Jean-Pierre Raffarin |
Dans un long entretien au
quotidien Les Echos, l’ancien premier ministre de Jacques Chirac et toujours
membre de LR, prend ses distances d’avec Laurent Wauquiez.
Le giscardien de centre-droit
envisage même de quitter le parti de droite pour rejoindre un unificateur du
Centre qui pourrait être, selon lui, Emmanuel Macron.
Extraits.
- Qu'est-ce qui a vraiment changé depuis l'élection
présidentielle?
Le plus frappant est l'image positive que la France retrouve
à l'étranger avec un président jeune, nouvel élu face aux populismes; un
président qui donne le sentiment de pouvoir réformer. Avec une «concurrence»
extraordinairement affaiblie: des Anglais qui veulent quitter l'Europe, Angela
Merkel qui gagne les élections et peine à gouverner, Barcelone qui veut quitter
l'Espagne, l'Italie dans une impasse, sans parler de l'imprévisibilité de
Donald Trump. L'avantage comparatif de La France en Occident aujourd'hui est
fort.
- Le clivage gauche-droite est-il vraiment mort?
Je crois que le pays était las d'une division idéologique
qui lui faisait du mal. Il y a une demande de pragmatisme. Pour autant, est-ce la
fin du clivage droite-gauche? Je n'en suis pas sûr. Les plis sont tellement
formés qu'ils peuvent revenir. En réalité nous sommes dans une phase expérimentale.
En 2018, la France est placée, par les Français, «en observation».
- C'est-à-dire?
Pour la majorité comme pour l'opposition, 2018 sera une
année vérité. Beaucoup de gens ont envie qu'Emmanuel Macron réussisse. Et c'est
mon cas. L'état du monde est trop inquiétant et la position de la France trop
fragile pour que nous perdions du temps. Mais il y aura des difficultés à
surmonter. Le président doit faire œuvre de pédagogie. Parler à la France
entreprenante comme il le fait, est indispensable mais il ne faut pas oublier
l'autre France, celle des catégories plus fragiles qui se sentent peu écoutées.
- Vous parlez d'Emmanuel Macron comme d'un président de
droite...
Non, mais il mène une politique de centre-droit. Le
giscardien que je fus trouve d'ailleurs que la direction est bonne. Giscard,
c'était plus de libéralisme économique et une volonté de modernisation de la
société. On s'y retrouve.
- Comment jugez-vous son style de gouvernance?
Il est entré très vite dans le costume présidentiel, ce qui
lui donne une autorité naturelle que François Hollande n'a jamais vraiment eue.
Il n'y a pas de question il est à la hauteur. Il donne de la fierté aux
Français. Mais le risque qu'il encourt, c'est la solitude. Il impose un rythme
que peu de gens peuvent suivre. Le chef de l'Etat conduit mais il doit aussi
entraîner.
- 2018 sera aussi l'année de la relance de l'Europe. Le
sujet va-t-il accélérer la recomposition politique? Soutiendriez-vous une
liste pro-européenne Macron aux élections européennes?
Si à la fin de «l'observation 2018», Emmanuel Macron a fait
bouger la France et mené son programme au rythme annoncé, il faudra envisager
l'avenir avec lui. Le clivage européen est majeur et il n'y a pas de
négociation possible. Dans le match Européens contre souverainistes, notre camp
sera celui des Européens. L'hymne européen joué le soir de la victoire de
Macron a été un moment de vraie émotion. La droite nous en aurait sans doute
privés...
- Pourquoi gardez-vous votre carte LR, quand vos amis Alain
Juppé et Dominique Bussereau prennent leurs distances?
Je déciderai à la fin de 2018. Si je pars, je ne resterai
pas sans adresse. Pour Macron comme pour Wauquiez, 2018 sera l'année de
l'identité politique. On verra ainsi jusqu'où le premier ira à gauche et
l'autre à droite. Je serai avec celui qui rassemblera au centre.
- Les Républicains ont-ils un espace politique?
Oui et je ne mésestime pas les qualités de Laurent Wauquiez.
Mais je n'ai pas aimé sa conquête de LR par le versant de la droite raide.
L'espace de l'opposition reste l'échec de la majorité. Mais les Français ne
souhaitent pas le scénario de l'échec.
- Existe-t-il deux droites, comme le dit Valérie Pécresse?
Je partage en effet l'analyse des deux droites. Nous sommes les
héritiers des Orléanistes et des Bonapartistes. Le rassemblement de ces deux
droites est une condition nécessaire de toute victoire présidentielle. La
singularité de l'époque est que les «Nouveaux Orléanistes» sont, avec le
Premier ministre, au pouvoir.