Dans cette rubrique, nous publions les points de vue
de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC.
Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la
pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un
journaliste proche des idées centristes.
Alexandre Vatimbella est le directeur du CREC.
Le principe de précaution qui est inscrit dans la
Constitution a fait l’objet de nombreuses polémiques et certains ont, à juste
titre, parlé d’un frein à la prise de risque qui fait partie inhérente de l’existence
humaine, notamment ce risque nécessaire pour améliorer nos conditions de vie.
Mais il y a des risques qui ne doivent pas être pris,
surtout quand ils ne sont pas nécessaires et alors ce principe de précaution
doit être activé.
C’est le cas avec l’épidémie de coronavirus que nous connaissons.
A quoi bon prendre un risque de mourir ou d’attraper le
covid19 puis de le transmettre à d’autres quand on peut faire différemment?
Aujourd’hui, les autorités britanniques ont décidé de
reporter des élections locales qui devaient avoir lieu en mai prochain.
Hier, les autorités françaises sous l’influence des
politiques, ont décidé de maintenir les élections municipales qui auront lieu
demain.
Actuellement, le coronavirus est bien plus virulent en France
qu’en Grande Bretagne.
Cherchez l’erreur!
Ou plutôt la faute politique.
Car, oui, en vous rendant demain dans un bureau de vote,
vous avez bien un risque d’être en contact avec le virus et de tomber malade, c’est
une évidence, et malgré toutes les précautions que prendront les municipalités
pour organiser le scrutin pour qu’il soit le plus sûr sanitairement parlant.
La question essentielle, ici, est: cela en vaut-il la peine?
Si nous ne votons pas demain, est-ce que notre vie est en danger?
Est-ce que la démocratie est en danger?
Est-ce que le pays va être désorganisé ou en danger?
A ces trois questions, la réponse est non, toujours non.
Reporter les élections municipales ne créera, non seulement,
aucun danger, ni même aucun dysfonctionnement démocratique.
Alors pourquoi prendre le risque d’envoyer des électeurs dans
des bureaux de vote quand on peut faire différemment.
Car s’il n’y avait qu’un seul décès par covid19 suite à ce
scrutin, aucune justification de quelque sorte ne sera légitime parce qu’aucune
urgence ne valait la peine de celui-ci.
On peut ici parler de vrai scandale et dire à ceux qui ne se
sentent pas le courage d’aller se frotter au coronavirus qu’ils n’ont pas de leçons
de civisme à recevoir d’un monde politique qui, lui, devrait en avoir en matière
de responsabilité, une des premières missions des gouvernants, c’est de tout faire
pour protéger la population.
Parce que l’on comprend bien que l’on ne peut pas, malgré
les risques, arrêter un pays tout entier, ne serait-ce que pour l’alimenter, le
soigner, le défendre et pour qu’il ne tombe pas dans un marasme total qui pourrait
avoir des effets désastreux, encore plus importants que ceux de l’épidémie elle-même.
Ici, le gouvernement a raison de tout faire pour que le maximum
d’activités puissent encore se dérouler.
Mais ce n’est pas le cas avec les élections municipales!
Où est la moindre justification d’envoyer des gens dans un
endroit où ils sont susceptibles d’attraper une maladie et d’en mourir alors
que l’on peut faire autrement sans la moindre conséquence négative?
D’où il est particulièrement choquant de savoir qu’il y a eu
des pressions inadmissibles pour que le scrutin se tienne de la part de partis
politiques qui pensent pouvoir tirer leur épingle du jeu, même si c’est au
détriment de la santé des Français.
Au-delà même du scandale de leur faire prendre des risques
inutiles, les conséquences, si les choses tournent mal (ce qu’il ne faut pas
espérer), c’est que ceux-ci en rendent la démocratie responsable.
Et en ces temps de défiance, qui peut prétendre que ce ne
serait pas grave, plus grave en tout cas que de reporter des élections qui n’ont
rien d’existentielles pour la France.
Nous, demain, nous ne savons si nous iront voter.
Non pas par peur d’être malades principalement mais avec l’angoisse
que nous puissions être, ensuite, porteurs du virus et que nous le transmettions
à nos proches fragiles.
Et pour nous, cela s’appelle la responsabilité.
Jean Français Borrou & Alexandre Vatimbella