François Bayrou |
Dans une interview au quotidien Sud Ouest, François Bayrou
est revenu longuement sur le «projet social» qu’il veut développer pour la France,
se présentant ainsi, lui et son parti, le MoDem, comme l’aile sociale de la
majorité présidentielle.
Mais, quand on l’interroge sur ce que devrait être ce «nouveau
modèle social» le président du Mouvement démocrate explique que «jusqu'à
maintenant, quand on parlait de social en France, on pensait allocations,
argent public distribué à une catégorie de la population» et que «ce modèle est
épuisé» «parce qu'il n'y a plus d'argent public» entre autres.
Et «donc, cela ne peut pas durer».
Du coup, ses propositions concrètes se limitent à l’intéressement
des salariés et la défiscalisation des heures supplémentaires.
Plus généralement, explique-t-il, «cela passe par
l'investissement sur l'éducation, par un travail plus facile, par les «emplois
francs» au coût allégé, par le statut d'auto-entrepreneur, par la deuxième
chance», tout ce que propose... LREM, soit l’aile soi-disant libérale de la
majorité présidentielle dont le MoDem veut être le pendant!
Voici les principaux extraits de cette interview
- Le curseur de la politique de l'exécutif actuel
penche-t-il à droite?
Le président de la République n'est pas partisan. Il n'est
pas du côté des uns contre les autres. La clé de l'élection d'Emmanuel Macron,
c'est le «en même temps»: les réformes pour rendre à la société française de la
souplesse et de la créativité, et «en même temps» l'attention à tous ceux qui
ne sont pas privilégiés. Une économie plus créatrice de richesses et d'emploi,
au service d'une vision sociale renouvelée. Telle est la promesse de cette
élection.
- Ce n'est pourtant pas le sentiment des Français...
Cette dernière année, cet équilibre n'a pas été perçu. Il y
a eu l'augmentation du minimum vieillesse ou de l'allocation adulte handicapé,
la baisse de la taxe d'habitation ou des augmentations de salaire direct, même
légères. Mais les Français ont davantage été frappés par l'annonce simultanée
des facilités accordées aux investisseurs et des efforts demandés à d'autres
parties de la population : par exemple, la suppression de l'impôt de solidarité
sur la fortune (ISF), annoncée en même temps que la décision inopportune de
diminuer les aides personnalisées au logement (APL). Il n'y avait pas besoin de
sortir de Polytechnique pour deviner les effets que cela aurait au sein de la
population française.
- Vous appelez à un «nouveau modèle social»?
Le problème de la France, c'est la cohésion sociale. Bien
sûr, il était vital de rendre au pays son dynamisme. Mais la France est un pays
explosé, avec une rupture, plus profonde qu'elle n'a jamais existé, entre le «haut»
et la base de la société. Je décrivais déjà, il y a dix ans, ce mécanisme des «inégalités
croissantes» entre les uns qui ont et accumulent toujours plus, et les autres
qui sont de plus en plus relégués et qui n'ont pas d'espoir de progression.
C'est le moment de proposer, chez nous et au monde, un modèle différent.
- A quoi ressemblerait-il?
Jusqu'à maintenant, quand on parlait de social en France, on
pensait allocations, argent public distribué à une catégorie de la population.
Or, ce modèle est épuisé. D'abord parce qu'il n'y a plus d'argent public. La
France vit à crédit et emprunte chaque jour pour payer la vie quotidienne du
pays, sa santé, le salaire de ses fonctionnaires, les retraites et les intérêts
de sa dette. Donc cela ne peut pas durer. Et ce modèle n'a pas permis à ceux
qui en bénéficiaient d'obtenir la reconnaissance, l'emploi, la sécurité, la
confiance qu'ils méritaient. Cela passe par l'investissement sur l'éducation,
par un travail plus facile, par les " emplois francs " au coût
allégé, par le statut d'auto-entrepreneur, par la deuxième chance.
- Justement, quelles mesures rapides préconiseriez-vous ?
Deux décisions significatives devraient être prises sans
tarder. En premier lieu, la participation et l'intéressement dans les
entreprises. Quand l'entreprise va bien, les cadres et les salariés doivent en
bénéficier, pas seulement les actionnaires. Il faut ensuite reprendre le
dossier des heures supplémentaires. Soit sous le mode défiscalisation, soit en
allégeant les charges sociales. Mais il est juste de donner à cet effort
supplémentaire une rémunération significative.
- C'est résister aux «premiers de cordée»?
Je ne me reconnais pas dans cette expression. Pour moi, les
premiers de cordée, ce ne sont pas ceux qui ont acquis une situation matérielle
plus prospère, mais bien ceux qui montrent l'exemple, qui inventent, qui
innovent, ceux qui se dévouent.
- Vous avez été un des premiers à soupçonner Emmanuel Macron
d'être le représentant des riches?
Avant de le connaître, j'avais des craintes. Mais ayant mené
campagne avec lui et en ayant beaucoup échangé avec lui depuis son élection,
ces craintes se sont effacées. Ce n'est pas un homme dépendant de ces
influences, il est totalement libre par rapport aux deux univers dont il est
issu. Il n'est en rien attaché au luxe, au confort et encore moins au
conformisme.
- Emmanuel Macron est-il jacobin?
Non. J'atteste qu'Emmanuel Macron sait parfaitement que bon
nombre de problèmes insolubles ne peuvent avoir de réponses qu'au plus près du
terrain. Mais l'organisation actuelle de l'État, héritée du passé, est par
nature hostile à cette certitude. La réforme de l'État est donc essentielle. Et
c'est un chantier auquel on n'échappera pas, car une très grande part de
l'inefficacité de la société vient de là.
- L'État a promis de compenser aux communes la suppression
de la taxe d'habitation. Êtes-vous rassuré sur ce point?
Oui. Cet impôt est le plus injuste et honteux. Imaginez que
dans les quartiers de Pau, on payait plus cher qu'au cœur du 7° arrondissement
de Paris! En fait, une telle exonération, avec compensation intégrale,
intervient depuis des décennies pour la moitié des foyers fiscaux. Mais il est
vrai qu'il faudra trouver une ressource juste et dynamique, autrement ce serait
la révolution des élus...
- Sur la réforme de la SNCF, Emmanuel Macron joue-t-il
une part de son quinquennat?
Il joue une question essentielle: est-ce que la réforme est
possible en France?
- Justement, à Athènes, en août dernier, il avait déclaré
que «la France n'est pas un pays réformable»...
Ce n'est pas mon sentiment. Le pays est réformable. Il faut
faire preuve de volonté avec la dose de pédagogie nécessaire. Ce qu'on est
train de faire avec la SNCF, c'est une société à capitaux publics, c'est-à-dire
une SNCF telle que le Front populaire l'avait définie à la fin des années 1930.
Il n'y a pas l'ombre d'une privatisation. Mais la SNCFdoit sortir de ses
rigidités et de ses blocages. Il me semble que le climat est plutôt à une
perspective de discussion. Car il faut réussir cette réforme, c'est vital pour
le pays. C'est une bonne nouvelle qu'on soit entré enfin dans une phase où, au
lieu de laisser pourrir les choses, on les règle.
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