est pas un
simple chiffre, c’est une réalité quotidienne qui met à genoux les écoles, les
hôpitaux, les services publics et les logements – qui n’en sont pas. Et
cette pression ne cesse de croître, comme l’Insee nous le dit clairement. À
l’horizon 2050, Mayotte pourrait compter jusqu’à 760 000 habitants,
ce qui représenterait un doublement de sa population en un peu moins de trente
ans – ne vous en déplaise, chers collègues de gauche. Nous ne pouvons pas
continuer à détourner les yeux. Nous ne pouvons pas laisser nos compatriotes
mahorais affronter seuls cette situation.
La proposition de loi que nous examinons apporte une réponse. Elle n’est pas
parfaite, elle n’est pas suffisante, mais elle est nécessaire. Elle vise à
renforcer les conditions d’accès à la nationalité française pour les enfants
nés à Mayotte. D’abord, en exigeant que les deux parents, et non plus un seul,
remplissent les conditions de résidence régulière. C’est une mesure forte, qui
vise à réduire des mécanismes d’attractivité migratoire bien identifiés sur le
terrain. Mais, comme je l’ai dit en commission, cette disposition soulève des
questions. Que fait-on, par exemple, pour les enfants dont un parent est absent
ou décédé ? Ne risque-t-on pas d’introduire des inégalités ? Ces
interrogations sont légitimes, et nous attendons des réponses pour garantir la
solidité de ce texte. Je vous remercie, monsieur le rapporteur, d’avoir avancé
sur ce sujet, comme vous vous y étiez engagé en commission.
Ensuite, cette proposition allonge la durée de résidence nécessaire pour les
parents, passant de trois mois, une durée manifestement trop courte, à un an.
Ce n’est pas excessif, ce n’est pas insurmontable. C’est une étape raisonnable,
proportionnée, et adaptée aux défis spécifiques de Mayotte.
Enfin, le texte clarifie les règles administratives, en exigeant que les actes
de naissance des enfants concernés mentionnent explicitement la régularité du
séjour des parents. Cela peut sembler anodin mais, pour les autorités locales,
c’est un outil indispensable pour mieux appliquer la loi. J’ai constaté, lors
de mon déplacement à Mayotte en mai dernier, que cela faisait partie des
attentes des Mahorais.
Chers collègues, il ne s’agit pas de simples données ou de considérations
techniques. Il s’agit de vies humaines, des réalités que vivent nos
compatriotes et de l’avenir de Mayotte. Les Mahorais vivent une situation que
beaucoup, ici, auraient du mal à imaginer : des écoles surchargées, des
logements plus que précaires, une insécurité qui gangrène les relations
sociales. Quand on parle de pression migratoire, ce n’est pas une abstraction.
Que ceux qui sont pleins de bons sentiments aillent voir la réalité :
c’est une femme qui accouche sous une tente, faute de place à l’hôpital c’est
un enfant qui n’a pas de place en maternelle ; c’est une famille qui
s’entasse à dix dans un endroit insalubre ; c’est un père qui, lorsque son
fils part à l’école le matin, ne sait pas s’il va revenir.
Ce texte, je le répète, n’est qu’une première pierre. Il ne réglera pas tout,
mais il envoie un signal aux Mahorais : nous avons entendu leur cri et
nous ne les laissons pas seuls face à ces défis.
Je tiens aussi à souligner ce que cette proposition de loi n’est pas :
elle ne touche pas au droit du sol. Nous ne remettons pas en cause un principe
fondamental de notre république ; nous adaptons simplement les conditions
d’accès à la nationalité à une réalité territoriale exceptionnelle.
Mais, en tant que législateurs, nous avons une responsabilité immense :
trouver cet équilibre, fragile, entre fermeté et justice, entre efficacité et
respect de nos valeurs. Et c’est bien ce que propose ce texte.
Pour toutes ces raisons, le Modem soutiendra cette proposition de loi, sous
réserve que sa rédaction finale garantisse sa parfaite conformité
constitutionnelle. Nous devons être rigoureux et ambitieux, mais surtout, nous
devons être à la hauteur des attentes des Mahorais qui, eux, n’ont plus le luxe
d’attendre.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement européen)
> Les propos de Donald Trump sur Gaza sont choquants, intolérables et vont à l'encontre du droit international. Il n'agit pas comme un chef d'État mais comme un promoteur immobilier. Seule la solution à deux États permettra de garantir une paix durable et la sécurité au Proche-Orient.
> La France a livré ses premiers Mirage 2000 à l’Ukraine ! Une aide militaire déterminante saluée par le président Zelensky qui considère que ces avions « renforceront les capacités » de son pays. Alors que Vladimir Poutine mène sa guerre en Ukraine depuis bientôt 3 ans, notre soutien doit rester sans faille. L’Ukraine a besoin de nous.
Bernard Guetta (député)
> On a tout dit sur Trump et Gaza, mais pas assez sur l’essentiel : la
seule solution crédible et jouable reste celle de deux États. C’est pourquoi
nous défendons cette idée au Parlement européen.
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